Discours du 20 juillet 2026
Marc Fesneau · Première session extraordinaire 2026 · séance n°22
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Nous voici arrivés à l’instant décisif du vote, mais ce projet de loi, même s’il est utile à l’agriculture, ne porte plus uniquement sur elle. Il nous conduit à nous interroger sur le fondement même d’une démocratie lorsqu’elle est confrontée à des défis d’une immense complexité et à la tentation populiste. La réponse du groupe Les Démocrates est sans équivoque : ce fondement, c’est la vérité et c’est la science. Le populisme prospère toujours sur une promesse qui substitue à la réalité un récit confortable. À l’inverse, notre responsabilité est d’avoir confiance dans les Français et de leur dire la vérité, même lorsqu’elle est complexe.La vérité implique de ne jamais choisir des réponses simplistes aux trois défis indissociables auxquels fait face notre agriculture : un défi géopolitique, parce que produire dans un monde de prédateurs, c’est préserver notre souveraineté ; un défi climatique, parce que dans un monde aux ressources limitées, la sobriété est la condition pour préserver notre environnement ainsi que notre capacité à produire et donc à créer du revenu ; un défi sociétal, enfin, parce que le fossé entre les agriculteurs et nos concitoyens s’est profondément creusé.Face à ces constats, nous faisons le choix de rechercher des solutions et de dire, avec humilité, ce que nous croyons être la vérité.La vérité, c’est qu’aucune loi ne résoudra à elle seule toutes les difficultés du monde agricole. La vérité, c’est aussi de dire que ce projet de loi n’est pas la caricature qui en est faite. Après la CMP, il consacre de nombreuses avancées sur les bâtiments d’élevage, sur le revenu agricole, sur la lutte contre la prédation et sur l’accès à l’eau. Je le dis clairement : oui, l’agriculture a besoin d’eau pour produire. Le stockage, lorsqu’il est pensé localement et s’inscrit dans une trajectoire de transition, ne s’oppose pas à la sobriété et ne justifie pas de bouleverser la hiérarchie des usages.Ceux qui persistent à opposer l’environnement et l’agriculture, comme si la victoire des uns supposait la défaite des autres, prennent le risque immense de préparer la guerre de l’eau. Le texte qui nous est présenté est désormais équilibré. Pour consacrer ces avancées, l’Assemblée a pris toute sa part, j’en sais quelque chose, et je m’adresse ici en particulier à Julien Dive, à Jean-René Cazeneuve et à Stéphane Travert. La version adoptée par le Sénat comportait, elle, des dérives inacceptables.La vérité consiste également à accepter des repères communs. En démocratie, tout peut être débattu, mais sur les questions de santé ou d’environnement, il existe des autorités légitimes. Ce juge, ce n’est ni la majorité ni l’opposition de cette assemblée. Ce n’est pas le Sénat, ce n’est pas davantage notre groupe, ce ne sont pas les groupes de pression. Ce juge, c’est la science. Le groupe Les Démocrates a toujours collectivement assumé que les réponses à ces questions devaient être fondées sur l’expertise scientifique. Nous refusons de l’invoquer lorsqu’elle confirme nos convictions et de la récuser lorsqu’elle les contredit. La science, rien que la science, toute la science.
C’est en son nom que notre groupe s’est opposé à la réintroduction de l’acétamipride voulue par les sénateurs. C’est une erreur d’avoir fait un totem de cette question, alors qu’elle n’était pas posée par le texte initial. Sur cette question également, la vérité doit être dite. Elle soulève des interrogations qu’on peut partager parce qu’elle touche étroitement à notre conception de la santé et de l’environnement. Toutefois, nul ne peut contester que la solution retenue, celle de confier la décision de réintroduction à la science, est une avancée et un changement total d’approche. (Mme Danièle Brulebois applaudit.) Elle contredit tous ceux qui veulent s’affranchir de la science.
Ce qui avait été décidé sans la science en 2016 ne pourra donc être autorisé sans la science. Nombreux sont ceux qui attendaient cette avancée majeure.
Dire la vérité, c’est ce que nous devons aux Français comme aux agriculteurs et c’est la condition même de la compréhension mutuelle et de la réconciliation. Notre conviction profonde, c’est qu’il ne peut y avoir d’avenir dans notre pays, qui compte près de 70 millions d’habitants pour moins de 400 000 agriculteurs, si les Français se détournent de ceux qui les nourrissent ou, pire encore, s’ils s’en défient.Aux agriculteurs, nous devons dire qu’il n’y a pas d’autre voie que la transformation des modèles et la réduction de l’usage des pesticides, mais cette voie nous oblige en retour à soutenir massivement la recherche, le déploiement des techniques alternatives et l’accompagnement des exploitations. C’est ce que nous avons fait, j’en sais quelque chose, ces dernières années.Aux Français, nous disons que leurs choix quotidiens dessinent autant l’avenir de notre agriculture que nos votes dans cet hémicycle. Notre responsabilité consiste à rendre accessible au plus grand nombre le choix de son alimentation.Même s’il est partagé, le groupe Les Démocrates votera, dans sa majorité, ce texte. Il le fera avec la conviction que lorsque la vérité disparaît, il ne reste plus que le rapport de force, l’émotion et le mensonge ; avec la conviction que la vérité n’est pas l’ennemie de la démocratie, mais qu’elle en est la condition même. C’est aussi le sens du vote de ce soir. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et EPR ainsi que sur les bancs des commissions.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).