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Discours du 12 mars 2025

Manon Aubry · Semestre européen (discussion commune)

Monsieur le Président, Madame la Commissaire, il paraît que vous avez trouvé de l’argent, sonnant et trébuchant, de l’argent pour les chars d’assaut, mais, étrangement, pas pour les hôpitaux. En effet, voilà ce que vous nous proposez: une économie de guerre, où, tout d’un coup, les milliards pleuvent pour les dépenses militaires, mais pas pour les dépenses sociales et écologiques.

Alors que la dette des États était censée être un point insurmontable, voilà que l’Europe sort de son chapeau 800 milliards pour l’armement. Alors que l’on nous disait qu’il fallait couper dans les dépenses pour nos écoles et nos retraites, voilà qu’il faut investir massivement dans les missiles et les canons. Alors que nous nous battons depuis des années – bien seuls, il faut le dire – contre les règles d’austérité, voici que ces mêmes règles volent soudainement en éclats pour financer l’armée. C’est comme si, tout d’un coup, il n’existait plus de réchauffement climatique ni de pauvreté, et que la seule priorité était les blindés.

La vérité, c’est que la seule guerre que vous préparez, c’est une guerre sociale. Déjà, les plus fervents défenseurs de l’ordre économique établi y voient l’occasion rêvée de pousser encore plus leur entreprise de casse sociale et de dérouler leur feuille de route austéritaire. Puisqu’il faut de l’argent pour les canons, ils s’empressent de tirer à boulets rouges sur notre protection sociale. Certains proposent déjà de travailler jusqu’à 70 ans et de ne partir à la retraite qu’après. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Assurance chômage, temps de travail, services publics, protection de l’environnement… Tous les sacrifices sont bons pour les peuples européens, tant que l’on ne touche pas à l’argent des plus riches.

L’économie de guerre, en réalité, ce sont les grands patrons et les actionnaires qui s’en frottent les mains. Eux qui ont déjà vécu l’âge d’or des superprofits à l’occasion d’une pandémie voient désormais poindre la manne financière de la course aux armements. En 2024 déjà, ce sont pas moins de 750 milliards de dollars de dividendes qui ont été versés dans le monde – 69 milliards rien qu’en France. Chaque année, c’est un record qui est battu et qui en chasse un autre. L’enrichissement sans fin d’une poignée aggrave la plaie béante des inégalités. Pourtant, aux yeux des dirigeants européens et de la majorité de ce Parlement, ce n’est toujours pas une raison suffisante pour taxer les plus riches et les multinationales. Étrangement, du côté de la Commission européenne, vous préférez toujours sabrer dans nos dépenses sociales, plutôt que d’aller chercher l’argent là où il est.

Nous n’accepterons pas de nous laisser enfermer dans ce faux dilemme entre la défense de l’Europe et notre sécurité d’un côté, et l’État social et la bifurcation écologique de l’autre. Il est temps de reconstruire une économie qui est fondée sur nos besoins de défense, mais aussi sociaux et écologiques, parce qu’aucun bien commun ne peut être sacrifié sur l’autel de la guerre ou de la sainte austérité.

Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.