Discours du 6 juillet 2026
Marc Fesneau · Première session extraordinaire 2026 · séance n°4
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Et Barnier ?
N’importe quoi !
Au moment où notre pays fait encore face à une épreuve d’une gravité exceptionnelle – une canicule extrême, qui n’est pas réellement achevée –, au moment où nous découvrons encore l’ampleur des dégâts, où des familles sont endeuillées et où chacun prend, dans sa chair, la mesure des bouleversements actuels et à venir, au moment où nos services d’incendie et de secours luttent sans relâche, au moment où l’été s’annonce sans doute comme l’un des plus difficiles jamais connus, avec tout ce que cela exige de mobilisation, de résilience et d’esprit collectif, au moment où de Vannes à Perpignan en passant par Paris on se bat, voilà que le groupe Écologiste et social…
…utilise notre après-midi pour une motion de censure inutile – il suffit de voir la faible présence des députés écologistes dans l’hémicycle pour mesurer l’importance limitée qu’ils semblent eux-mêmes lui accorder.Ce débat n’éteindra aucun incendie, ne fera pas retomber la température d’un seul degré, ne soulagera aucun de nos concitoyens. (Exclamations sur les bancs du groupe EcoS. – M. Antoine Léaument s’exclame également.) Que faut-il y voir ? Un besoin d’exister sans doute. Plus sûrement encore, des gages donnés aux alliés Insoumis. Car voilà le prix de cette alliance : rien pour les intérêts du pays, tout pour ceux des partis. Je le dis avec gravité, à l’heure où le pays a besoin d’unité et d’action, ce choix laisse un profond sentiment d’indécence et d’irresponsabilité.
Il suffit de lire la motion : tout y est. Pensez-vous réellement, sérieusement, que le gouvernement doit être censuré au motif que des enfants ont été laissés dans des voitures ou s’y sont enfermés, ou que des dizaines d’autres se sont noyés, souvent, hélas, pour n’avoir pas suivi les consignes ou les interdictions ? Trouvez-vous décent d’instrumentaliser ainsi des drames humains ? Au fond, votre exposé des motifs est un manifeste d’irresponsabilité et un aveu, celui de votre amnésie et de votre inconséquence.
Alors, puisque vous voulez consacrer un après-midi à chercher des coupables plutôt que des solutions, prenons au moins le temps d’examiner vos choix, vos renoncements, vos erreurs et vos responsabilités,…
…et de rappeler ce que nous avons fait depuis près de dix ans avec le président Macron et les gouvernements successifs. Je propose que chacun assume ce qu’il a fait, ce qu’il n’a pas fait et qu’il aurait dû faire, et ce qui reste à accomplir, ensemble, pour l’avenir – comme l’a dit M. le premier ministre. C’est le sens que je donne au mot « responsabilité », mais manifestement nous n’en avons pas la même définition. Vous avez fait le choix de sacrifier l’action sur l’environnement pour le parapluie électoral des Insoumis. Je regrette le temps où cette cause pouvait être un objet de concorde. L’urgence l’exigerait pourtant.Commençons par le débat, aussi stérile que tragique, sur le choix entre atténuation et adaptation, que vous avez entretenu pendant des années. Vous pouvez toujours vous en défendre, vous avez été, des années durant, les pourfendeurs de toute politique réelle d’adaptation, arguant que s’y préparer, c’était acter les dérèglements climatiques et s’offrir une excuse à l’inaction.
Je me souviens des réactions lorsque la première véritable stratégie d’adaptation de notre pays a été présentée. Certains osaient dénoncer un renoncement, comme si préparer la France aux conséquences du changement climatique revenait à l’accepter.
Nous avons fait un choix différent : celui de ne pas opposer l’atténuation et l’adaptation,…
…parce que protéger les Français contre les effets du dérèglement climatique n’a jamais empêché de le combattre. Nous conjuguons concrètement la baisse massive des émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation des territoires aux effets déjà dévastateurs du dérèglement climatique. Avant cela, vous avez soutenu des politiques d’atténuation souvent sans cohérence d’ensemble, sans moyens à la hauteur, donc sans efficacité. Tel était précisément le sens de la planification écologique lancée en 2022 par Élisabeth Borne : coordonner enfin nos actions.
Durant ces vingt dernières années, savez-vous combien de temps vous avez participé aux gouvernements et voté leurs budgets ?
La moitié du temps ! Dix années, exactement la durée sur laquelle vous prétendez nous juger. Alors je vous propose de comparer, car ce qui distingue le populisme, y compris écologique, de la responsabilité, c’est le fait d’accepter de se confronter au réel et à son propre bilan. L’avantage du bilan, c’est qu’il suffit de compter et de comparer – ce qui interdit l’esquive et la facilité. Comparer et compter les hôpitaux et les Ehpad modernisés par les uns et par les autres. Comparer et compter les kilomètres de voies ferrées régénérés par les uns et par les autres. Compter les arbres plantés par les uns et par les autres. Compter les tonnes de CO2 évitées par les uns et par les autres. Compter les milliards investis en faveur de l’agriculture et des collectivités par les uns et par les autres. Le premier ministre s’est déjà livré à cet exercice à la perfection, mais j’ajoute quelques éléments complémentaires.
Puisque vous jugez qu’il est temps de faire les comptes, regardons ensemble ce que chacun a réellement fait lorsqu’il était aux responsabilités.Je veux d’abord rappeler que si la priorité de ces vingt dernières années était l’atténuation, nous avons obtenu en dix ans plus de résultats que toutes les majorités précédentes.
Les émissions françaises de gaz à effet de serre ont baissé de 20 % en dix ans, davantage donc que les 15 % cumulés des vingt-sept dernières années. Voyez ma bienveillance : je vous accorde vingt-sept ans de recul quand vous nous jugez sur dix. Et en dix ans, nous avons parcouru deux fois plus de chemin. Pourquoi ne pas le dire ?
Et pourquoi ne pas dire, dans le même temps, qu’il faut poursuivre et amplifier l’effort ? Nous pourrions peut-être nous accorder sur ce point. Il faut notamment dépasser une autre erreur stratégique que vous avez imposée au débat public et dont nous sommes heureusement sortis : le refus de décarboner le mix énergétique par le nucléaire. Voilà ce qui est fascinant chez vous ! Voilà pourquoi vous finissez par ressembler au populisme que vous prétendez combattre ! En refusant de parler d’adaptation, vous avez fait perdre du temps au pays, comme vous lui en faites perdre cet après-midi. Sans doute parce que le plus simple, pour ne pas se confronter au réel, est de demander l’impossible ou l’inaccessible, d’entretenir le flou ou d’entraver toutes les initiatives – c’est tellement plus facile.Venons-en aux stratégies d’adaptation, en commençant par la plus évidente en temps de crise : la politique sanitaire. Vous nous accusez d’inaction, mais vous oubliez que le Ségur de la santé, lancé par le président de la République, a permis d’engager la modernisation de près de 1 700 établissements de santé, un effort qui va se poursuivre jusqu’en 2030. Depuis le Ségur, le premier ministre l’a rappelé, l’État a conduit un effort inédit en faveur des Ehpad. Ces crédits ont financé des travaux du quotidien, utiles aujourd’hui, dans plus de 3 000 établissements, ainsi que la modernisation ou la reconstruction de plus de 500 Ehpad. Au total, 49 000 places ont été rénovées ou créées. Et nous continuons d’agir ! Le premier ministre vient d’annoncer le déploiement accéléré de solutions de climatisation dans les établissements les plus exposés. Face aux conséquences du réchauffement climatique, notre réponse n’est pas l’incantation, mais l’investissement et l’action.
Il reste beaucoup à faire évidemment, et d’abord poursuivre le soutien à nos soignants pour leur permettre de tenir. C’est l’occasion de rappeler les revalorisations que les gouvernements auxquels vous apparteniez n’ont jamais engagées : ce sont les gouvernements successifs depuis 2017 qui ont consacré des milliards d’euros de dépenses nouvelles…
…chaque année au bénéfice de 1,5 million de professionnels.
Vous, vous n’avez rien fait quand vous gouverniez.Nous pouvons dresser le même constat pour les transports, le ferroviaire et le vélo. Vous dénoncez sans relâche l’action, ou l’inaction, du gouvernement, mais jamais notre pays n’a autant investi pour adapter son réseau ferroviaire aux conséquences du changement climatique. Depuis 2017, l’État a engagé le plus important effort en faveur du rail depuis plusieurs décennies. Il a assaini durablement la situation financière de la SNCF en reprenant 35 milliards d’euros de dette, tout en mobilisant 4,7 milliards d’euros dans le cadre du plan France relance, dont 4,1 milliards consacrés à la régénération du réseau. Cette trajectoire a été prolongée, les investissements de régénération étant portés à près de 5 milliards d’euros par an. Qu’avez-vous fait, vous ? Là encore, nous avons choisi d’anticiper plutôt que de subir. Qu’avez-vous fait sinon laisser se déliter la quasi-totalité de nos lignes au profit du tout-TGV, quand nous avons réorienté l’effort vers une maille plus fine, dans chacun de nos territoires ?
C’est ce retard, votre retard, que nous payons aujourd’hui. Qui a relancé le fret, quand vous n’avez cessé de le saborder, de fermer à peu près tous les trains de nuit et de refuser la diversification de l’offre par l’ouverture à la concurrence ?
Avec les régions, l’État a consacré 2,5 milliards d’euros à la sauvegarde des petites lignes, rouvert des trains de nuit et financé le renouvellement du matériel roulant. Et vous, qu’avez-vous fait ?S’agissant de l’agriculture, particulièrement éprouvée, comme le sait Mme la ministre Genevard, dois-je rappeler la réforme de l’assurance récolte initiée par Julien Denormandie lorsqu’il était ministre de l’agriculture, réforme mise en œuvre depuis ?
Elle met à la disposition des agriculteurs des moyens considérablement renforcés pour se protéger des aléas climatiques. Avant 2023, à peine un tiers des surfaces en grandes cultures et en viticulture étaient assurées. La couverture était quasi inexistante pour les autres. Depuis la réforme, elle progresse dans toutes les filières et a été multipliée par près de dix dans celles qui étaient jusqu’alors les moins protégées.Dois-je rappeler France 2030 et les guichets ouverts pour améliorer la sobriété des équipements d’irrigation et engager les transitions ? J’en sais quelque chose ! Dois-je rappeler le plan hydraulique visant à rendre nos systèmes plus économes et efficaces, mis en œuvre par Jean Castex, Élisabeth Borne, Gabriel Attal et les gouvernements suivants ? Dois-je enfin évoquer le plan Agriculture méditerranéenne que j’ai lancé pour adapter toute la zone sud au défi redoutable du dérèglement climatique ? Pourquoi ne l’avez-vous pas fait quand vous gouverniez ?Depuis 2017, les aides à l’investissement agricole ont changé d’échelle. Auparavant, aucun gouvernement n’avait mobilisé simultanément autant de guichets nationaux dédiés à ces aides. Et que dire des moyens consacrés à la recherche ? Je n’en donnerai qu’un exemple : la subvention pour charges de service public de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) est passée d’environ 700 millions d’euros en 2017 à près de 900 millions en 2025, soit une progression de près de 30 % en huit ans. Qu’avez-vous fait, vous, de votre côté ?Enfin, avez-vous seulement voté les budgets qui permettaient d’adapter notre agriculture et d’atténuer les bouleversements qu’elle subit ? La réponse est évidemment non.
Venons-en au sujet qui résume et symbolise de façon saisissante l’enjeu des politiques d’adaptation et d’atténuation : la forêt. Permettez-moi, tout d’abord, d’avoir une pensée pour les sapeurs-pompiers, les personnels de la sécurité civile, les forestiers (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem, EPR, LFI-NFP et SOC), les services des collectivités locales, les associations et les bénévoles en ce moment même engagés sur le terrain. Sur ce sujet, je vous invite à un peu – beaucoup – de modestie. Le dernier grand outil de financement pérenne de la forêt française, le fonds forestier national, a disparu lorsque vous étiez aux responsabilités. C’était en 2000. Pendant plus de vingt ans, aucun instrument d’une ambition comparable n’a pris le relais. Nous le payons cher encore aujourd’hui. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais un arbre a besoin de temps pour pousser ! Notre bilan, lui, est mesurable : des centaines de millions d’arbres déjà plantés sur fonds publics. On serait tenté de le comparer au vôtre, mais ce serait blessant !Avec le plan Forêts, le pacte en faveur de la haie et les programmes de renouvellement forestier, nous avons investi comme jamais dans la forêt. Monsieur le premier ministre, il nous faudra poursuivre cet effort malgré les difficultés budgétaires. Voilà la différence entre l’indignation permanente et une politique publique, entre des incantations et un bilan.
Qui, plus que nous, a donné à nos soldats du feu comme à tous les agents de l’Office national des forêts (ONF) les moyens de lutter contre les incendies et de les anticiper ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes, nul besoin de s’y attarder.Je voudrais finir par le fonds Vert et le soutien aux collectivités. Vous nous déclarez coupables d’avoir réduit ce fonds depuis 2025. Par ces temps de canicule, laissez-moi vous rafraîchir la mémoire, courte comme longue, puisque les deux semblent vous manquer. La mémoire courte, d’abord : c’est nous qui avons créé le fonds Vert, généralement en dépit de vos votes – il est savoureux de vous voir défendre aujourd’hui ce que vous avez combattu hier !
Le fonds Vert a permis de financer plus de 25 000 projets, d’engager pas moins de 4,5 milliards d’euros et d’accompagner des milliers de collectivités, notamment près de 11 000 communes, pour les aider à adapter concrètement leurs territoires aux conséquences du dérèglement climatique. La mémoire longue, ensuite : vous ne cessez de réclamer davantage d’argent pour les collectivités, mais sous le quinquennat 2012-2017, dont vous avez voté les budgets (Protestations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS), la dotation globale de fonctionnement (DGF) a diminué de 11 milliards d’euros.
Faites le compte : ce sont plusieurs dizaines de milliards qui ont manqué aux communes et qui leur manquent encore aujourd’hui.D’Édouard Philippe à Sébastien Lecornu, nous avons agi, même s’il faut en faire plus. Mais pour aller plus loin, nous devons évoquer la question des comptes publics – je conclurai sur ce thème. Vous vous êtes faits les porte-parole zélés du sacrifice de l’adaptation sur l’autel de l’atténuation ; alors que vous aviez les moyens d’agir, vous en êtes restés au « y’a qu’à, faut qu’on ». Après ces errements et l’absence singulière, pour ne pas dire absolue, de bilan concret, il est un dernier sujet auquel vous ne pourrez vous soustraire : la responsabilité budgétaire. Quand on ne choisit pas, quand on cède à la facilité de l’impôt et de la dépense sans hiérarchiser ni compter, on sacrifie l’avenir. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)
C’est notre avenir climatique que vous compromettez par votre inconséquence budgétaire ! Vous avez choisi de revaloriser toutes les pensions plutôt que de consacrer ces moyens à la modernisation de nos Ehpad ou des logements de nos aînés.
Vous avez choisi de refuser l’inéluctable réforme des retraites et de soutenir des mesures populistes de court terme qui empêchent de faire l’essentiel. Nos enfants vous accuseront d’avoir sacrifié l’essentiel à l’accessoire, d’avoir cédé aux calculs les plus bas et, ce faisant, d’avoir renoncé à leur transmettre un monde dans lequel eux et leurs propres enfants puissent vivre.
Les seules mesures que vous et vos alliés avez exigées pour 2026 correspondent à 5 à 6 milliards d’euros qui pourraient être utilisés pour lutter contre le dérèglement climatique.Plus encore : en faisant chuter le gouvernement de François Bayrou, puis en venant donner des leçons et en exerçant un chantage permanent sur nos groupes comme sur le gouvernement de Sébastien Lecornu, vous portez une lourde responsabilité, celle de rendre très rapidement impossible toute action pour atténuer les effets du dérèglement climatique.
Si nous ne faisons rien, nous consacrerons d’ici deux ou trois ans près de 100 milliards d’euros par an au seul paiement des intérêts de notre dette, autant d’argent qui ne servira pas à lutter contre le dérèglement climatique.
C’est vous qui mériteriez d’être censurés, c’est à vous qu’il faudrait demander des comptes, c’est vous qui devriez rendre compte de votre inaction !Avec le groupe Les Démocrates, nous considérons cependant que nous devons aller plus loin et en faire plus.
Il vous reste une occasion d’être utiles – la dernière, et peut-être la première en dix ans.
Après nous avoir fait perdre un après-midi, ne faites pas perdre au pays une année de plus sur le plan budgétaire, comme vous semblez l’envisager ! Quand l’essentiel est en jeu, on ne perd jamais à être courageux, à dire le réel, à choisir et à essayer de se rassembler. Il n’est jamais trop tard pour revenir à la raison et être au rendez-vous de l’histoire, le dernier avant l’élection présidentielle. Le budget pour 2027 sera un test qui déterminera la volonté de responsabilité des uns et des autres. Nous y sommes prêts ; l’êtes-vous aussi ?Merci de nous avoir donné l’occasion de rappeler nos convictions et de remettre quelques pendules à l’heure. Vous avez pris beaucoup de retard en déposant cette motion de censure inopportune, que nous ne voterons évidemment pas. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem, EPR et HOR.)
Ce n’est pas gentil pour les concierges !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).