Discours du 22 janvier 2025
Manon Aubry · Présentation du programme d’activités de la présidence polonaise (débat)
Madame la Présidente, chers collègues, Monsieur le Premier Ministre Tusk, le 9 juin 2023, une femme, Dorota Lalik, enceinte de cinq mois, est morte d’une septicémie faute d’avoir pu avorter. Cela s’est passé dans votre pays, Monsieur Tusk, la Pologne. Cette femme de 33 ans avait la vie devant elle. Elle est morte parce que des hommes ont décrété qu’ils savaient mieux que les femmes ce qu’elles devaient faire de leur corps. Comme Dorota, trop de femmes ont perdu leur vie en raison de l’interdiction de l’IVG en Pologne. Comment cela peut-il encore avoir lieu en Europe au XXIe siècle, au moment où l’on célèbre les cinquante ans de l’anniversaire de la loi Veil dans mon pays, la France?
Le droit à l’IVG est en danger, et la passivité totale de l’Union européenne encourage l’internationale réactionnaire, qui s’organise pour l’attaquer partout en Europe, comme on l’a encore vu lors d’un rassemblement qui a eu lieu ce week-end à Paris. Pourtant, Monsieur Tusk, vous aviez été élu sur la promesse de libéraliser le droit à l’avortement contre le PiS, qui avait mis en place cette loi ignoble. Pendant que certains groupes politiques, ici encore, croient célébrer avec votre gouvernement la victoire du monde libre, vous prolongez en réalité certaines des politiques d’extrême droite. Et c’est bien ce que l’on retrouve dans le programme de travail de votre présidence de l’Union européenne. Je l’ai bien lu et, franchement, je me suis demandé s’il n’y avait pas des pans qui avaient été écrits par M. Orbán ou par Mme Meloni.
Alors que les inégalités explosent, que les catastrophes climatiques s’accumulent, vous n’avez qu’un seul mot à la bouche: la sécurité. Et la sécurité de Dorota, Monsieur Tusk? Et la sécurité des femmes qui risquent leur vie pour décider du droit le plus simple et inaliénable, à savoir disposer de leur propre corps?
Le pire dans tout ça, c’est que vous reliez ce mot, bien évidemment, au fantasme d’invasion migratoire. Pas étonnant, quand on sait que vous voulez suspendre le droit d’asile. Pourtant, il y avait tant à faire avec cette présidence polonaise, comme par exemple avoir une minorité de blocage pour s’opposer à l’accord de libre-échange avec le Mercosur, ou encore créer une véritable indépendance européenne plutôt que s’aligner dans les pas des États-Unis de Donald Trump. À moins que vous ne considériez que leur projet climatosceptique, raciste et misogyne soit la voie à suivre.
Monsieur Tusk, en conclusion, on ne s’oppose pas à l’extrême droite en reprenant une partie de ses propositions. Pour Dorota et pour toutes les victimes des obscurantistes, nous avons au contraire le devoir de nous opposer à elle frontalement, avec un projet radicalement émancipateur.
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.