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Discours du 12 février 2026

Marcellin Nadeau · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°147

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En tant que député de la Martinique, singulièrement du nord de l’île – un territoire déshérité –, je sais combien la crise de l’eau n’est pas une abstraction technocratique ; elle constitue une défaillance systémique du service public. Pourtant documentée et chiffrée, elle est insuffisamment traitée par l’État.Monsieur le ministre, les chiffres, accablants, sont connus de vos services. En Martinique, 94 % de l’eau potable provient des eaux de surface, essentiellement de quelques rivières du nord de l’île. Cette dépendance très forte à un nombre très limité de captages rend le système structurellement vulnérable aux pollutions diffuses, aux épisodes climatiques extrêmes et aux défaillances de la protection des bassins versants. Que constatons-nous ? Les aires d’alimentation des captages sont mal délimitées ; les protections sont hétérogènes ; les pressions agricoles et chimiques sont historiquement mal régulées. Le résultat est connu : des pollutions durables, coûteuses, parfois irréversibles.Selon les données de l’office de l’eau de Martinique, 40 % à 45 % de l’eau produite n’arrive jamais au robinet, perdue dans des réseaux vétustes, parfois centenaires. Près d’un litre d’eau sur deux est gaspillé, alors même que la population subit des coupures quotidiennes. Et quand l’eau arrive, sa qualité n’est pas toujours garantie, comme le montrent de nombreux rapports.Le cas du chlordécone est emblématique dans nos pays. Hier, c’était le chlordécone ; aujourd’hui, nous reproduisons la même erreur avec d’autres substances : métabolites de pesticides, PFAS, nitrates – et j’en passe.Les rapports de l’Anses et des inspections générales le disent sans détour : la politique de protection des captages a échoué, non par manque de connaissances, mais par absence de mesures contraignantes. Or le gouvernement propose des stratégies, des plans, des feuilles de route, mais trop souvent sans obligations, sans calendrier, sans interdictions claires.Pendant ce temps, en Martinique – et mes collègues de Mayotte, de Guadeloupe, voire de Guyane ou de La Réunion pourraient en dire autant, sinon pis –, des familles achètent de l’eau en bouteille pour boire et pour cuisiner. Des ménages modestes consacrent une part disproportionnée de leurs revenus à une eau qui ne leur est pas toujours fournie. Les collectivités, quant à elles, supportent des coûts de traitement toujours plus élevés pour compenser l’absence de prévention.C’est précisément ce que cette proposition de loi de notre collègue écologiste Jean-Claude Raux vise à corriger. Elle est donc bienvenue ; je me réjouis qu’elle ait été votée l’année dernière en commission et qu’elle nous soit soumise en séance aujourd’hui. Elle tend à imposer enfin ce que l’État n’a jamais su généraliser : la délimitation obligatoire des aires d’alimentation des captages, des plans d’action contraignants et l’interdiction, à l’horizon 2030, des pesticides de synthèse et des engrais azotés minéraux dans les zones les plus sensibles.Ce n’est pas une lubie idéologique ; c’est l’application directe des recommandations des agences sanitaires, des inspections ministérielles et des principes de la directive-cadre européenne sur l’eau. Continuer à autoriser des intrants chimiques autour des captages pour ensuite consacrer des millions à la dépollution ou abandonner ces captages, ce n’est pas de la gestion ; c’est un renoncement ! (MM. Julien Brugerolles et Gabriel Amard applaudissent.) La Martinique, comme tous les dits outre-mer, est un territoire-laboratoire de l’inaction de l’État : pollutions durables, réseaux délabrés, inégalités sociales face à l’eau, défiance envers la puissance publique.Cette proposition de loi n’est pas suffisante à elle seule (M. le rapporteur, Mme Nadège Abomangoli et M. Gabriel Amard applaudissent), mais elle marque un changement de paradigme fondamental : on protège l’eau avant qu’elle ne soit polluée ; on protège la santé avant que les maladies n’apparaissent (M. Gabriel Amard applaudit) ; on protège les territoires avant qu’ils ne s’enfoncent dans des crises chroniques telles que nous en avons connu dans nos pays. Refuser ce texte reviendrait à assumer politiquement la poursuite de ces échecs. (M. Gabriel Amard applaudit.)Pour la Martinique, pour l’ensemble des dits outre-mer, pour tous les territoires exposés, au nom du droit fondamental à une eau potable de qualité, je vous appelle à voter cette proposition de loi, comme le fera le groupe GDR. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS. – M. Gabriel Amard se lève. – M. le rapporteur et M. Fabrice Roussel applaudissent également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).