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Discours du 18 juin 2025

Manon Aubry · Mettre fin au génocide à Gaza: il est temps pour l'UE de prendre des sanctions (débat d'actualité)

Madame la Présidente, Madame Kallas, génocide, génocide, génocide. Je le répète volontairement car malgré 18 mois de massacres à Gaza, vous refusez toujours délibérément d'employer ce terme, Madame Kallas. 18 mois de tueries et plus de 55 000 morts, 18 mois de destruction dont 90 % des écoles, 18 mois de famine pour 2 millions de civils, 18 mois que le gouvernement israélien organise méthodiquement et délibérément le génocide du peuple palestinien.

Il aura fallu attendre que notre groupe de la gauche utilise sa possibilité d'organiser un débat pour que le mot génocide et la nécessité de sanctions apparaissent pour la première fois à l'ordre du jour officiel de notre Parlement européen. Nous faisons en somme ce que vous, Madame Kallas, et vous dirigeants européens, qui ne daignez même pas venir pour ce débat, avez refusé de faire jusqu'à présent: qualifier l'indicible pour agir, sanctionner, protéger et sortir de votre complicité.

Car oui, vous êtes complice, Madame Kallas, quand vous restez silencieuse face au blocus humanitaire imposé par Israël qui laisse pour seul rêve aux enfants de Gaza d'avoir une simple miche de pain. Ce blocus honteux qu'une députée de mon groupe, Rima Hassan, dont je veux saluer ici le courage, a tenté de contourner avec la flottille de la liberté. Leur arrestation dans les eaux internationales était illégale, leurs conditions de détention indignes. Mais les autorités européennes, et notamment vous Madame Kallas n'avez pas eu un mot pour appeler à leur libération. Apporter de l'aide humanitaire ne devrait jamais être un crime. Les seuls qui doivent être derrière les barreaux, ce sont les personnes poursuivies par la Cour pénale internationale, au premier rang desquelles Benjamin Netanyahou.

Madame Kallas je vous le redis, l'Union européenne et les dirigeants européens sont directement complices du génocide. Complices quand vous laissez Benjamin Netanyahou fouler le sol européen sans l'arrêter, complices quand vous déversez des millions d'euros au complexe militaro-industriel israélien à travers le programme de recherche Horizon, complices quand des États européens continuent à commercer et à livrer des armes à une armée génocidaire. Les mots ne suffisent plus, il faut des actes.

J'ai une question pour vous, chers collègues. Savez-vous combien notre Parlement et l'Union européenne ont adopté, à raison, de paquet de sanctions contre la Russie: dix-sept. Dix-sept! Et contre Israël qui organise un génocide? Zéro! C'est ce deux poids, deux mesures qui affaiblit toute l'architecture du droit international et qui est insupportable. Le soutien inconditionnel de l'Europe à l'extrême droite israélienne doit cesser. Cela aurait dû être fait depuis bien longtemps.

Mais vous avez une nouvelle opportunité le 23 juin prochain au Conseil des ministres des affaires étrangères, en décidant de suspendre l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël. Et laissez-moi vous prévenir, Madame Kallas, vous ne pouvez plus tergiverser en proposant de réexaminer, peut-être dans un futur plus ou moins proche. Parce que les distributions humanitaires qui se font prendre pour cible par des tirs, ce n'est pas dans un futur, c'est maintenant. Parce que les Palestiniens, qui n'ont d'autre horizon que mourir de faim ou mourir d'une balle, ce n'est pas dans un futur, c'est maintenant. Parce que la survie, tout simplement du peuple palestinien se joue maintenant.

Tout doit être mis en œuvre pour faire plier le gouvernement de Benjamin Netanyahou. Il faut un embargo total sur les armes et des sanctions économiques et commerciales massives contre Israël. Ce n'est pas seulement notre groupe qui le demande, souvent seul, je dois le dire, dans cet hémicycle, mais ce sont aussi des centaines de milliers de personnes qui, de Rome à La Haye, de Paris à Bruxelles, se mobilisent partout en Europe et qui font bien plus que vous dirigeants européens en deux ans contre le génocide.

Alors Madame Kallas, pour finir, puisque les cris de douleur des Palestiniens vous indiffèrent, peut-être que leurs poèmes trouveront grâce à votre cœur pour qu'enfin vous sortiez de l'inaction. Écoutez ce poète palestinien Salem Joubran: «Si un enfant était assassiné et que ses meurtriers jetaient son corps dans la boue, seriez-vous en colère? Que diriez-vous? Je suis un fils de Palestine, je meurs chaque année, je me fais assassiner chaque jour, chaque heure. Exprimez-vous: qu'est-ce qui a provoqué votre soudaine indifférence? Quoi donc? Rien à dire?

Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.