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Discours du 20 juillet 2026

Marie Pochon · Première session extraordinaire 2026 · séance n°22

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Ah…

Il y a un vote solennel !

« Deux insecticides interdits en France qui reviennent par dérogation. Le doublement du stockage de l’eau d’ici 2035. On m’explique que c’est la réponse à la colère de l’hiver dernier. Moi, cet hiver, je n’ai entendu personne réclamer de l’acétamipride sur les marchés…

…ni dans les cours de ferme. J’ai entendu des collègues qui vendent à perte et des cédants qui ne trouvent pas de repreneurs parce que leur ferme ne fait plus vivre. » Tel est le témoignage d’un agriculteur, entendu hier.« Une grande loi de réconciliation » : c’est ainsi, madame la ministre, que vous avez osé appeler cette loi d’urgence agricole. J’aurais pu y croire. Depuis quatre ans que je suis ici, je vous ai vue courir derrière les crises, sans comprendre pourquoi vous les attisiez avec vos lois. J’ai voulu croire que vous essayiez sincèrement de sauver notre capacité à produire et à nourrir. J’ai cru que vous défendiez la souveraineté alimentaire, l’installation agricole, l’adaptation face au changement climatique. J’ai voulu croire, peut-être un peu naïvement, que chacun essayait de faire de son mieux là où il était. C’est ce que j’essaie de faire, c’est ce que les agriculteurs de ce pays essaient de faire.Pourtant, alors que vous vous offusquez de la concurrence déloyale et de ses impacts sur l’élevage français, vous signez à tour de bras des accords de libre-échange. Vous pleurez l’effondrement du nombre d’agriculteurs dans nos campagnes, tout en faisant tout pour que la loi du chacun pour soi, de l’accaparement et de l’agrandissement prenne le pas sur celle de la coopération. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) Je vous ai vue dépassée face à l’hécatombe du nombre d’animaux d’élevage morts durant les canicules et je vous ai vue impréparée face à la multiplication des incendies. Je remercie d’ailleurs les agriculteurs d’avoir été là, comme ils le sont toujours, malgré vous. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS ainsi que sur quelques bancs du groupe SOC.) Je vous ai entendue attribuer la faute au comportement des consommateurs. Je vous ai entendue vouloir donner la priorité au revenu agricole sans jamais réguler les négociations commerciales. Je vous ai entendue vous poser en garante de la souveraineté agricole tout en finançant, avec notre argent, des engrais azotés russes à hauteur de 145 millions d’euros la semaine passée. Trois cent quatre-vingt mille ! C’est, peu ou prou, ce qu’il reste d’agriculteurs après des années de libéralisation à marche forcée, de choc climatique, de pression sur les prix et d’isolement. C’est quatre fois moins qu’il y a cinquante ans.« Une grande loi de réconciliation ». En toute transparence pour nos concitoyens, rappelons ce qu’elle contient : suppression de la hiérarchie des usages de l’eau, les activités économiques et la protection de la biodiversité se retrouvant désormais au même niveau, contre les recommandations des scientifiques ;…

…doublement des capacités de stockage, quitte à pomper dans les nappes et à supprimer les objectifs de sobriété, contre les recommandations des scientifiques ; absence de prise en compte des pollutions historiques dans la préservation du captage d’eau potable, contre les recommandations des scientifiques ; facilitation des tirs sur les loups sans prévoir aucune mesure de protection, contre les recommandations des scientifiques et, pour finir, réintroduction des insecticides tueurs d’abeilles, contre les recommandations des scientifiques. (Mme Sandrine Rousseau applaudit.)

Seize, c’est le nombre de sociétés savantes qui s’opposent à ce texte de loi. Ce dernier va, je le répète, contre les recommandations des scientifiques, mais aussi contre les médecins, contre les élus locaux, les opérateurs publics des services de l’eau, les organisations de défense de l’environnement et des consommateurs, contre, aussi, nombre d’agriculteurs et même contre Mme Barbut. Tous ont appelé à la suppression des dispositions sur l’eau. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) L’agriculture contre tous, voilà votre projet de réconciliation !Ce que je vois dans la Drôme et ailleurs, ce sont des élus qui déplacent des montagnes pour l’approvisionnement local et bio de leurs cantines scolaires, ce sont des agriculteurs qui se diversifient et veulent vivre en paix avec les habitants de leur commune, ce sont des familles qui souhaitent vivre dignement. Le tous contre tous se vit aussi dans nos campagnes. Loi après loi, vous bâtissez la défiance entre nos concitoyens et nos agriculteurs. Nous habitons ensemble dans nos villages, mais tout ce que vous voulez, c’est nous fracturer. Vous n’y parviendrez pas. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) Les agriculteurs nous demandent d’assurer leur autonomie, de leur garantir des prix rémunérateurs, d’anticiper avec eux les effets du changement climatique, plutôt que d’avoir à toujours être performants pour réduire leurs prix. Ils veulent être robustes pour affronter l’avenir avec fierté et confiance. (Mme Dominique Voynet applaudit.)Je remercie celles et ceux qui se battent pour un autre destin que la revente par pièces de notre agriculture à des financiers. Je remercie les agriculteurs et les agricultrices qui s’installent malgré tout. Ils ne veulent pas de vos modèles importés d’ailleurs : ils veulent juste vivre dignement de leur travail. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur plusieurs bancs du groupe SOC.) En leur nom, nous avons fait voter trois amendements : l’un qui interdit l’importation de produits agricoles cultivés avec des substances interdites en France pour des raisons sanitaires et environnementales, un autre qui fixe un objectif de 100 % de viande française servie dans la restauration collective et un dernier qui vise à garantir que les prix ne puissent être inférieurs aux coûts de production. Ces trois mesures répondent concrètement aux urgences agricoles, mais elles ont été supprimées au Sénat et en CMP.

Deux millions, c’est le nombre de citoyens qui ont demandé qu’on prenne en compte leur santé et l’avis des scientifiques dans les décisions que nous prenons ici. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) Ils demandent que nous fassions de notre mieux. En leur nom, soyez sûre que, dans la grande entreprise de saccage du monde que vous menez main dans la main avec l’extrême droite, vous nous trouverez toujours sur le chemin. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC. – M. Aymeric Caron applaudit également.)

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Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).