Discours du 25 mars 2026
Marine Le Pen · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°179
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Vos propos l’ont confirmé, monsieur le premier ministre : près d’un mois après le lancement des frappes aériennes contre l’Iran, il est difficile d’espérer une stabilisation rapide de la situation, et plus encore le retour prompt de la paix dans cette région, berceau de plusieurs civilisations millénaires.Si le cauchemar du régime des mollahs pour le peuple iranien ne fait aucun doute – je tiens à saluer ici le courage de ce peuple, en particulier celui des femmes (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Mme Hanane Mansouri applaudit également), dont les aspirations légitimes à la liberté ont été réprimées dans le sang il y a quelques semaines –, il me paraît illusoire d’arriver à le faire chuter par des bombardements, aussi massifs soient-ils. Je crois même que le penser, c’est assez mal connaître le régime iranien et l’histoire de l’Iran. À ce jour, la terrible répression de ces derniers mois a manifestement joué un rôle dissuasif, et l’on n’observe aucun signe d’effondrement du régime, ni d’exode massif de la population.En tout cas, pour les États-Unis, qui avaient probablement promis à leurs alliés régionaux une chute rapide du régime iranien, et malgré les propos du président Trump, cette opération s’avère manifestement périlleuse ; son coût financier, militaire et politique semble n’avoir pas été anticipé.En outre, les nations du Golfe, qui avaient fait le choix de se rapprocher des États-Unis, se trouvent désormais sous le feu de la riposte de l’Iran, dont les capacités militaires semblent bien moins affaiblies et bien plus résilientes que semblaient l’espérer certains – nous en faisons partie. Cette réalité est sans doute peu satisfaisante pour nous, Occidentaux, mais il s’agit de ne pas la nier ; elle s’impose à nous.S’agissant d’Israël, il est évident que les attaques directes et surtout indirectes qu’il a subies doivent être dénoncées. Mais si Israël a le droit, et même le devoir, de se défendre et d’assurer la sécurité de son territoire et de ses habitants, il est de l’honneur de la seule démocratie de la région de respecter les règles du droit international, notamment relatif aux conflits armés. Que ce soit le ciblage de la Finul ou, plus grave, la mort de trois soldats libanais et celle du père Pierre el-Raï, l’armée israélienne doit éviter à tout prix ces dommages collatéraux dans son offensive, par ailleurs légitime, contre le Hezbollah – j’y reviendrai.Lors de son allocution du 3 mars dernier, le président de la République a évoqué la responsabilité qui lui incombe de défendre l’intérêt national. Je ne peux évidemment que souscrire à ses propos.Trois intérêts prioritaires semblent se dégager pour la France. Le premier est bien sûr notre souveraineté énergétique. Depuis vingt-cinq ans, notre pays navigue à vue, sans vision stratégique. Les investissements indispensables dans notre parc nucléaire, actuel et futur, ont été négligés. En 2018, le gouvernement avait même pour projet de fermer quatorze réacteurs ! Depuis vingt-cinq ans, nous subventionnons abondamment des panneaux solaires et des éoliennes massivement importés de Chine. Nous avons aussi sacrifié la compétitivité électrique nationale, lui préférant des mécanismes de prix européens à la fois instables et inflationnistes, ce qui a retardé l’électrification massive et indispensable des usages industriels et individuels. Enfin, sous les mandats de François Hollande et d’Emmanuel Macron, nous avons refusé par idéologie d’exploiter nos ressources minières et géologiques, pourtant abondantes, en particulier en outre-mer.Le résultat de cette incurie est patent en période de tension sur nos approvisionnements. Si les ménages sont aujourd’hui les premiers touchés, les risques pour les agriculteurs et les entreprises sont désormais majeurs et, vous l’avez dit, monsieur le premier ministre, des secteurs stratégiques, tels que la chimie ou la défense, pourraient être rapidement concernés.Le second intérêt prioritaire est la préservation de nos partenariats industriels et diplomatiques de défense avec plusieurs pays de la région. À l’heure où le bouclier américain n’est manifestement pas à la hauteur espérée, la France doit assumer les accords signés avec les pays de la zone et leur venir en aide, dès lors qu’ils sont des victimes collatérales du conflit entre l’Iran et l’alliance israélo-américaine. La concrétisation de ces engagements sera en outre probablement bénéfique si la confiance de ces pays envers les États-Unis s’érodait durablement. Bien évidemment, il nous faut aussi assurer la protection des emprises françaises dans la région, notamment celle des emprises militaires.Le troisième intérêt, peut-être moins visible, est la poursuite de la lutte contre les groupes islamistes. Malgré les efforts constants de nombreux pays de la région, l’hydre islamiste n’a pas totalement disparu et l’instabilité géopolitique fait constamment peser le risque de sa résurgence. C’est d’ailleurs dans ce contexte que le major Frion – auquel je tiens à rendre à nouveau hommage – est mort pour la France sur le sol irakien. Nous ne pouvons sous-estimer la menace que ferait peser sur notre propre sécurité la constitution au sein de l’Iran et à ses frontières d’une zone de chaos. En la matière, tout relâchement pourrait avoir demain de graves conséquences pour notre pays, qui – dois-je le rappeler ? – reste une cible privilégiée des islamistes.En raison de la singularité française, notre implication dans le concert des nations ne peut se résumer à la défense de nos intérêts ; nous avons également des devoirs. J’en vois au moins trois dans la crise actuelle.Le premier est celui d’être une puissance d’équilibre et de devenir – ou plutôt de redevenir – l’interlocuteur privilégié des nations qui sont parties prenantes, directes ou indirectes, au conflit. Il ne faudrait pas que ce rôle soit laissé à la Chine, la Russie ou l’Inde. À cet égard, il serait souhaitable qu’au lieu de consentir à sa dilution dans une politique étrangère européanisée, la France prenne l’initiative d’une médiation en faveur de la paix. J’ai déjà formulé ce vœu s’agissant de la guerre en Ukraine et je veux croire qu’il nous reste suffisamment de crédit sur la scène internationale pour porter une telle initiative, fondée à la fois sur notre rapport à la souveraineté des nations et sur nos liens privilégiés avec de nombreux pays de la région – en particulier le Liban, Israël et les Émirats.
Merci, monsieur Bidochon, pour votre intervention ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Exclamations continues sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
Notre deuxième devoir est d’être le défenseur absolu et résolu du droit international.
Ces dernières années, un grand nombre de puissances, et singulièrement les deux plus grandes, se sont affranchies avec une légèreté croissante, et profondément inquiétante, de ce cadre indispensable.
Je pense à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, générant un conflit meurtrier qui dure depuis plus de quatre ans, et, plus récemment – sans établir, évidemment, d’équivalence entre ces deux événements –, à l’enlèvement de Nicolás Maduro par les États-Unis. Ces épisodes font écho à d’autres erreurs majeures commises au cours des deux dernières décennies : l’invasion de l’Irak, en 2003 – à laquelle notre pays a eu l’honneur de s’opposer – ou, plus récemment, les frappes en Libye, auxquelles la France a malheureusement participé, avec les conséquences que nous connaissons sur la prolifération djihadiste au Sahel.Le conflit qui fait rage au Moyen-Orient s’inscrit dans ce contexte et, au sein même de l’administration américaine, des voix s’élèvent désormais pour interroger l’opportunité, la légalité, voire la rationalité stratégique de cette intervention. S’il n’est évidemment pas question de défendre les régimes corrompus et autoritaires, qui sont forces de déstabilisation, la France ne peut rester silencieuse quand il s’agit de défendre les principes qui régissent le droit international.Fondé sur notre histoire millénaire avec ce pays, notre troisième devoir est de protéger le Liban, qui, avec 1 000 morts, dont 120 enfants, et 1 million de déplacés, est une nouvelle fois la victime collatérale des tensions dans la région. Certes, son incapacité à éradiquer de son sol la milice du Hezbollah empêche Israël de traiter d’égal à égal avec sa voisine mais la France a le devoir de soutenir ce pays et ses institutions, aussi imparfaites soient-elles. Je salue les propos du président de la République en ce sens. L’annonce de l’expulsion de l’ambassadeur iranien par le Liban doit être vue comme l’expression de sa volonté de faire cesser les ingérences iraniennes sur son sol via le Hezbollah ; elle doit être saluée.Nos intérêts et nos devoirs ayant été définis, permettez-moi d’évoquer les mesures que le gouvernement devrait désormais déployer au plus tôt pour défendre les premiers et assumer les seconds.Je ne peux m’empêcher de commencer par souligner qu’avec le mauvais budget que vous avez imposé il y a moins de deux mois, nos marges de manœuvre sont très faibles. Du fait d’hypothèses exagérément optimistes mais aussi de votre refus d’accepter les mesures d’économies structurelles que nous avons documentées dans notre contre-budget, vous avez dramatiquement limité notre liberté d’action en cas de crise. Or, si cette crise est régionale, son impact est d’ores et déjà mondial et le restera sans doute durablement. Dès lors, il nous incombe, non pas de temporiser en espérant une amélioration de la situation, mais d’agir en concentrant nos efforts sur la défense de nos intérêts et l’accomplissement de nos devoirs.À cet effet, monsieur le premier ministre, pour protéger le pouvoir d’achat de nos compatriotes et la compétitivité de nos entreprises, nous vous demandons de nouveau la sortie des règles européennes de fixation des prix de l’électricité, la baisse des taxes sur l’énergie, la baisse de la TVA – mesure que je défends depuis la dernière présidentielle – et la suspension des certificats d’économie d’énergie, qui vont peser à hauteur de 8 milliards d’euros sur les entreprises et les particuliers français cette année.Je ne peux que regretter de ne pas avoir encore été entendue alors que certaines de ces mesures sont mises en œuvre chez nos voisins et même – je ne peux m’empêcher de le souligner – réclamées par la présidente de la Commission européenne elle-même. Avouez que c’est un comble !Alors qu’en Italie et en Espagne, des mesures ambitieuses ont été déployées rapidement pour faire baisser le prix de l’essence de 20 à 30 centimes d’euros, vous ne semblez pas conscient de l’urgence. Tout ce temps perdu a un impact très concret sur les ménages mais aussi sur les agriculteurs, les routiers, les pêcheurs, les libéraux – notamment du secteur de la santé – et, plus largement, sur un grand nombre d’entreprises.Je regrette vivement l’option retenue en ce qui concerne les stocks stratégiques de carburant. Le recours à ces stocks doit avoir des conséquences concrètes sur nos concitoyens et nos entreprises et non, pour citer le ministre Lescure « sur les zones où il y a des tensions d’approvisionnement et c’est évidemment à l’Asie que je fais référence » – sic ! Je considère que ces stocks ont deux utilités : ils doivent permettre, évidemment, de limiter les pénuries, mais aussi jouer un rôle de levier contracyclique en cas de tensions sur les marchés. Ces précieuses réserves ne doivent donc pas aller sur les marchés mondiaux mais être mises au service de notre marché intérieur avec un contrôle temporaire mais strict des marges par les services de l’État.En ce qui concerne la protection militaire de nos intérêts extérieurs, à l’aune des éléments en notre possession, nous considérons que la réponse française – déploiement du groupe aéronaval et augmentation des moyens aériens et maritimes dans la zone – est à la hauteur.Même si je suis certaine que nos armées et nos services sont vigilants en la matière, j’attire votre attention sur la protection des nombreux câbles sous-marins présents dans la zone car ils sont vitaux pour notre économie.À l’heure actuelle, même si le rétablissement de la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz peut être considéré comme une urgence, je ne vois pas comment on peut le faire sans devenir partie prenante au conflit, ce qui n’est évidemment pas du tout souhaitable.Je me félicite de l’aide humanitaire apportée par la France au Liban et j’invite le gouvernement à accentuer les efforts diplomatiques pour parvenir à une trêve, au désarmement du Hezbollah et au retour de la souveraineté libanaise sur l’ensemble de son territoire, garantie par la force des Nations unies dans la zone frontalière.Avant de conclure, je tenais à vous alerter sur une possible conséquence de la crise actuelle dont l’impact futur sur l’économie française pourrait être très fort. Les engagements financiers des pays du Golfe, notamment via leur fonds souverain, sont importants dans notre économie, y compris dans notre dette. Une fois la situation stabilisée, ces pays pourraient vouloir réorienter une partie notable de cet argent pour leur propre reconstruction et pour un renforcement sécuritaire. Il faut l’anticiper : la mise en place d’un fonds souverain français, que je propose depuis longtemps, pourrait être une partie de la solution pour renforcer notre souveraineté économique face à ce type de crise.Monsieur le premier ministre, mes chers collègues, nous constatons que les risques que ce conflit fait peser sur notre pays sont majeurs. Alors que de nombreux analystes soulignent que la situation va s’aggraver, il est du devoir de la cheffe de l’opposition de vous appeler solennellement à ne pas subir mais à actionner, dès maintenant, tous les leviers disponibles pour en limiter les effets sur notre pays et sur nos compatriotes. (Les députés des groupes RN et UDR se lèvent et applaudissent.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).