Aller au contenu
vie-politique.fr

Discours du 2 avril 2025

Marie Toussaint · Débat d’actualité (article 169 du règlement intérieur) - Europe sociale: rendre la vie abordable et protéger les emplois, les salaires et la santé pour tous

Monsieur le Président, chers collègues, les plans sociaux se multiplient sur notre continent, plaçant des millions de travailleurs et de travailleuses au chômage. Les factures explosent. Des millions de personnes ne parviennent pas à vivre dignement de leur travail, à se loger, à nourrir correctement leurs enfants. Des millions de citoyens se trouvent aujourd’hui jetés dans une trappe à pauvreté, dont ils peuvent d’autant moins sortir que des politiques publiques les stigmatisent et les harcèlent.

La chasse aux pauvres est en réalité déclarée au moment même où les richesses n’ont jamais été aussi honteusement concentrées. Dans ce contexte survient une attaque en règle contre une Europe sociale déjà si fragile. Les appels à la simplification se transforment en de vastes opérations de dérégulation et de destruction de toutes les protections sociales et environnementales européennes au seul profit des multinationales, de leurs actionnaires et de leurs dividendes.

La droite et l’extrême droite opposent l’impératif écologique et la question sociale. Plus exactement, elles ne se souviennent des classes populaires que quand il s’agit de les instrumentaliser pour révoquer, en leur nom, la lutte pour le climat. Mais quelle hypocrisie! Ce ne sont ni les pauvres, ni les oubliés, ni le peuple que vous défendez, mais les profits des actionnaires. Vous ne défendez pas ceux qui ont le ventre vide, mais ceux qui ont les mains déjà bien pleines. Alors, cessez d’attaquer l’écologie et reconnaissez qu’il faut des droits et des protections nouveaux pour le monde du travail!

Nous demandons aujourd’hui justice pour les travailleurs contaminés à l’amiante, tels ceux du port de Dunkerque, pour les ouvriers agricoles exposés au chlordécone ou à d’autres pesticides toxiques, ou encore pour les salariés rendus malades par les produits chimiques et autres polluants éternels – les PFAS –, notamment ceux de l’usine Solvay de Salindres.

Nous ne pouvons continuer à nous aveugler sur le modèle économique qui est le nôtre. Je veux donc le dire ici, aujourd’hui, avec force: il ne faut pas arrêter, mais continuer à améliorer les normes sociales et environnementales qui nous régissent. La transition écologique est indispensable. Il faut donc investir massivement pour sauver nos emplois, prendre soin de nos services publics et de nos infrastructures face au dérèglement climatique et à la désertification du monde rural, et garantir l’indispensable transition.

Ce n’est par ailleurs qu’en garantissant que l’ensemble de nos politiques et de nos budgets œuvrent à éradiquer la pauvreté et l’exclusion que nous parviendrons à assurer notre cohésion sociale. Nous devrions donc mettre en place un droit de veto social, qui interdise d’adopter une mesure si elle est préjudiciable aux 10 % d’entre nous qui sont les plus pauvres.

L’Europe doit garantir aux travailleurs une protection sociale européenne, une assurance «transition emploi» intégrant une véritable directive pour une transition juste, afin qu’aucun travailleur ne soit sans revenu, sans formation ou sans la capacité d’être soi-même l’auteur de son parcours professionnel et de sa reconversion. Il faut impérativement une nouvelle législation européenne pour mettre fin au travail précaire – ce fléau qui, d’ailleurs, touche d’abord les femmes – et pour prévenir les abus des employeurs et les temps partiels subis – c’est à eux que le travail intérimaire sera en premier lieu profitable.

Alors, nous ne devons jamais revenir sur la directive sur la transparence des rémunérations, pas plus d’ailleurs que sur la directive sur les salaires minimaux, déjà transposée par nombre d’États membres, et qui est un exemple de ce que l’Europe peut faire – et bien! – pour l’Europe sociale. Par ailleurs, il faut impérativement sauver le devoir de vigilance européen et créer un cadre pour la négociation d’accords collectifs dans toutes les entreprises, à commencer par les multinationales.

L’Europe sociale, c’est aussi la vigilance sur la condition des plus vulnérables. Alors, j’espère voir abordées, dans le cadre de ce débat qui s’ouvre, les questions relatives au logement digne, au traitement insupportable que notre continent réserve aux Roms et aux voyageurs, à la garantie pour l’enfance et aux enfants placés, notamment pour conditions de ressources, ou encore aux personnes en situation de handicap.

Nous voulons une Europe qui défende les droits de chacune et de chacun, à commencer par les plus humbles, et pour cela nous devrons adopter une stratégie ambitieuse d’éradication de la grande pauvreté. Alors, chers collègues, bon débat!

Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.