Discours du 1 avril 2025
Manon Aubry · Conclusions de la réunion du Conseil européen du 20 mars 2025 (débat)
Madame la Présidente, Madame von der Leyen, Monsieur Costa, je vais commencer avec une question assez simple: Madame von der Leyen, combien de temps encore allez-vous laisser Donald Trump dicter sa loi sur les relations commerciales entre les États-Unis et l’Union européenne? Qu’attendez-vous, Madame von der Leyen, pour hausser le ton et proposer une réponse ferme, qui protège les travailleurs et travailleuses des secteurs concernés?
Je vous ai entendue ce matin: vous en êtes encore à réfléchir, considérer, calibrer votre réponse, pendant que Donald Trump est, en réalité, en train de nous dépouiller. La fébrilité de l’Union européenne face aux pressions de Donald Trump en dit long sur son incapacité à envisager sa propre indépendance. Pourtant, nous avions là l’occasion de remettre à plat l’ensemble de la politique de l’Union européenne, y compris de sa politique commerciale. Avec les États-Unis, bien sûr, mais aussi avec le reste du monde. Car, c’est une évidence, notre fragilité économique actuelle est la conséquence de plusieurs décennies de vos politiques libérales, celles-là même qui ont promu une mondialisation et une spécialisation économiques poussées à l’extrême.
Le doux commerce était censé se substituer à la guerre. Résultat: nous aurons et la guerre par les armes sur le continent européen et la guerre commerciale. Cette supposée liberté du libre-échange, c’est celle qui nous rend désormais captifs du chantage commercial de Donald Trump. Cette supposée liberté du libre-échange, c’est celle qui nous rend aujourd’hui incapables de subvenir à nos propres besoins: médicaments, panneaux solaires, vêtements, nourriture, et j’en passe, sont importés en masse depuis l’autre bout du monde. Nous faisons produire par d’autres ce que nous devrions produire ici, sur le continent européen.
Les conséquences, elles, sont bien connues: délocalisations et désindustrialisation, augmentation des inégalités et du chômage, accélération de la catastrophe écologique. Mais, Madame von der Leyen, loin d’apprendre de ces leçons, vous poursuivez la fuite en avant et multipliez les accords de libre-échange avec le Mercosur, le Mexique, l’Inde, la Thaïlande ou encore la Malaisie. Comment osez-vous, Madame von der Leyen, ce matin encore, venir prôner les accords de libre-échange? N’avez-vous vraiment rien appris de notre dépendance aux États à l’extérieur de l’Union européenne?
Il y a urgence, urgence à repenser entièrement les manières de produire et d’échanger. Que produit-on, et où? Pour quels besoins et en quelle quantité? Produit-on pour exporter des avions ou des produits de luxe et engraisser les multinationales, ou produit-on pour satisfaire localement les besoins essentiels – se nourrir, se loger, s’habiller, se chauffer, se meubler, se déplacer, se soigner?
Voilà, Madame von der Leyen, les questions que vous devriez vous poser, plutôt que de vous complaire dans le confort de dogmes économiques usés jusqu’à la moelle: libre-échange, compétitivité, marché, concurrence, croissance… Plus que jamais, nous avons besoin de mettre en place un protectionnisme solidaire et écologique, de recentrer notre économie sur nos besoins et dans les limites planétaires, de construire une économie de la paix plutôt qu’une économie de la guerre. Voilà ce qui doit orienter nos économies: nos vies plutôt que leurs profits.
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.