Discours du 1 avril 2025
Manon Aubry · Modification des directives (UE) 2022/2464 et (UE) 2024/1760 concernant les dates à partir desquelles les États membres doivent appliquer certaines obligations relatives à la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises et au devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (vote)
Monsieur le Président, chers collègues, qui, dans cette salle, peut affirmer que la priorité des priorités, aujourd’hui, c’est de casser les seuls textes de progrès social et écologique qui ont été votés lors du précédent mandat? Qui, dans cet hémicycle, peut sérieusement penser que le plus essentiel, aujourd’hui, c’est de jeter à la poubelle des régulations qui empêchent les multinationales de massacrer les peuples et la planète?
Pour protéger l’environnement, pour améliorer la vie des gens, ce n’est jamais le moment. Il faut toujours attendre, remettre à plus tard, «on verra quand on aura le temps». Mais, quand il s’agit de déréguler, voilà le PPE en grand seigneur: «Surtout, vite, vite, vite! Il y a urgence pour faire des cadeaux aux grandes entreprises, encore et toujours plus. Il faut s’y mettre tout de suite, immédiatement, séance tenante, en procédure d’urgence!» – vous qui, d’habitude, aimez tant les procédures d’évaluation de la Commission européenne pour faire perdre du temps.
La réalité, c’est que vous n’avez pas eu cette idée tout seuls, chers amis du PPE. Les grandes entreprises qui veulent continuer à faire des profits sur l’exploitation des travailleurs et de la nature, ce sont elles qui l’ont suggéré, et c’est en réalité à la demande de leurs lobbys que vous faites aujourd’hui cette demande de procédure d’urgence. C’est un véritable scandale!
Par ailleurs, Monsieur Tobé, vous parlez de prévisions pour les grandes entreprises, mais ce texte a été adopté à la fin du mandat précédent. Qu’est-ce qu’on va faire pendant ce mandat, ici, tous les députés européens? On va détricoter des textes qui ont été adoptés par notre Parlement européen? À quoi bon siéger ici, alors, si c’est pour défaire ce qui vient d’être adopté?
J’aimerais aujourd’hui que vous pensiez à toutes les victimes des crimes des multinationales et que vous leur disiez en face que leur sort n’est pas urgent. Allez dire, chers députés de droite et d’extrême droite qui vous apprêtez à voter cette procédure d’urgence, allez dire aux 100 000 personnes expropriées par Total en Ouganda et en Tanzanie qu’obtenir réparation n’est pas urgent. Allez dire aux familles des 6 500 morts sur les chantiers de la Coupe du monde au Qatar que faire payer les responsables n’est pas urgent. Allez dire aux esclaves ouïghours exploités par Shein qu’arrêter leur supplice n’est pas urgent. Allez dire aux proches des 1 135 employés morts dans les décombres du Rana Plaza qu’accéder à la justice n’est pas urgent.
Alors oui, ce texte sur le devoir de vigilance dans le paquet Omnibus n’est pas le plus révolutionnaire, mais il a le mérite d’exister. Nous l’avons arraché après cinq ans de bataille face aux lobbys et nous sommes fiers que la gauche, unie dans cet hémicycle, ait réussi à le défendre et à le faire voter, pour enfin mettre un terme à l’impunité des multinationales. Le cynisme de ceux qui proposent cette procédure d’urgence pour établir l’impunité totale des grands patrons qui ont du sang sur les mains est une honte, et il vous rend directement complices.
Alors, chers collègues, à vous de prendre vos responsabilités. Ne permettez pas ce retour en arrière déshonorant et défendez cet acquis essentiel pour les droits de l’homme!
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.