Discours du 7 avril 2025
Ludovic Mendes · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°163
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Grâce à cette proposition de loi, nous allons pouvoir donner un avenir à des salariés qui attendent ce moment depuis longtemps. Ce texte permettra en effet de sécuriser la conversion de la centrale à charbon de Saint-Avold, située dans mon beau département de la Moselle, vers un fonctionnement au gaz naturel et au biogaz. Nous maintenons donc en activité l’outil de travail de ces salariés, en parvenant à concilier transition écologique et justice sociale.Je salue l’ensemble des acteurs mobilisés autour de cette conversion, en particulier les salariés, l’exploitant GazelEnergie et les élus locaux – le président du conseil départemental assiste à la séance depuis les tribunes du public. Ils se sont battus pour voir ce projet prendre corps, alors même qu’ils ont été plongés dans l’incertitude de nombreuses années quant au devenir du site. Pour lutter contre le réchauffement climatique, la fin de la production d’électricité à partir du charbon relève de la nécessité et de l’urgence, cela ne fait aucun doute. Mais cela n’a pas été simple !En 2017, le président de la République annonce que les quatre dernières centrales à charbon du pays – celles du Havre…
…et de Cordemais, exploitées par EDF, et celles de Gardanne et de Saint-Avold, exploitées par GazelEnergie – vont fermer. En 2019, la loi dite énergie-climat traduit cet engagement en termes juridiques et oblige les centrales à fermer au plus tard le 1er janvier 2022. Cette loi prévoit aussi des dispositions permettant d’accompagner spécifiquement les salariés et les sous-traitants concernés par ces fermetures.En 2021, les centrales du Havre et de Gardanne ont cessé leur production d’électricité à partir de charbon. Dès lors, Réseau de transport d’électricité (RTE) a estimé que la centrale de Cordemais, située en Loire-Atlantique, devait maintenir son activité pour assurer la sécurité d’approvisionnement électrique de la région Grand Ouest tant que l’EPR de Flamanville n’était pas mis en service. Surtout, en 2022, la fermeture des deux dernières centrales à charbon s’est heurtée à l’irruption de la guerre russe en Ukraine, doublée d’une indisponibilité importante de notre parc nucléaire en raison des problèmes de corrosion sous contrainte. Il a donc fallu voter, dans la loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat, la possibilité de maintenir en activité les centrales de Saint-Avold et de Cordemaisau-delà de 2022 afin de garantir la sécurité d’approvisionnement du pays en électricité.Alors même que la centrale Émile-Huchet de Saint-Avold s’apprêtait à fermer et avait déjà mis en place un plan de sauvegarde de l’emploi, les salariés ont été réembauchés pour relancer la production. Ils ont répondu présents à cet appel, alors même qu’ils ne savaient toujours pas ce qu’il adviendrait du site de production par la suite. Ce sens du devoir est tout à leur honneur, et je tiens à les remercier personnellement. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)Depuis presque deux ans, je me bats en coulisse pour que cette centrale ait un avenir, mais je regrette encore que certains, sur ces bancs, à ma droite extrême, pratiquent la récupération en s’érigeant en grands défenseurs de la cause. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
S’inviter à un barbecue avec les salariés juste avant les élections européennes ne peut pas combler une réelle inaction. Tenter de récupérer politiquement un problème aussi sérieux n’est vraiment pas digne.Le plan national intégré en matière d’énergie et de climat (Pniec) et la future programmation pluriannuelle de l’énergie prévoient finalement la fermeture des centrales à charbon d’ici à 2027.Au milieu de ces incertitudes et de ce calendrier contrarié, la centrale de Saint-Avold a donc dû, tant bien que mal, trouver une issue au site. Plusieurs projets ont été étudiés et une solution consensuelle a fini par émerger l’an dernier : celle d’une conversion de la centrale à charbon à un fonctionnement au gaz et au biogaz.Cette conversion présente plusieurs mérites. Du point de vue environnemental, tout d’abord, elle permet de réduire significativement les émissions de dioxyde de carbone et des autres gaz à effets de serre de la centrale. Une étude commandée par GazelEnergie souligne qu’un mix composé de 40 % de gaz naturel et de 60 % de biogaz permettrait de réduire les émissions des gaz à effet de serre, calculés en équivalent CO2, d’environ 70 %.Ensuite, ce projet de conversion permet de contribuer à la sécurité de notre approvisionnement. La centrale convertie au gaz sera un outil de production d’électricité contribuant à la flexibilité du réseau. Elle sera amenée à soutenir l’offre de production lorsque le réseau sera confronté à des épisodes de tension, en particulier lors des épisodes de pointe de la demande. L’exploitant compte d’ailleurs sur son intégration au mécanisme de capacité pour garantir la viabilité économique du projet. Ce mécanisme de capacité, que nous venons de réformer dans la loi de finances pour 2025, consiste pour le gestionnaire RTE à rémunérer des moyens de production, de stockage ou d’effacement d’électricité, indispensables à la sécurité de notre approvisionnement, mais dont la viabilité économique n’est pas assurée par le biais des mécanismes classiques de marché.Enfin, ce projet de conversion a le mérite de préserver l’emploi et l’outil de production des salariés – ils y sont très attachés. Il faut prendre la mesure de ce que représente la fin du charbon dans les bassins houillers concernés.À la centrale Émile-Huchet de Saint-Avold, j’ai eu l’occasion de le dire en commission, certains salariés sont des enfants ou des petits-enfants de mineurs. Ils vont donc continuer à exercer leur métier, tout en participant à la transition écologique du pays. Cette centrale est un des derniers liens avec l’histoire industrielle de la Moselle, où l’exploitation du charbon et la maîtrise de la sidérurgie ont été une fierté locale, permettant à un département entier de vivre et de rayonner partout en Europe. Nous avons donc un devoir moral de sauver un des derniers symboles de l’industrie mosellane d’antan en lui offrant les mécanismes pour s’adapter au monde d’aujourd’hui.En somme, la conversion de la centrale du charbon au gaz permet d’optimiser la durée de vie de l’équipement, est techniquement simple à réaliser et son financement se fait sans coût pour l’État, tout en garantissant l’emploi.Une fois ces choses dites, pourquoi a-t-on besoin d’une loi pour permettre la conversion de cette centrale ? C’est nécessaire pour que la centrale convertie soit éligible au mécanisme de capacité, d’une part, et qu’elle puisse bénéficier d’une autorisation d’exploiter, d’autre part. C’est l’objet des deux premiers articles de la proposition de loi.L’article 1er garantit que la centrale convertie au gaz sera considérée comme une nouvelle installation de production. Elle pourra dès lors bénéficier, si elle est retenue au sein du mécanisme de capacité, d’un financement pluriannuel réservé aux nouvelles installations. Or une rémunération pluriannuelle donne davantage de visibilité et de sécurité à l’opérateur.Cet article précise également que la date de début de la production commerciale à prendre en compte est bien celle du fonctionnement de la centrale au gaz et non celle applicable à la centrale à charbon avant d’être convertie. C’est indispensable car les centrales qui émettent plus de 550 grammes de dioxyde de carbone par kilowattheure, ce qui est le cas des centrales à charbon mais pas celui des centrales à gaz, ne sont pas éligibles au mécanisme de capacité.L’article 2 prévoit que la sélection d’une centrale convertie dans le cadre du mécanisme de capacité emporte l’attribution de l’autorisation d’exploiter. Il faut l’indiquer dans la loi car, à ce jour, le décret fixant la programmation pluriannuelle de l’énergie interdit normalement de délivrer une autorisation d’exploiter à une centrale électrique fonctionnant à partir d’énergies fossiles. Nous sécurisons donc la conversion de la centrale, mais de manière strictement encadrée : nous autorisons la mise en service non pas d’une toute nouvelle centrale à gaz qui tournerait à plein régime toute l’année, mais d’une centrale à charbon convertie à un mélange de gaz et de biogaz et qui a vocation à ne tourner que quelques centaines d’heures par an.Les sénateurs – en particulier le sénateur Khalifé, présent dans les tribunes du public –, que je remercie d’avoir pris l’initiative de déposer ce texte et pour les travaux qu’ils ont menés en collaboration avec le gouvernement, ont renforcé la robustesse juridique de ces deux articles et en ont mieux circonscrit le champ d’application.Je tiens à préciser que cette proposition de loi est issue d’un consensus politique fort : tous les sénateurs mosellans, ainsi que tous les députés du socle gouvernemental, se sont unis pour faire émerger ce projet. Ainsi, avec pour seul objectif d’agir pour l’intérêt général, nous parvenons à mener de grands combats.Le texte ne s’appliquera qu’aux centrales existant au 1er janvier 2025, ce qui exclut les nouvelles centrales du dispositif. Par ailleurs, le Sénat a précisé que ces deux premiers articles ne s’appliqueront qu’aux centrales fonctionnant initialement au charbon : cela évite tout effet d’aubaine pour la conversion des turbines à combustion fonctionnant au fioul, qui auraient pu être éligibles au dispositif. Tout comme le Sénat, je souhaite que les dispositions du texte restent centrées sur les centrales à charbon, lesquelles sont à la fois les plus polluantes et celles qui ont véritablement besoin de cette loi pour garantir le succès de leur conversion.Les articles 1er et 2, outre le charbon, mentionnent la tourbe et le schiste bitumineux : il s’agit d’une simple précaution de rédaction pour garantir la neutralité technologique du dispositif, étant entendu qu’il n’existe pas en France de centrale fonctionnant à la tourbe ou au schiste bitumineux.Il a aussi été précisé que l’autorisation d’exploiter ne vaut pas autorisation environnementale : que chacun soit donc rassuré quant à la rigueur de l’évaluation des conséquences environnementales du projet.Le Sénat a introduit un article 3 alignant la date d’entrée en vigueur des deux premiers articles avec la notification de notre nouveau mécanisme de capacité à la Commission européenne, au titre des aides d’État. C’est un ajout bienvenu pour garantir la parfaite conformité du mécanisme au droit de l’Union.Enfin, le Sénat, à l’initiative d’élus de Loire-Atlantique, a ajouté un article 4 qui concerne spécifiquement l’avenir de la centrale à charbon de Cordemais. Cet article oblige EDF à présenter un plan de conversion de la centrale visant à adopter un procédé de production d’électricité moins polluant. À l’automne dernier, le groupe a annoncé le projet de fermeture de la centrale à l’horizon 2027 et l’abandon du projet de conversion de celle-ci à la biomasse, baptisé Ecocombust. Un projet d’implantation d’une usine Framatome de fabrication de tuyaux pour les réacteurs nucléaires de type EPR 2 est à l’étude. Si j’ai souhaité maintenir cet article, qui répond à une attente forte des élus de ce territoire et des salariés de la centrale de Cordemais, je rappelle qu’il n’oblige en rien EDF à convertir sa centrale.Chers collègues, j’ai salué le travail des sénateurs à l’initiative de cette proposition de loi. Je tiens aussi à saluer la mobilisation des députés, notamment ceux qui ont déposé à l’Assemblée une proposition de loi identique à celle des sénateurs, mais aussi ceux qui ont permis que le texte issu du Sénat soit adopté sans modification la semaine dernière en commission des affaires économiques. Cela nous permet de nous orienter vers un vote conforme et une promulgation dans les meilleurs délais.
Les différents acteurs du dossier, dans le territoire concerné, vont enfin pouvoir envisager sereinement leur avenir.
Je tiens aussi à rappeler que ce texte, certes indispensable pour sécuriser juridiquement le projet de conversion, n’est qu’une première étape. L’exploitant doit maintenant tout mettre en œuvre pour garantir la réussite du projet, en s’assurant d’être retenu au titre du mécanisme de capacité et en déclenchant, rapidement, les investissements complémentaires nécessaires. Je remercie l’ensemble des acteurs et je tiens de nouveau à saluer la détermination sans faille des salariés du site, dont une partie est présente dans les tribunes du public. Rappelons également que ce sont environ 500 emplois directs ou indirects qui dépendent de cette centrale. Je compte sur vous tous. (Mme Ségolène Amiot, M. Stéphane Vojetta, Mme Nathalie Colin-Oesterlé et M. Raphaël Schellenberger applaudissent.)
Je serai bref car nous souhaitons adopter ce texte avant minuit. Les salariés qui nous regardent depuis les tribunes ont besoin de repartir avec fierté, car ils ont mené ce combat pendant des années dans cette centrale nucléaire…
…dans cette centrale à charbon – pardon – et ont apporté, malgré les difficultés, des réponses aux besoins de l’État.Oui, j’ai confondu centrale à charbon et centrale nucléaire car c’est l’enfant d’un homme de 60 ans, ouvrier dans le nucléaire, qui s’adresse à vous ; un père qui n’a jamais ménagé sa peine pour nous nourrir et que je n’ai pas souvent vu pendant des années car il faisait le tour des centrales : je comprends donc le sacrifice que représente le fait de travailler dans le secteur de l’énergie.Nous avons aujourd’hui un consensus politique qui va bien au-delà du territoire de la Moselle. Je remercie nos collègues écologistes qui, malgré les doutes, vont s’abstenir et permettre une adoption conforme de cette proposition de loi.Il s’agit en effet d’un engagement important, se déroulant sur une durée de dix à quinze ans, représentant un investissement de 100 millions d’euros et impliquant une transition globale du site industriel au-delà de la seule tranche 6. Je vous garantis, et M. le ministre le confirmera sans doute, que nous serons vigilants s’agissant du bon déroulement de la transition sur le site ainsi que de sa bonne application dans le temps.Le président du département est présent ce soir. Il peut compter sur notre soutien indéfectible et faire savoir à l’ensemble des citoyens de ce territoire que jamais nous ne les lâcherons. Nous accompagnerons cette transition.Je remercie enfin tous mes collègues ici présents et loue leur sens des responsabilités qui va permettre que ce texte soit voté conforme.
Je vous remercie, chers collègues, pour votre vote à l’unanimité, pour ces salariés, pour ces femmes et ces hommes qui se lèvent chaque matin avec fierté (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT. – Mme Dieynaba Diop applaudit également), pour nous permettre d’avoir de l’énergie, et qui malheureusement ont le sentiment d’avoir été maltraités. Nous avons démontré que la représentation nationale dans son ensemble entendait les sauver et préparer l’avenir avec eux – les cartes sont désormais entre leurs mains.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).