Aller au contenu
vie-politique.fr

Discours du 11 juin 2026

Marie-Agnès Poussier-Winsback · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°268

Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.

En 2017, dans l’élan de l’accord de Paris, la France a fait le choix ambitieux de devenir le premier pays au monde à inscrire dans la loi l’arrêt de la recherche d’hydrocarbures. Ce choix reposait sur le pari de l’exemplarité et sur l’espoir de susciter un effet d’entraînement mondial.Près de dix ans plus tard, force est de constater que cet effet ne s’est pas produit : les rares pays qui nous ont suivis ne sont pas de grands producteurs. Le mouvement s’est même inversé : en juillet 2025, la Nouvelle-Zélande est revenue sur cette interdiction, tandis que nos voisins européens relançaient leur exploration offshore. Le monde autorise désormais ce que nous continuons, seuls, à nous interdire.Faut-il revenir sur cette interdiction simplement parce que les autres le font ? Non. Si nous devons la lever, c’est pour une raison plus profonde, qui est d’abord guyanaise : le développement des territoires concernés. La Guyane et Mayotte comptent parmi les plus pauvres de France, avec des taux de pauvreté respectifs de 53 % et 77 %. Leurs marchés intérieurs étant trop étroits pour soutenir une industrie manufacturière, la valorisation de leurs ressources naturelles demeure l’un des rares leviers de développement endogène.

Regardons le Guyana voisin : hier classé parmi les pays les plus pauvres du monde, il enregistre actuellement les meilleurs taux de croissance de la planète – plus de 43 % en 2020 et plus de 62 % en 2022 – et il investit cette manne dans des ponts, des routes et des hôpitaux. Quel contraste avec la Guyane, où l’État interdit la possibilité d’explorer, sans offrir la moindre perspective de substitution crédible !Cette aspiration, les territoires l’expriment pourtant eux-mêmes. L’initiative de ce texte revient à un élu guyanais, le sénateur Georges Patient ; Jean-Victor Castor, député de la Guyane, en est aujourd’hui le rapporteur ; son examen intervient dans le cadre de la journée réservée au groupe de la Gauche démocrate et républicaine. Les élus guyanais sont unis par-delà leurs familles politiques, au point que les députés guyanais de gauche ont acté publiquement leur rupture avec la gauche hexagonale sur ce sujet. Mesurons-le : sur place, par-delà les étiquettes, la levée de l’interdiction fait consensus. Le groupe Horizons & indépendants, profondément attaché à l’écoute des territoires, estime que notre premier devoir est d’entendre cette voix.À cette première raison s’ajoute un argument que le contexte politique rend chaque jour plus pressant : celui de notre dépendance. La France achète à l’étranger 99 % du pétrole et du gaz qu’elle consomme et cette dépendance se concentre dangereusement : en 2024, l’Amérique du Nord est devenue notre première source de brut, avec 23 % du total de nos importations, tandis qu’une part majeure du pétrole mondial transite par des routes sous tension, comme le détroit d’Ormuz. Se refuser à produire chez nous ce que nous achetons à des États parfois hostiles, c’est renoncer à reprendre le contrôle de notre approvisionnement.Rassurez-vous, chers collègues : lever cette interdiction ne revient pas à ouvrir la porte à une exploitation effrénée.

Le texte n’impose rien ; il restaure une possibilité juridique. Chaque projet demeurera soumis à l’ensemble des exigences de notre droit minier et environnemental, qui figure parmi les plus stricts au monde.Quant à nos engagements climatiques, ils ne sont en rien trahis : la neutralité carbone visée pour 2050 ne signifie pas le zéro fossile.

Selon le scénario Zéro émission nette de l’Agence internationale de l’énergie, le pétrole représentera encore 12 % de la consommation mondiale d’énergie à cette date.Enfin, la question des retombées locales sur la fiscalité, l’emploi, le financement de la transition énergétique sera déterminante. Si l’exploitation devait avoir lieu un jour, elle devrait profiter en premier lieu aux populations concernées. Chers collègues, écoutons la demande locale, sortons du dogme qui consiste à continuer d’interdire parce que nous avons interdit il y a dix ans. Une loi n’est pas un monument : on doit la juger à l’aune de ses résultats.

Le groupe Horizons & indépendants votera pour cette proposition de loi, pour le développement de nos outre-mer comme pour notre souveraineté énergétique. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe HOR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).