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Discours du 24 mars 2026

Marie Récalde · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°178

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Ce n’est pas la première fois de notre histoire – hélas ! – que les menaces d’ingérence étrangère sont au cœur des débats de l’Assemblée nationale. Si les manœuvres informationnelles ont toujours fait partie de l’histoire des conflits, il est indéniable que la rapidité d’exécution et l’ampleur des méthodes de guerre hybride font peser un risque sans précédent sur nos démocraties.En tant que deuxième pays le plus ciblé en Europe, après l’Ukraine, par des attaques informationnelles, la France doit continuer de montrer l’exemple dans cette lutte d’influence. L’enjeu est crucial : il faut nous prémunir contre le risque d’être « défaits sans être envahis ». Or la période électorale que nous venons de vivre a encore été bouleversée par de nombreuses tentatives d’ingérence numérique, à Roubaix, à Marseille et à Toulouse par exemple – comme mes collègues l’ont rappelé. L’objectif de nos compétiteurs est connu : miner notre démocratie à tous les échelons, du local au national, en brisant la confiance des citoyens en toute information et en toute institution. Ne nous y trompons pas, nos compétiteurs sont nombreux : Russie, Chine, Iran, Turquie, réseaux Maga – avec depuis peu des connexions assez inimaginables pour nos esprits cartésiens entre les deux côtés de l’Atlantique.L’annulation de l’élection présidentielle roumaine de 2024 doit doublement nous alerter. D’abord, les manipulations de grande ampleur qui ont eu lieu dans ce pays seront certainement déployées en France. Viginum a d’ores et déjà mis en garde contre l’emploi du mode opératoire dit Storm-1516 lors des élections européennes et des élections législatives de 2024. Un risque de reproduction de cette manipulation lors des prochaines élections présidentielles de 2027 est indéniable – nous avons d’ailleurs, avec ma collègue Natalia Pouzyreff, décrit cette menace dans notre rapport d’information relatif à la manipulation de l’information et aux stratégies d’influence déposé au nom de la commission de la défense en juillet 2025.Ensuite, l’annulation des élections nourrit les discours dénonçant la censure de certaines opinions politiques. Toute décision prise a posteriori comporte donc le risque de produire, à long terme, des effets contre-productifs. Il importe donc de nous préparer en amont pour ne pas être condamnés à la simple réaction. Notre pays peut se féliciter d’avoir instauré, depuis la création d’une nouvelle fonction stratégique influence dans la revue nationale stratégique (RNS) de 2022, une architecture interministérielle visant à lutter efficacement contre les menaces hybrides. Toutefois, celle-ci mériterait d’être clarifiée afin de gagner en efficacité.Dans cette perspective, je tiens à saluer l’action de Viginum. Cet opérateur incarne la politique de protection du débat public français. Sa méthodologie, reposant sur la détection des manipulations des contenus plutôt que sur la vérification de leur véracité, permet d’éviter tout soupçon de censure idéologique. Nous saluons également la hausse des crédits alloués au SGDSN dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2026. Cette revalorisation doit être accentuée car les missions de Viginum sont capitales.La lutte contre les ingérences étrangères dans les territoires constitue également un enjeu crucial dans le cadre d’une stratégie globale de résilience de la société. Le groupe Socialistes et apparentés tient à rappeler la recommandation issue du rapport d’information « Défense et territoires : quels rôles pour les acteurs du territoire dans la défense nationale », présenté en mai 2024 : il convient de créer des postes de délégués régionaux de Viginum auprès des préfets de région afin d’accompagner tous les services déconcentrés de l’État.

Nous soutenons également la demande adressée à la Commission européenne par le président de la République : il faut mobiliser pleinement et activement les prérogatives d’enquête et de déclenchement de protocoles de crise en période électorale. Néanmoins, la temporalité très rapide de l’élection rend l’application du droit particulièrement complexe. Si nous saluons la volonté de rendre l’action judiciaire plus rapide grâce à une boîte à outils juridique structurée, la priorité absolue réside dans la prévention à destination de l’ensemble de la société civile. Aucune politique publique ne pourra aboutir dans ce domaine sans le renforcement de notre immunité collective – je reprends volontiers l’image médicale du chercheur David Colon qui évoque une « pandémie informationnelle ».Le nerf de cette guerre informationnelle est évidemment l’éducation, en particulier l’éducation aux médias qui doit être renforcée dans le parcours scolaire afin d’affermir l’esprit critique. Surtout, il convient de développer la sensibilisation des publics les plus âgés, qui s’avèrent moins avertis aux risques de désinformation. À l’approche de nouvelles échéances électorales, il est plus que jamais temps de permettre à chaque citoyen de s’informer véritablement, de contextualiser et de décrypter l’information. Face à cette urgence démocratique, nous avons tous un rôle à jouer. Le groupe Socialistes et apparentés restera toujours force de proposition dans ce domaine crucial afin de renforcer notre immunité collective face aux ingérences étrangères.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).