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Discours du 19 mai 2026

Manon Meunier · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°236

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Veuillez m’excuser, madame la ministre de l’agriculture, mais il doit y avoir une erreur. Je crois que vous n’avez pas déposé le bon projet de loi. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) On nous avait vendu un « projet de loi d’urgence agricole » et le texte que j’ai en ma possession est au mieux une espèce de « projet de loi pour répondre expressément aux demandes urgentes de M. le président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, Arnaud Rousseau » ! Ce n’est en aucun cas un projet de loi pour répondre aux urgences de la majorité des agriculteurs et des agricultrices de ce pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Vous n’êtes pas d’accord, madame la ministre ? Démontrons-le simplement.Premier point : le libre-échange. Au cours des deux dernières années, au niveau de l’Union européenne, vous avez laissé passer de multiples traités de libre-échange : avec le Mercosur, l’Australie, l’Inde, le Mexique, l’Indonésie, et j’en passe ! Des dizaines et des dizaines de milliers de tonnes de denrées alimentaires vont entrer sur le territoire français sans en respecter la moindre norme. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Pour répondre à cette urgence dans ce projet de loi : rien !

Deuxième point : les prix. Au moment même où les agriculteurs subissent une hausse inédite de leurs charges sur l’énergie – notamment sur le gazole non routier (GNR) –, et alors qu’ils ne peuvent toujours pas modifier leurs prix en conséquence puisque c’est le marché ou l’agroalimentaire qui décident, vous arrivez avec une mesure choc dans ce projet de loi : des expérimentations. Voilà bientôt dix ans qu’Emmanuel Macron est au pouvoir et vous en êtes encore aux expérimentations ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

S’il vous plaît, dites tout de suite que vous ne voulez pas contraindre l’agroalimentaire, nous gagnerons du temps. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Troisième point : le sanitaire. La proposition que vous faites à ce sujet, c’est une ordonnance. Autrement dit, vous demandez que les députés vous donnent le droit d’écrire absolument ce que vous voulez sur la gestion future des crises sanitaires. Alors que nous sortons à peine d’une crise sociale inédite – le mouvement d’ampleur des éleveurs de ce pays contre votre politique d’abattage total face à la DNC –, vous nous demandez une confiance aveugle sur la gestion des crises sanitaires ? Ce sera non. (Mêmes mouvements.)Votre projet de loi ne répond absolument pas à l’urgence agricole. Pourtant, elle est bien là ; elle est même dramatiquement là. Le dernier recensement Agreste des exploitations agricoles de la région Nouvelle-Aquitaine est sorti. Écoutez-moi bien, madame la ministre. Ce recensement porte sur trois années, de 2020 à 2023 ; vous ne pouvez pas prétendre que ce n’est pas le bilan de la politique que vous représentez. La disparition des fermes connaît une véritable accélération.

Les très petites fermes ont disparu trois fois plus vite au cours des trois dernières années que de 2010 à 2020. Et cela ne concerne pas que les petites fermes. Les fermes de taille intermédiaire ont enregistré une chute deux fois plus rapide ces trois dernières années que lors de la décennie précédente. Nous sommes à un point de bascule historique s’agissant de la disparition des agriculteurs.

C’est la conséquence directe de dizaines d’années d’une politique agricole basée sur le seul principe de la compétitivité internationale, et qui n’a toujours eu qu’un seul effet : la baisse du nombre d’agriculteurs. (Mêmes mouvements.)Et votre seule réponse à cela, madame la ministre, c’est ce projet de loi, par lequel vous poursuivez la même trajectoire sans vous poser de questions. Depuis des années, vous nous sortez toujours la même rengaine : l’augmentation des seuils ICPE en élevage afin d’accélérer l’agrandissement des fermes, jusqu’à ce qu’elles atteignent des tailles qui ne concernent personne aujourd’hui en France.Vous abandonnez les éleveurs pour vous lancer dans une course à la compétitivité perdue d’avance. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Rattraper la Chine et ses immeubles à douze étages qui contiennent des centaines de milliers de cochons ? C’est mort, nous n’y arriverons pas – d’ailleurs, je crois que nous ne le souhaitons pas.

Vous savez que la course à la compétitivité est déjà perdue, que vous ne sauverez pas les éleveurs en menant cette politique-là, mais vous refusez la seule chose qui pourrait les sauver : le protectionnisme. Pourquoi ? Parce que vous voulez préserver les profits que quelques-uns tirent de vos traités de libre-échange.Tout cela n’est pas une fatalité, madame la ministre. C’est votre projet, mais on peut avoir le courage politique de faire autrement. Soit on vous laisse faire et demain, l’agriculture française s’écroulera au nom de la compétitivité – il y aura toujours des exploitations, tenues par des firmes internationales ou des coopératives géantes, mais il ne restera que très peu d’agriculteurs.

Soit on accepte le fait que l’agriculture, parce qu’elle conditionne la souveraineté alimentaire de notre pays, notre santé, notre environnement et des emplois dans les territoires, est un secteur trop important et central pour être soumis aux lois du marché et utilisé comme une vulgaire variable d’ajustement sur les marchés mondiaux.Cela demande le courage politique de sortir du libre-échange, d’imposer des règles à l’agroalimentaire et à la grande distribution, et d’arrêter la cogestion avec le président de la FNSEA. À La France insoumise, nous y sommes prêts – et en 2027, nous ferons mieux. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent vivement.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).