Discours du 17 décembre 2024
Marie Toussaint · La situation à Mayotte après le passage dévastateur du cyclone Chido et le besoin de solidarité (débat)
Madame la Présidente, le cyclone Chido, qui a frappé Mayotte, n’est pas une simple catastrophe naturelle. Je le dis parce que je refuse de voir ici le signe d’une fatalité inévitable. Le désastre est social, sanitaire, politique, parce qu’il est le fruit d’une histoire longue de domination, d’humiliation et d’abandon.
Nulle part nous ne sommes préparés aux catastrophes climatiques, qui sont toujours des catastrophes sociales. Mais à Mayotte, l’extrême pauvreté a été le vecteur d’une vulnérabilité bien plus grande encore. Avant le cyclone déjà, une part importante de la population avait un accès difficile au logement, à l’alimentation et à l’eau. Déjà elle était frappée par le choléra. Abandonnée par l’État français et par l’Union européenne, entassée dans des bidonvilles, avec des services publics défaillants, la population mahoraise n’a pas pu faire face au cyclone Chido.
Regardez Mayotte dans les yeux, et vous verrez le vrai visage de l’injustice climatique. Parce que, face au dérèglement climatique, qui modifie la trajectoire des cyclones – lesquels se sont multipliés ces dernières années dans la région, comme en témoigne le passage au Mozambique de Belna, d’Idai et de Kenneth, tous trois en 2019 –, il aurait fallu prendre la mesure du risque et protéger les populations en amont.
Seulement voilà, Mayotte compte trop peu aux yeux de beaucoup, et la France et l’Europe ne sont pas encore rompues à la culture du risque climatique. Alors, nous sommes condamnés à dénombrer les morts, victimes de l’inconséquence et de l’impréparation. Dans l’urgence, l’Europe doit, oui, dégager une aide massive et pousser la France à décréter l’état d’urgence sanitaire et social à Mayotte. Nous n’avons pas le droit d’oublier les Mahoraises et les Mahorais.
Mais il faudra aussi retenir les leçons de Chido. Nous devons anticiper les événements climatiques extrêmes, construire des infrastructures décentes, renforcer la sécurité civile, déployer des hôpitaux mobiles et, évidemment, éradiquer la misère, pour réduire la grande vulnérabilité.
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.