Discours du 30 juin 2026
Mathilde Feld · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°294
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Ma question s’adresse au ministre de la justice, dont je regrette l’absence étant donné la gravité de la question. Nous sommes le 31 août 2024, à Cappelle-la-Grande, dans le département du Nord. Djamel Bendjaballah, éducateur spécialisé de 43 ans, vient d’être écrasé à trois reprises par les roues d’une berline, sous les yeux de sa fille âgée de 10 ans. L’auteur de ce meurtre abject, Jérôme Décofour, est l’ex-conjoint de la compagne de la victime, mais il est surtout responsable régional de la Brigade française patriote, un groupuscule paramilitaire d’extrême droite qui s’entraîne à la guérilla urbaine, composé en grande partie d’anciens militaires et, sans surprise, idéologiquement proche du Rassemblement national.Ce meurtre est un meurtre raciste. Ce meurtre, monsieur le ministre, aurait pu être évité. En effet, entre décembre 2022 et août 2024, Djamel Bendjaballah avait déposé trois plaintes, toutes restées sans suite. Son agresseur lui envoyait des saucissons estampillés « halal » et proférait à son encontre des insultes telles que « sale bougnoule » ou « sarrasin ». Ce meurtre est l’aboutissement de mois de harcèlement raciste, de menaces et d’intimidations islamophobes, sans qu’aucune mesure ait été prise. Vingt-deux armes ont été retrouvées au domicile de M. Décofour après qu’il eut commis le meurtre, sans que cela déclenche la moindre enquête.Le traitement de cette affaire a donné lieu à de graves manquements des services de police et de justice. Toute la lumière doit être faite sur les circonstances de cet assassinat, mais aussi sur le classement sans suite des plaintes déposées par Djamel Bendjaballah de son vivant.Alors que la Brigade française patriote poursuit ses activités en toute impunité, la famille de Djamel, empêchée de faire son deuil, mène un combat qu’elle n’aurait jamais dû avoir à mener, celui de faire reconnaître le caractère raciste de ce meurtre. Comment le gouvernement évalue-t-il le traitement judiciaire de cette affaire ? Considère-t-il comme acceptable que plusieurs plaintes déposées par la victime avant son assassinat, dénonçant des faits à caractère raciste, aient été classées sans suite ?De façon plus large, je souhaite vous interroger sur la politique pénale menée en matière de lutte contre les crimes racistes à l’aune de cette affaire. Quelles mesures comptez-vous mettre en œuvre pour garantir un traitement effectif des affaires faisant apparaître un mobile raciste ? Quels sont les moyens alloués aux magistrats pour identifier, qualifier et poursuivre les crimes de haine ? La réponse judiciaire apportée aux violences commises par des militants et des organisations d’extrême droite vous semble-t-elle satisfaisante ?Un dernier point, très grave, appelle également une réponse. Selon une enquête de Blast publiée en avril 2026, Jérôme Décofour entretiendrait des liens troublants avec la police. Il aurait reçu trois appels du commissariat de Lille vers 21 heures, juste après son crime. Son ex-compagne affirme qu’il évoquait une seconde activité liée aux services de sécurité intérieure pour lesquels il dit lui-même avoir travaillé. Est-il possible, selon vous, que le refus de reconnaître le caractère raciste du meurtre soit lié à la volonté de ménager les renseignements territoriaux et de taire une éventuelle tentative d’infiltration de la Brigade française patriote ?Monsieur le ministre, sachez que la famille de Djamel Bendjaballah est avec nous ce matin. Sa sœur et ses cousins, que je salue, vous regardent et vous écoutent depuis les tribunes de l’Assemblée nationale. Ils attendent des actes du garde des sceaux après ce crime effroyable qui a bouleversé leur vie. Ils attendent aussi que le gouvernement reconnaisse enfin que le meurtre de Djamel Bendjaballah, comme les défaillances de son traitement judiciaire, aurait dû constituer un signal d’alarme de plus face à la montée des crimes racistes dans notre pays.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).