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Discours du 3 février 2026

Marietta Karamanli · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°138

La proposition de résolution européenne que nous examinons n’est pas seulement un argumentaire technique, mais bien une orientation politique visant à consolider la lutte internationale et européenne contre le VIH. Cette lutte a mobilisé chercheurs, soignants, associations, États et institutions multilatérales. Elle a permis d’accomplir des progrès immenses. Grâce aux traitements antirétroviraux et aux stratégies de prévention, plus de 65 millions de vies ont été sauvées depuis 2002 par le seul Fonds mondial de lutte contre le VIH.Dans l’histoire, aucun programme mondial de santé n’a obtenu des progrès d’une telle ampleur, alors même que le VIH est une maladie particulièrement difficile à contrôler et, en l’état, sans remède ni vaccin. Mais ce combat que nous pensions en voie d’être gagné est aujourd’hui gravement menacé par un événement politique majeur : le retrait brutal des États-Unis à la fois du financement international de la lutte contre le VIH/sida, du plan d’urgence présidentiel d’aide à la lutte contre le sida, de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), et même de l’Onusida.Ce retrait n’est pas une simple réorientation budgétaire, mais un choix géopolitique. Selon la nouvelle doctrine américaine, il consiste à remplacer un cadre multilatéral par des relations bilatérales avec des pays à faible revenu, centrées sur la détection des épidémies susceptibles de menacer les États-Unis et sur la création de nouveaux marchés pour les médicaments et technologies américains. On retrouve là une doctrine détestable, faite de courte vue scientifique et de cupidité.Les chiffres sont terrifiants. Selon l’Onusida, l’arrêt du programme de traitement et de prévention du VIH pourrait entraîner, d’ici à 2029, une multiplication par six du nombre de nouvelles infections, soit 8,7 millions de contaminations supplémentaires ; une multiplication par dix des décès liés au sida, soit 6,3 millions de morts qui rendront 3,4 millions d’enfants orphelins. Des cliniques ferment, des campagnes de prévention sont interrompues, des stocks de traitements s’épuisent.La question qui se pose est simple : accepterons-nous que l’un des plus grands succès de la santé mondiale soit sacrifié sur l’autel d’un désengagement unilatéral ? La présente proposition de résolution apporte une réponse claire : la France et l’Europe doivent agir. Cela nécessite un financement stable, prévisible et durable. C’est pourquoi cette proposition de résolution invite la France à renforcer son engagement auprès du Fonds mondial. Elle appelle l’Union européenne à faire de la lutte contre le VIH une priorité stratégique, et la Commission à rétablir les instances de coordination supprimées en 2019, ce qui avait affaibli la mobilisation collective. Enfin, elle appelle à relancer la coopération scientifique internationale.Permettez-moi d’ajouter que nous devons aller un peu plus loin. D’abord, nous devons aller plus loin sur le plan financier. Le retrait américain crée un déficit. Nous devons être capables d’en mesurer précisément l’ampleur, d’en chiffrer les conséquences et de proposer des mécanismes européens de compensation. Cela pourrait passer par une mobilisation renforcée du programme « L’UE pour la santé », qui est un programme européen dédié au renforcement des systèmes de santé ; par une utilisation ciblée de l’Instrument européen de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (IVCDI) ; ou par la création d’un instrument spécifique dédié aux pandémies. L’Union européenne ne peut se contenter de réagir. Elle doit redevenir une force d’impulsion et adopter une nouvelle stratégie VIH 2026-2030. Elle doit se doter d’indicateurs, d’objectifs et d’un calendrier – bref, d’un pilotage clair.Nous devons également aller plus loin sur le plan des droits humains. La lutte contre le VIH ne peut être dissociée de la lutte contre les discriminations. Dans de nombreux pays, les populations clés – hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, travailleurs du sexe, usagers de drogues, migrants – sont criminalisées, stigmatisées et exclues du système de santé.Enfin, nous devons aller plus loin sur le plan de la souveraineté sanitaire. S’agissant du VIH, cela signifie soutenir la production locale de médicaments en Afrique, faciliter l’accès aux médicaments génériques, lever les obstacles liés aux brevets lorsque l’urgence sanitaire l’exige.En adoptant cette proposition de résolution européenne, nous envoyons un message clair : ne pas abandonner ce qui est exemplaire et affirmer que l’Europe peut – et doit – être un acteur majeur de la santé mondiale. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC ainsi que sur ceux des commissions. – M. Benoît Blanchard applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).