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Discours du 8 juillet 2026

Louis Boyard · Première session extraordinaire 2026 · séance n°7

Eh oui !

On ne va pas se raconter d’histoires : ce texte ne répond à aucune urgence. À titre personnel, quand je discute avec les citoyens de ma circonscription, ils me demandent : « Qu’est-ce que tu es en train de faire à l’Assemblée nationale pendant qu’on galère ? » Eh bien, nous sommes encore en train d’examiner un texte sécuritaire ! Depuis huit ou neuf ans qu’Emmanuel Macron est président de la République, nous en sommes presque à la quarantième loi de ce genre et il conviendrait peut-être de s’interroger sur cette inflation pénale. Écoutez-moi bien : on n’a dressé aucun bilan de cette quarantaine de lois sécuritaires en vue de déterminer si votre politique fonctionne ou pas. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Et je ne crois pas que ce soit le cas, sans quoi vous n’en reviendriez pas à l’inflation pénale.Je ne dis pas que l’objet du présent texte n’est pas un sujet de préoccupation. Ma circonscription se situe juste en dessous de la piste d’atterrissage de l’aéroport d’Orly et quand j’observe depuis chez moi des tirs de mortier alors qu’il y a des avions juste au-dessus, je me dis que oui, c’est un problème. Mais ce n’est pas davantage de répression qui résoudra le problème : si, avant d’étudier la question à l’Assemblée nationale, je ne connaissais pas moi-même les peines dont est passible l’usage de mortiers, je vous laisse imaginer ce qu’en savent nos concitoyens.Vous parliez de la fête en l’honneur du Paris Saint-Germain. Ça tombe bien : j’y étais puisque je suis supporter de Paris ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) J’ai vu appliquer une doctrine du maintien de l’ordre : alors que tout se passait très bien, les forces de l’ordre ont commencé à charger tout le monde et tout a commencé à partir complètement en vrille.

Je vous ai d’ailleurs écrit un message à ce sujet, monsieur le ministre, auquel vous n’avez pas répondu – c’est très discourtois ! J’étais aussi à la fête de la musique. Étonnamment, tout s’y est très bien passé. Pourquoi ? Parce qu’on n’a pas appliqué la même doctrine du maintien de l’ordre.Vous parlez des révoltes dans les quartiers populaires, qui sont l’occasion de faire usage de mortiers. La solution, c’est peut-être de s’en prendre, non aux mortiers, mais aux causes de ces révoltes, c’est-à-dire au fait que des policiers tuent des gamins dans ces quartiers, que le gouvernement les soutient et que cela crée de la colère – et ce n’est pas votre loi sur le permis de tuer qui va arranger nos affaires ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Brigitte Liso s’exclame.)Enfin, la plupart de ces mortiers sont commandés sur internet, et vos fermetures administratives n’y changeront strictement rien.Reprenons. Les Français attendent de nous que nous agissions concrètement sur leur vie. Mais nos débats ne changeront rien puisque vos lois n’ont de toute façon aucun effet concret. Alors pourquoi sont-elles adoptées ? Parce que depuis les dernières élections législatives, 76 % des textes, que vous votez avec le Rassemblement national, nourrissent l’inflation pénale. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) C’est le résultat d’une alliance macrono-lepénistes qui nous fait perdre un temps dont nous aurions bien… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’orateur.)

Vous êtes contre tout !

Au Danemark, ce n’est pas la gauche !

Vous êtes de droite !

Allez !

Mais combien ça coûte ? C’est trop cher !

Quand je vous entends parler des free parties, mes chers collègues, je devine que vous n’étiez pas invités aux soirées ! (Sourires et applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) En effet, vous racontez tout sauf la réalité. Les free parties existent depuis longtemps. En 2007 – c’est une date pionnière dans le mouvement –, Nicolas Sarkozy avait compris qu’il fallait leur donner un cadre. Si même Nicolas Sarkozy est capable de le comprendre, c’est aussi à votre portée.Que vous le vouliez ou non, il y aura des free parties. Le législateur doit légiférer avec la main qui tremble et avec quelques références, dont des comparaisons internationales. En Italie, des lois ont été adoptées pour réprimer les free parties. Y en a-t-il eu moins ?

Non, et ces lois ont aggravé le problème : les free parties sont devenues plus grandes, parce que les gens ont dû s’organiser davantage pour fuir la répression. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) Vous avez, à côté de chez vous, un cas qui montre que vous êtes en train de commettre une bêtise.J’entends des collègues dire qu’il y a des alternatives, qu’ils peuvent aller dans les soirées légales. Avez-vous vu le prix des soirées légales ? La plupart des jeunes vivent sous le seuil de pauvreté, parce que vous les laissez galérer face à l’inflation, pour protéger les intérêts des ultrariches. (Mêmes mouvements.)

On reconnaît votre logique : laisser faire le marché, laisser le marché organiser. Quel est le résultat ? Les enfants de bourgeois peuvent profiter de fêtes légales et autorisées, quand les enfants des familles populaires doivent affronter la répression.

Il faut organiser le cadre, mettre à disposition des terrains, permettre l’action des associations pour assurer la prévention. (Mêmes mouvements.) C’est ce qui a été fait avant que vous n’arriviez au pouvoir, sous l’égide de Nicolas Sarkozy. Encore une fois, vous avez tout gâché. Quand je vous vois légiférer avec une main aussi légère, en étant aussi caricaturaux et méprisants avec la jeunesse, j’en viens à penser que vous êtes pitoyables. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS. – Exclamations sur les bancs des groupes RN, EPR, HOR et UDR.)

Ce dont nous débattons peut paraître anodin, mais, en réalité, je suis très inquiet pour notre pays. Sur votre volonté de réprimer les free parties comme sur toute une série de sujets ayant trait aux jeunes, tels que la suppression des aides personnalisées au logement (APL) pour les étudiants ou la proposition de loi « permis de tuer », je m’interroge : pourquoi faites-vous tout ça ? Je ne crois pas une seule seconde que vous adoptiez ces textes dans l’intérêt général du peuple français. Je pense que vous faites ces lois uniquement pour vous maintenir au pouvoir. (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)Vous pourriez organiser des fêtes gratuites pour les jeunes, payer correctement les jeunes qui bossent, donner plus de revenus aux étudiants, mais ça impliquerait de procéder au partage des richesses. Dès lors, votre seule solution pour faire passer des lois et vous maintenir au pouvoir, c’est de faire des lois avec le Rassemblement national. (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)

Depuis les dernières élections législatives, les trois quarts des lois que vous avez fait passer ont été votées avec le Rassemblement national. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) Entre le partage des richesses et le partage du pouvoir avec l’extrême droite, vous avez choisi le partage du pouvoir avec l’extrême droite.Voilà ce qui est en train de se passer autour des free parties, autour de la proposition de loi « permis de tuer » ou autour des jeunes que vous laissez dans la précarité. Quand on connaît un peu l’histoire, l’alliance du capital et de l’extrême droite, c’est exactement ce qui a entraîné l’arrivée au pouvoir de cette dernière au XXe siècle. Il y a cependant une différence : au XXe siècle, la jeunesse était à l’extrême droite, tandis qu’au XXIe siècle, la jeunesse est à gauche. (Mêmes mouvements. – Protestations et rires sur les bancs du groupe RN.)

Je peux vous dire, mes chers collègues, que, lors des prochaines élections, les jeunes ne vous rateront pas ; ils se rappelleront le mépris que vous avez eu à leur égard et la manière dont vous les avez abandonnés face à l’inflation. Ils s’en souviendront et ils vous sanctionneront, à coup de bulletins de vote ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)

Mais elles sont payées par le détournement de fonds publics !

Sinon, ce sera la censure !

Les autorisations ne sont jamais accordées !

Parfois, les propriétaires donnent leur accord !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).