Discours du 23 janvier 2026
Marine Le Pen · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°124
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Nous voilà arrivés au bout de la farce parlementaire, cette parodie humiliante dont, monsieur le premier ministre, vous avez donné le spectacle depuis des semaines, avec ce qui reste du bloc LRo-socialo-macroniste. Pour qu’une plaisanterie, même de mauvais goût, puisse être appréciée, il faut attendre la chute. La chute à laquelle on assiste, c’est certes la vôtre, et elle est politique, mais c’est surtout celle de la France. Et cela ne fait rire personne, pas même sur vos bancs, si on en juge les mines déconfites et fuyantes des rares, voire rarissimes, parlementaires qui se sont déplacés pour vous soutenir. Il semble d’ailleurs qu’ils soient moins nombreux que les ministres présents aux bancs. (Sourires sur les bancs des groupes RN et UDR.)Comme tous ceux qui s’accrochent à leur poste sans raison, vous nous direz que partir, c’est chuter, mais, je vous le dis, dans ces conditions, rester, c’est pire : c’est déchoir. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Or tout aurait dû vous conduire à démissionner.L’honneur, tout d’abord, parce que quand on a, avec grande éloquence, expliqué, que renoncer « à utiliser l’article 49, alinéa 3, de la Constitution […] est la garantie pour l’Assemblée nationale que le débat – notamment budgétaire, mais pas seulement, dans tous les domaines – vivra et ira jusqu’au bout, jusqu’au vote », l’annonce de mardi dernier sonne comme la trahison du pacte solennel que vous aviez conclu, les yeux dans les yeux et quelques trémolos dans la voix, avec la représentation parlementaire et le pays.Vous aviez même scénarisé avec Emmanuel Macron un vrai faux départ pour attester de la pureté de votre démarche. Certains ont eu la gentillesse – en réalité, la faiblesse – de vous croire. Sans scrupule, vous passez outre en donnant le spectacle de ce que la politique produit de pire : l’insincérité, le calcul, la manœuvre et finalement le reniement.Vous avez échoué politiquement à trouver une majorité pour porter un projet d’intérêt pour la France. Vous avez échoué politiquement car la seule majorité que vous avez trouvée est une majorité de députés qui tremblent de retourner aux élections.
En réalité, vous finissez comme vous avez commencé : en cédant tout à des politiciens qui n’ont rien à proposer sinon sauver leur siège. Le général de Gaulle, dont j’ai cru à tort qu’il était votre référence politique et morale, aurait, je crois, durement jugé un gouvernement qui se maintient avec des artifices parlementaires, en dehors de toute logique et même d’ailleurs en dehors de toute raison.Votre démarche est purement – je dirais même dramatiquement – politicienne. Votre démarche n’est pas de sauver une majorité : il n’y en a pas. Ce n’est pas de sauver un projet : il n’y en a pas. Ce n’est pas de sauver le pays : il ne demande que votre départ. Dans cette sinistre affaire, il ne s’agit en réalité que de préserver l’illusion d’un pouvoir élyséen qui ne veut pas admettre sa dissipation et même son naufrage. Il ne s’agit, et c’est peu glorieux, que de préserver les intérêts individuels d’une poignée de députés dont le niveau de popularité est inversement proportionnel à leurs exigences budgétaires et qui savent que le seul désir des électeurs, y compris les leurs, c’est de les voir partir. C’est pour cela qu’ils refusent de nouvelles élections.Comment les gaullistes autoproclamés de cet hémicycle peuvent-ils se prêter à ce jeu peu glorieux ? Ils ne m’en voudront pas de rappeler que, dans la doctrine gaullienne, les arrangements de couloirs ne confèrent que très peu de légitimité et encore moins de respect, mais beaucoup de discrédit et de mépris. Dans la démocratie française, tout particulièrement sous la Ve République dont le général de Gaulle est le père, il n’est d’autre légitimité que celle venant du peuple.J’ajoute que si l’utilisation du 49.3 est, en l’espèce, formellement légale, elle est vraisemblablement contraire à l’esprit du texte constitutionnel et, de manière sûre, à la pratique gaullienne. Or en démocratie, il n’y a pas que la loi, il y a aussi l’esprit de la loi. En usant du 49.3 non pour contraindre la majorité gouvernementale sur un texte, mais pour tenter de surmonter une absence structurelle de majorité, vous commettez à l’évidence un abus de Constitution. Le 49.3 existe pour résoudre une difficulté ponctuelle, pas pour contourner une absence durable et irrémédiable de majorité. Oh ! Ce n’est pas la première fois : dans le régime désinvolte et méprisant d’Emmanuel Macron, le passage en force est plus qu’une habitude, c’est une marque de fabrique.Ce que personne ne pourra contester, et je le dis avec tristesse, c’est que votre ministère – parler de pouvoir serait présomptueux, vous l’avez d’ailleurs vous-même admis – est, dans les faits, illégitime et il l’est triplement. Il est illégitime parce que vous vous étiez engagé à vous retirer en l’absence de majorité mais vous vous maintenez avec des artifices. Il est illégitime parce que votre fonction ne repose plus sur l’adhésion mais sur des combinaisons. Il est fondé sur un bricolage. Il est illégitime puisque, ayant vous-même acté que votre gouvernement n’avait pas de majorité, vous n’êtes plus appelé à gouverner mais tout juste à expédier les affaires courantes. Votre ministère est fondé sur une promesse d’impuissance. Alors à quoi sert de rester si ce n’est pas pour gouverner ?Depuis votre nomination, vous n’avez pas rempli d’autres fonctions que celle de greffier parlementaire, (Sourires sur les bancs des groupes RN et UDR) compilant les exigences improbables, souvent toxiques et toujours ruineuses, de députés en sursis et de forces politiques en lambeaux.Les mois qui vont suivre vont être une descente aux enfers politiques, pour vous, pour ceux qui vous auront maintenu de cette façon, mais surtout, et c’est bien plus grave, pour le pays. Dans ce jeu malsain, vous n’avez même pas pris la mesure du désarroi des forces vives du pays, des forces économiques et sociales qui vous abjurent, dans l’intérêt général, de faire cesser le supplice. Le plus gros reproche que l’on puisse vous faire, c’est qu’à tous les problèmes de la France, que vos amis ont créés et que vous laissez filer, vous ajoutez un problème institutionnel et même démocratique. Vous aggravez le discrédit de la parole publique et, vous l’avouerez, le pays n’en a pas besoin.Votre projet – je n’ose pas appeler cela un budget – est un Tchernobyl budgétaire, une chape de béton sous laquelle vous avez tenté de cacher des éléments hautement radioactifs. Ainsi, cette censure se justifie également par la dangerosité pour la France et les Français du texte sur lequel vous avez engagé votre responsabilité, car elle seule peut désormais le bloquer. Monsieur le premier ministre, qui soutient votre budget ? Qui assumera ici ce budget en ne votant pas la censure ?
Manifestement, personne, pas même les députés de votre camp. Mes chers collègues, je vous le dis solennellement : tous ceux qui ne voteront pas la censure porteront la responsabilité politique de ce texte. Je ne vais pas faire la litanie des mesures néfastes qu’il contient, mais permettez-moi de m’arrêter sur quelques-unes correspondant aux grands enjeux de notre nation.Pour répondre à celui du pouvoir d’achat, vous imposez une taxe sur les petits colis, une taxe sur les billets d’avion, une taxe sur les mutuelles ou encore une hausse du malus auto. Et en même temps, vous avez refusé notre proposition de baisser la TVA sur l’ensemble des énergies. Les ménages apprécieront.Pour répondre aux enjeux migratoires, vous faites le choix de ne rien faire. Et en même temps, vous avez refusé de commencer à mettre en place la priorité nationale que nous proposons. Les Français apprécieront.Pour répondre aux enjeux de compétitivité de nos entreprises, vous imposez la pérennisation d’une taxe temporaire et vous avez accepté de renier vos engagements sur la CVAE – cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. Et en même temps, vous avez refusé toutes nos propositions de baisse d’impôts de production. Les entrepreneurs, les chefs d’entreprise et leurs salariés apprécieront.Pour répondre aux enjeux de dépenses publiques et de dette, vous imposez l’aggravation du déficit public en ne faisant aucune économie structurelle et même en augmentant la dépense publique de 37 milliards d’euros. Et en même temps, vous avez refusé toutes nos propositions de baisse du train de vie de l’État et méprisé la trajectoire de notre contre-budget, qui démontrait que l’emballement de la dette n’est pas une fatalité. Les générations futures apprécieront.Pour répondre aux enjeux de cohésion sociale, vous imposez la suppression du crédit d’impôt pour l’adaptation du logement. Et en même temps, vous avez refusé notre proposition de revalorisation du congé de proche aidant. Les personnes en situation de handicap, les personnes âgées et leurs familles apprécieront.Pour répondre aux enjeux de justice fiscale, vous imposez le statu quo. Et en même temps, vous avez refusé notre proposition d’impôt sur la fortune financière. Les classes populaires et moyennes apprécieront.Pour répondre aux enjeux européens, vous imposez l’augmentation de la contribution de la France de plus de 5 milliards d’euros. Et en même temps, vous avez refusé notre proposition d’utiliser ce levier pour défendre nos intérêts. Les agriculteurs apprécieront.Bref, pour répondre aux enjeux de notre pays, vous avez fait le choix de vos places en sacrifiant la mise en œuvre de mesures pourtant largement majoritaires dans le pays. Les électeurs apprécieront. Je le prédis : ils le feront savoir. Ne croyez pas que personne ne vous regarde. Les Français vous voient et ils mettront la facture dans l’urne, non seulement celle de la saignée que vous leur infligez, mais également celle du procédé humiliant que vous utilisez.Mais, au-delà de la calamité budgétaire et donc financière, économique et sociale à laquelle vous soumettez nos compatriotes, la situation politique dans laquelle vous maintenez le pays a également des implications internationales dans un contexte géopolitique qui ne souffre pas l’impuissance car le monde entier nous regarde. Les plus gentils vont nous plaindre, les plus taquins vont ironiser et les plus opportunistes vont froidement profiter de l’inexistence politique d’un gouvernement fantôme.Cela a déjà commencé avec Mme von der Leyen qui, sans vous attendre ni vous calculer d’ailleurs, a imposé à la France l’accord avec le Mercosur, c’est-à-dire la fin de notre agriculture et de notre élevage. C’est aussi le cas des alliés européens du bloc central qui font avancer leur projet de contrôler les exportations d’armements français. Ce n’est pas à l’ancien ministre des armées que je vais apprendre que cette question est une ligne rouge écarlate pour la France et que le fait même de l’évoquer est une provocation que ses auteurs n’auraient jamais osée avec un gouvernement français légitimé par les urnes. C’est le cas aussi des Chinois, qui voient dans notre impuissance ou notre naïveté l’opportunité de venir vendre des voitures chez nous au détriment de notre industrie automobile, qui agonise. C’est enfin le cas de Donald Trump, qui ne manque pas une occasion de railler cruellement la fin de règne laborieuse et pénible que vit la France et qui profite du fait que la voix de la France est totalement discréditée dans le concert des nations…
…pour avancer ses pions. Nos compétiteurs ont bien compris qu’une fenêtre leur était grande ouverte. Ils en profitent.Pour la refermer, la méthode démocratique n’est évidemment pas de supprimer l’expression de vos oppositions mais bien de demander aux Français leur avis par des élections. La question de ce 49.3 est bien sûr budgétaire, économique et financière, mais elle est surtout éminemment politique. Comment, monsieur Lecornu, avec les convictions qui sont les vôtres, pouvez-vous participer à l’affaissement de notre pays et de ses institutions ? Emmanuel Macron est dans le déni, ce n’est plus un secret et plus personne ne le suit, mais personne n’est obligé de s’enterrer avec Pharaon et, surtout, nul n’est obligé d’entraîner le pays dans sa chute et son discrédit mondial.Quelles que soient nos convictions, nous sommes ici, chers collègues, des élus de la nation. À ce titre, nous sommes les garants de l’intérêt national, du respect des institutions et de la démocratie. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Cet honneur nous impose une responsabilité particulière, une responsabilité que je vous invite à ne pas fuir. Quand il n’y a plus de confiance, il n’y a pas d’autre solution que l’arbitrage suprême, qui ne peut être que celui du peuple. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Parce qu’il n’y a pas d’autre solution pour le pays, je vous exhorte, mes chers collègues, à un acte essentiel, à un acte de courage peut-être, mais surtout à un acte de dignité parlementaire, politique et nationale : votez la censure ! (Les députés des groupes RN et UDR se lèvent pour applaudir vivement.)
Nous verrons cela aux élections !
En effet !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).