Discours du 22 janvier 2025
Manon Aubry · Conclusions du Conseil européen du 19 décembre 2024 (débat)
Madame la Présidente, Madame la Présidente, Monsieur le Président, les armes se sont enfin tues à Gaza. L’entrée en vigueur du cessez-le-feu est un immense soulagement, et sa préservation doit être au cœur des échanges du Conseil, plutôt que la signature à tour de bras de nouveaux accords de libre-échange, Madame von der Leyen.
Je pense aujourd’hui aux 2 millions de Gazaouis qui ont vécu depuis dix-huit mois dans la peur et la faim et qui voient enfin une lueur au bout du tunnel. Je pense aux centaines de milliers d’enfants dont le seul terrain de jeu était un champ de ruines, et qui vont pouvoir retrouver quelques instants de répit et d’insouciance. Je pense aux otages israéliens et aux prisonniers palestiniens qui vont enfin retrouver leurs proches, et la liberté.
Mais l’espoir précaire qui se lève garde un goût amer, car trop de temps a été perdu. Au moins 46 000 civils ont déjà été massacrés sous les bombes israéliennes. Ces femmes, ces hommes, ces enfants ont été abandonnés par l’Union européenne, qui n’a pas seulement été impuissante, mais complice du martyre des Palestiniens. Madame von der Leyen, Monsieur Costa, combien de vies auraient pu être sauvées si les États européens n’avaient pas été si lâches, s’ils avaient cessé d’envoyer des armes à Benyamin Netanyahou, si l’Union européenne avait suspendu son accord d’association avec Israël? Madame von der Leyen, vous n’avez rien fait pour arrêter la guerre, mais vous pouvez encore agir pour rétablir la paix. Car, si le massacre s’est provisoirement arrêté, le supplice des Palestiniens, lui, est loin d’être terminé. Ceux qui ont survécu se retrouvent sur un champ de ruines, quand ils ne continuent pas d’être pris pour cible, comme cet enfant abattu par un missile israélien ou encore le camp de Jénine, en Cisjordanie, sujet à de nombreuses attaques.
En un an et demi, tout un territoire a été rasé, sa population affamée et massacrée, l’aide humanitaire bloquée, les hôpitaux délibérément détruits par un gouvernement génocidaire d’extrême droite dont le chef est sous mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Alors oui, l’Union européenne doit le dire clairement: les criminels de guerre doivent être jugés, la colonisation illégale des territoires palestiniens doit cesser, et enfin un État palestinien souverain doit être créé.
Madame von der Leyen, vous ne pouvez racheter votre inaction coupable pendant le génocide, mais vous avez le devoir, à tout le moins, de tout faire pour protéger les survivants et offrir une promesse d’avenir aux enfants de Gaza.
Alors aujourd’hui, pour conclure, je pense à ces mots du poète palestinien Marwan Makhoul: «Je dois écouter les oiseaux, et pour écouter les oiseaux, il faut que cesse le bruit des bombardiers, qu’il cesse à tout jamais pour qu’enfin la Palestine retrouve sa liberté.»
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.