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Discours du 10 décembre 2025

Marine Le Pen · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°89

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C’est vrai, et de Gaulle le disait !

Vous avez sollicité la tenue de ce débat, qui sera suivi d’un vote. Son objet, j’y reviendrai, est officiellement d’obtenir un accord de l’Assemblée sur l’augmentation du budget de nos armées en 2026. Vous comprendrez donc, monsieur le premier ministre, que pour répondre à votre question, il est indispensable de prendre du recul et de donner à nos compatriotes, malgré votre intervention, des éléments d’appréciation que vous auriez omis.Depuis la loi de programmation militaire 2019-2025, il est indéniable qu’un effort majeur a été entrepris pour augmenter le budget de la défense. C’est d’ailleurs l’une des rares politiques que l’on peut mettre à l’actif du président de la République. Et cela d’autant plus que nos forces armées, dans tous les domaines, avaient atteint un niveau de déréliction qui entravait jusqu’à leur fonctionnement courant.Certaines urgences ont donc été traitées depuis 2019. Le problème est que, hélas comme toujours au royaume du « en même temps », il y a un « mais ». Et même plusieurs !Le premier d’entre eux est l’accélération, par Emmanuel Macron, de la fédéralisation de notre système de défense…

…car elle fait peser des risques majeurs sur notre souveraineté.Tout était d’ailleurs contenu dans le discours de la Sorbonne de septembre 2017. Depuis cette date, Emmanuel Macron n’a eu de cesse d’encourager l’ingérence des institutions européennes dans notre politique de défense. Il appelait même, voilà huit ans, à ce que l’Union européenne soit dotée à l’horizon 2030 d’un « budget de défense commun ».En faisant cela, Emmanuel Macron a encouragé et suscité une violation par la Commission des sacro-saints traités, qui excluent toute intervention européenne dans les questions de défense. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Rien, depuis 2017, n’a semblé arrêter cette dérive. Sur le plan budgétaire, d’abord, plusieurs dispositifs européens ont été créés et financés directement, non pas par des crédits supplémentaires mais sur l’enveloppe de notre loi de programmation militaire. Pour ne citer que deux exemples, 8 milliards d’euros ont été décaissés pour le Fonds européen de défense et 17 milliards ont été prévus pour la Facilité européenne pour la paix, montants abondés en amputant nos armées de milliards d’euros dont elles avaient un impérieux besoin.Je passe sur le fait que ces enveloppes, prétendument européennes, ont servi dans leur immense majorité à financer l’achat de matériels extra-européens, le plus souvent américains.

Amputer les budgets de défense nationaux pour construire une souveraineté européenne consiste donc en réalité à financer les industriels américains, coréens ou israéliens. Cela demandait beaucoup d’imagination mais vous l’avez fait ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)J’ai entendu vos propos sur la préférence européenne, monsieur le premier ministre, mais Mme von der Leyen, quant à elle, ne vous a pas entendu – voire ne vous a pas écouté, elle qui a annoncé avoir accepté l’achat massif d’armement américain dans le cadre d’un accord léonin passé avec le président Trump ! (Mêmes mouvements.)Pendant ce temps, les rapports publics se sont multipliés pour sonner l’alarme sur l’état des matériels français, leur nombre, leur disponibilité, et sur l’état dramatique de nos stocks de munitions, sans aucun vote des Français puisque ces décisions ont été prises dans le silence des couloirs de Bruxelles.Dans ce système politique où la gouvernance a remplacé le gouvernement, où la technocratie a pris le pas sur la démocratie, l’appartenance des questions de défense au mal nommé domaine réservé a servi d’alibi pour dilapider les ressources budgétaires indispensables à la remontée en puissance de nos forces armées. Mais il n’y a pas que le budget.La fédéralisation de notre politique de défense s’est aussi incarnée dans des programmes de défense aujourd’hui en échec patent. Vous le savez, monsieur le premier ministre, puisque vous avez été ministre des armées pendant plus de trois ans. Le Scaf, le système de combat aérien du futur, est aujourd’hui dans l’impasse, comme je l’avais annoncé depuis des années, tout simplement parce qu’il ne repose sur aucun besoin opérationnel ni aucune synergie industrielle clairement établis. Et depuis 2017, Emmanuel Macron s’est employé à tordre le bras de nos industriels, à commencer par Dassault, pour qu’ils consentent à des transferts de technologie massifs en faveur de l’Allemagne.Sans le patriotisme de nos entreprises, contraintes de protéger des savoir-faire que le président lui-même était prêt à brader, nous aurions sans doute subi des pertes irrémédiables de souveraineté. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)Le projet de char de bataille européen, le MGCS, est également dans une situation de blocage prévisible, ce que nous annonçons, là aussi, depuis des années.En Allemagne, en Italie, et désormais en France, loin des gesticulations politiques, les industriels s’organisent déjà pour préparer l’après, c’est-à-dire le moment où des gouvernements responsables mettront enfin un terme à ces gesticulations.Ce qu’a bâti Emmanuel Macron, ce ne sont ni une souveraineté européenne, ni des partenariats européens, mais un village Potemkine où nos industriels, pour ne pas déplaire, feignent épisodiquement de croire que l’impossible serait possible, que l’irrationnel serait rationnel, que le déraisonnable serait raisonnable. Tout cela est en train de se fracasser sur le mur du réel.Par pudeur, je ne reviendrai pas sur les autres échecs de ces partenariats, du drone Male européen – drone volant à moyenne altitude et de longue endurance – au projet avorté de patrouilleur maritime franco-allemand.Sur tous ces sujets, beaucoup d’argent public a été gaspillé et de précieuses années ont été perdues, pour nos industriels, pour nos armées, et in fine, pour les Français.Compte tenu du contexte géopolitique dégradé, dont nul ici ne conteste les dangers, ce spectacle ne prête ni à l’amusement, ni au sarcasme : il donne le vertige.Emmanuel Macron, à plusieurs reprises, a même évoqué l’hypothèse d’une mutualisation européenne de notre dissuasion nucléaire, pourtant conçue par le général de Gaulle comme le cœur absolu, intouchable, de la souveraineté nationale. Ses déclarations, et c’est heureux, n’ont pas été, à ce jour, suivies du moindre effet. Nous ferons en sorte que cela reste le cas d’ici à 2027.

La deuxième donnée que nous nous devons de porter à la connaissance des Français est l’état réel du budget du ministère des armées. Je veux parler, bien sûr, des insuffisances désormais établies de la loi de programmation militaire 2024-2030, votée à l’été 2023.La LPM 2024-2030, vous la connaissez, c’est vous qui l’avez faite. Ses insuffisances évidentes, et surtout son insincérité, ne doivent pas vous être étrangères. Ce texte, et je l’assume parfaitement compte tenu du contexte géopolitique, notre groupe l’avait voté, sans enthousiasme ni même conviction, mais parce qu’il était de notre devoir, vis-à-vis des armées, de nos industriels, des Français, de doter la nation d’une trajectoire claire de remontée capacitaire.Et de fait, vous nous aviez expliqué, monsieur le premier ministre, que les limites apparentes de la LPM seraient comblées par des crédits supplémentaires votés chaque année en loi de finances de fin de gestion. Compte tenu de l’état dramatique des comptes publics, cet engagement n’a pas été tenu.Les surcoûts liés aux opérations extérieures, comme les dépenses consécutives à notre soutien à l’Ukraine, n’ont pas été couverts par les ressources additionnelles nécessaires. Tout cela a été financé au détriment de nos armées. De même, la LPM prévoyait une explosion du report de charges, c’est-à-dire des impayés du ministère des armées à la fin de chaque année. Ils atteignent désormais 8 milliards d’euros, soit près de 20 % des crédits de paiement hors titre 2.Vous nous aviez dit que cela ne poserait pas de difficulté à nos entreprises du fait de la remontée globale du niveau des crédits. C’est faux. Aujourd’hui, notre base industrielle et technologique de défense, essentiellement constituée de PME d’excellence, souffre des décalages de commandes et des délais de paiement résultant directement du manque de crédits de la LPM. Et le ministère paie chaque année des dizaines de millions d’euros, bientôt sans doute des centaines, de pénalités de retard.Notre effort de défense, monsieur le premier ministre, et sa concrétisation opérationnelle, ne sont pas solubles dans les éléments de langage. Des témoignages de nos industriels, quelle que soit leur taille, aux alertes des fonctionnaires du ministère des armées, qui constatent les impasses budgétaires de la LPM, en passant par les analyses des spécialistes de l’économie de défense, tout converge pour affirmer que ce texte est insuffisant et insincère.Là aussi, ce sont des investissements structurants qui sont remis en cause et les victimes seront les mêmes : nos armées, nos industriels, les Français. Les trajectoires de remontée capacitaire sont chaque année revues à la baisse.Vous connaissez parfaitement, monsieur le premier ministre, la réalité que je viens de décrire. Vous ne pouvez pas la reconnaître publiquement, car ce serait un désaveu pour le Président qui vous a nommé, et pour vous-même, mais vous le savez.Et c’est dans ce contexte que vous nous demandez d’approuver un effort budgétaire, non pas de 3,2 milliards d’euros comme le prévoyait la LPM, mais de 6,7 milliards pour l’an prochain. Cet effort, nous le soutenons par principe, tout simplement parce que la défense nationale est une cause qui dépasse largement les appartenances partisanes. Ne serait-ce que par cohérence, nous ne pouvons voter contre. (M. Aurélien Saintoul s’exclame.)Voilà pourquoi ce vote, en réalité, n’est pas le véritable sujet. Le véritable sujet, ce sont les raisons qui vous ont poussé à l’organiser. En effet, ce vote n’aura aucun effet sur le budget de nos armées, puisque celui-ci est inclus dans le budget de l’État, donc, dans le mauvais projet de loi de finances que vous avez échoué à faire voter par cette assemblée en première lecture.La vérité est que ce débat et ce vote sont pour vous l’occasion d’instrumentaliser le budget de la défense pour faire passer votre loi de finances, une loi de punition sociale et fiscale, dont nous avons sur ces bancs, depuis des semaines, dénoncé la toxicité. Des dépenses hors de contrôle, en hausse de 30 milliards au-delà de l’inflation, des impôts en hausse de 20 milliards d’euros. En aucune façon, vous le savez, nous ne voterons un tel texte, si d’aventure l’occasion nous en est donnée.La deuxième raison pour laquelle vous avez organisé ce débat, la voici : la LPM, parce qu’elle était insincère,…

…doit être réabondée pour être soutenable sur le plan budgétaire. Cet effort soi-disant supplémentaire de 3,5 milliards d’euros est au moins pour moitié dédié au renflouement du budget du ministère des armées aujourd’hui en grande difficulté. Et il ne permettra que pour une faible part des investissements nouveaux. Voilà la réalité. Cela aussi, vous le savez.Monsieur le premier ministre, je vais être encore plus claire. Cette assemblée sans majorité, c’est vous, partis du système, de LFI aux Républicains, qui l’avez fabriquée par vos accords électoraux de juin 2024, dans des centaines de circonscriptions. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)Cette assemblée incapable de voter un budget c’est votre création. Dans une démocratie saine, cette situation serait tranchée par un retour aux urnes, pour redonner une majorité claire et un cap à la nation. Vous n’avez pas fait ce choix. (Mêmes mouvements.)Vous avez misé sur l’instinct de conservation de vieux partis fatigués dont le seul objectif est de retarder l’instant où ils devront revenir devant les électeurs.

Les Français, aujourd’hui, n’ont pas besoin de votes fantoches, encore moins d’une mise en scène de la démocratie. Ils ont besoin de votes réels, effectifs, c’est-à-dire de nouvelles élections législatives au service du redressement de notre pays. Le vote et la délibération démocratique ne sont pas des hochets.Nous ne dévierons pas de notre cap : il est temps de rendre la parole, véritablement, aux électeurs, pas de noyer le déni de démocratie que vous opérez, en refusant d’organiser de nouvelles élections législatives, dans la mise en scène de votes dépourvus de tout effet. Voilà notre seul objectif, voilà notre seule boussole.Monsieur le premier ministre, pour nos soldats, pour nos armées, pour nos industriels, pour notre souveraineté, nous voterons pour ce texte, mais il aura été dit ici, et de la manière la plus claire qui soit, que nous ne sommes dupes de rien. (Les députés des groupes RN et UDR se lèvent pour applaudir.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).