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Discours du 20 juillet 2026

Marie Pochon · Première session extraordinaire 2026 · séance n°21

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Des glaciers qui reculent, des pans de roche qui s’effondrent, une neige qui se raréfie : voilà comment commence l’exposé des motifs de cette proposition de loi « montagne 3 ». Nous aurions peut-être pu avancer en partant de ces constats communs, qui sont de fait alarmants. Nous soutenons certes certaines mesures symboliques sans grande portée et malheureusement sans aucun moyen associé, sur l’école, l’accès aux soins, la valorisation des filières de montagne ou l’électrification de la mobilité. Alors que nos forêts brûlent, que notre eau se raréfie, que les sécheresses sont de plus en plus prononcées, les canicules de plus en plus fréquentes et intenses, que le dérèglement climatique nous montre déjà sa brutalité et sa puissance, ce texte ajoute une couche à la régression environnementale orchestrée par le gouvernement et ses alliés.

L’article 4 propose ainsi d’encourager les retenues d’eau sans hiérarchiser les usages, mettant sur le même plan la production de neige artificielle et la fourniture d’eau potable ou agricole. Comme la loi agricole, autre scandale du jour, il ne prévoit aucun objectif de sobriété. L’article 6 assouplit l’interprétation de la règle de la continuité de l’urbanisation, ce qui ouvre la porte à de nouvelles constructions et menace les protections instaurées par les lois « montagne » auxquelles nous tenons tant. L’article 6 bis permet de construire à tout va, même sur des ruines d’alpage. L’article 6 bis AA affaiblit les protections instaurées par la loi « littoral ». L’article 6 bis A détricote la loi « climat et résilience » en reportant les objectifs de lutte contre l’artificialisation des sols pour les communes corses soumises au règlement national d’urbanisme (RNU). Enfin, l’article 11 a été vidé de sa substance, alors qu’il comportait l’une des seules dispositions intéressantes de ce texte.La climatologue Valérie Masson-Delmotte a déclaré que ce texte était révélateur d’une volonté de fragiliser le droit de l’environnement et de ne pas engager de changements structurels pour s’adapter au changement climatique.

Aucune des propositions que nous avons formulées pour rééquilibrer ce texte qui nous fait glisser encore un peu plus dans l’ère des régressions environnementales n’ayant été acceptée, nous voterons cette motion de rejet. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Et donnent autant d’arguments pour voter contre le texte !

Nous avons tous un rapport individuel à la montagne. Le mien fut fondé par l’apprentissage du ski dans la petite station de Font d’Urle, par les randonnées d’été organisées par l’association Sports et loisirs de mon village au pré de Cinq Sous, par les week-ends en famille sur le plateau, par les milliers de questions qu’on peut se poser quand on est une jeune fille de la vallée grandissant au pied du majestueux Vercors.Puis les choses ont changé, comme les questions que je me posais sont devenues celles qui se bousculent à propos de notre avenir. Face au manque de neige, que va-t-on faire pour adapter le modèle économique et touristique du tout-ski qui a porté les stations depuis les années 1960 ? Que va-t-on faire face aux sources taries, aux forêts qui brunissent ou brûlent ? Que va-t-on faire face aux grands bouleversements induits par le tout-numérique, l’isolement et les difficultés à se déplacer en raison de la hausse permanente du prix des carburants ? Que va-t-on faire face aux difficultés des filières d’agriculture de montagne pour valoriser leurs savoir-faire, aux écoles qui ferment des classes ou aux 2 oC que nos montagnes ont gagnés au cours du dernier siècle ?Enfin, dans cette assemblée, nous allions pouvoir débattre des milliers de questions qui taraudent tous les habitants des montagnes. Enfin, nous allions pouvoir y apporter des réponses ambitieuses. Le texte propose quelques solutions à propos de l’accès aux soins, de la valorisation des filières agricoles de montagne et du bois des massifs, de la prise en compte des spécificités de la montagne dans les intercommunalités, de l’accès aux itinéraires de randonnées et aux sports de nature, de l’électrification de la mobilité en montagne. Comme élue du Vercors et des Baronnies, je ne peux que les partager.En revanche, le texte contient d’autres réponses que je n’ai pas comprises. Ainsi, alors que vous vous dites défenseurs de l’école républicaine, vous décidez de mettre sur le même plan les enseignements public et privé pour décider du maintien ou non d’une classe dans les villages de montagne. Oui, nous devons toujours nous battre pour la République ! Oui, elle doit être défendue avec la même exigence dans chacun des villages, même lorsqu’il y a un peu plus de virages sur la route pour y accéder ! Oui, la fracture sociale s’aggrave avec la distance et l’isolement, ce qui fait que la République est parfois plus loin pour certains de ses enfants que pour d’autres, selon leur code postal !Or je ne peux que regretter que le texte propose si peu de moyens pour ces si belles et si nombreuses intentions. Car une ambition sans moyens n’est qu’une belle intention. Je parlais d’ambitions. Vous en avez sur nombre de sujets. Pourquoi alors n’en avez-vous aucune sur l’écologie ? Pourquoi pousser pour accompagner l’augmentation de la consommation d’eau et soutenir un modèle touristique dépendant de l’enneigement artificiel plutôt qu’organiser la sobriété et la hiérarchisation des usages et plutôt que développer la montagne tout au long des quatre saisons ? Pourquoi accentuer encore la pression, aggraver les conflits d’usage et choisir de gérer la pénurie plutôt que s’attaquer aux causes qui l’aggravent ?Pourquoi détricoter les règles d’urbanisme de la loi « montagne » de 1985 – à laquelle tous les élus concernés sont attachés, car ils savent qu’elle est l’outil clé qui a permis de préserver leurs majestueux massifs – plutôt que mettre des moyens humains et d’ingénierie sur le terrain pour mieux les appliquer ? Pourquoi, face au mitage, à l’artificialisation des sols et à la fragmentation des milieux, créer des dérogations à la loi « littoral » ou faciliter la construction de résidences secondaires et d’hébergements touristiques alors que le bâti de certaines stations est déjà composé de 80 à 90 % de ces types de biens ? Pourquoi, alors que vous prétendez défendre les filières de montagne, refuser de définir les abattoirs de proximité, ce qui aurait permis de les distinguer et de les accompagner face à la prédation et à la concentration des abattoirs industriels ? Pourquoi avoir transformé le fonds de solidarité amont-aval pour la Gemapi en un simple plan d’action d’intérêt commun reposant sur le volontariat ?Le signe d’« une volonté de fragiliser le droit de l’environnement et de ne pas engager les changements structurels [nécessaires] pour s’adapter aux changements climatiques » : voilà comment Valérie Masson-Delmotte, qui siège au Haut Conseil pour le climat, juge le texte. Pourtant, aujourd’hui, on n’a pas le droit de ne pas être radicalement ambitieux pour les montagnes.Nous avons essayé de proposer des mesures cohérentes pour donner au texte l’ambition qui lui manquait. Pour aller vers un modèle touristique adapté aux quatre saisons, vers la bonne gestion et le partage de l’eau, vers la protection des écosystèmes les plus vulnérables, comme les glaciers, vers la préservation des forêts, vers la réhabilitation du bâti existant et la mobilisation des logements vacants et vers le renforcement de la démocratie environnementale, pour défendre l’école de la République et ne pas envoyer nos enfants de force dans le privé faute d’offre publique, pour rééquilibrer un texte dénué de l’intention qu’il prétendait avoir, nous avons souhaité le débat, déposé des amendements et essayé de vous convaincre. Vous n’avez rien voulu entendre, et nous le regrettons.Le temps est ce dont les montagnes manquent désormais le plus – le temps qu’il nous reste pour agir, alors même que le changement climatique y progresse deux fois plus vite que dans le reste du territoire. Vous ne vous êtes même pas posé la vertigineuse question que cela entraîne. Comprenez donc que nous ne puissions que nous opposer, avec regrets, à la mauvaise réponse que vous apportez. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – M. Denis Fégné applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).