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Discours du 19 mai 2026

Matthieu Bloch · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°236

Ma question s’adresse à M. le ministre de l’éducation nationale. Depuis mercredi dernier, des milliers de nos compatriotes ont découvert L’Abandon, le film qui retrace les onze derniers jours de la vie de Samuel Paty. Ils en ressortent bouleversés, édifiés par la succession de renoncements qui ont conduit un professeur courageux à mourir seul, abandonné par la République. La mémoire de Samuel Paty s’impose à votre administration : il ne faut pas reproduire les mêmes erreurs. Plus largement, cette mémoire, comme celle de tous ceux qui sont tombés face à la barbarie islamiste, s’impose à tous, surtout à notre jeunesse.Or que constatons-nous ? En marge du Festival de Cannes, un soutien affiché de Jean-Luc Mélenchon a ricané de la mort de Samuel Paty (Vives protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP)…

…et jugé ce film dangereux, car il stigmatiserait nos compatriotes musulmans. Sur les réseaux sociaux, dans les lycées, on observe le même refus de regarder la menace islamiste en face. Il faut dire à nos jeunes que la peur de cet amalgame est elle-même un piège mortel, car nier la vérité par crainte de l’amalgame, c’est offrir aux islamistes leur meilleure arme : notre propre lâcheté intellectuelle.Ceux qui, à La France insoumise, cultivent délibérément cette confusion pour ne pas perdre de voix seront comptables devant l’histoire des radicalisations qu’ils auront contribué à nourrir. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN. – Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP dont plusieurs membres interpellent Mme la présidente.) Les Français, collègues Insoumis, savent parfaitement distinguer l’islam de l’islamisme.

La grande majorité de nos compatriotes musulmans le vivent eux-mêmes comme une évidence. Réarmer moralement notre jeunesse est une urgence, car une jeunesse que l’on prive de vérité, c’est une jeunesse qu’on ne protège pas, mais qu’on livre à l’obscurantisme et à la radicalisation.Ma question est simple : allez-vous ordonner la projection de ce film dans nos collèges et nos lycées pour réarmer moralement notre jeunesse ? (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)

Permettez-moi tout d’abord de rendre hommage aux femmes et aux hommes qui sont engagés dans nos armées pour défendre nos libertés et notre nation, parfois au péril de leur vie. C’est dans un contexte géopolitique chaque jour plus tendu que ces braves sont engagés.La guerre rugit aux portes de l’Europe. L’Iran massacre son propre peuple, tout en armant nos adversaires. La Chine muscle sa puissance militaire à un rythme que l’Occident peine à mesurer. La vérité est brutale : nous avons replongé dans un monde où seul compte le rapport de force. Et dans ce monde, la France recule. Dans le détroit d’Ormuz, nous regardons. Dans l’Indo-Pacifique, nous subissons. En Afrique, nous disparaissons. En Europe, nous gesticulons pendant que Bruxelles nous dicte nos choix stratégiques.Ce n’est pas un déclassement conjoncturel, c’est le résultat de l’illusion, entretenue depuis trente ans, selon laquelle une nation peut rester grande sans investir dans sa défense. Sous le général de Gaulle…,

…la puissance militaire n’était pas négociable : elle était financée à hauteur de 5 % du PIB ! Aujourd’hui, nous atteignons péniblement le taux de 2 %, après des décennies de renoncement qui ont vidé nos arsenaux, appauvri nos régiments et affaibli notre industrie de défense.La loi de programmation militaire de 2023 était déjà insuffisante à l’heure de son adoption. L’actualisation que vous nous présentez ne fait que l’admettre. Oui, madame la ministre, les 36 milliards d’euros supplémentaires, nous les acceptons. Les efforts sur les munitions, la dronisation, la défense sol-air, tout cela va dans le bon sens. Mais on ne peut pas dire qu’il s’agit là d’un texte ambitieux ; c’est un rattrapage, rendu nécessaire par des années de gestion financière désastreuse. Vous reconnaissez vous-même le besoin de trente Rafale et de trois frégates supplémentaires, mais vous ne les financez pas. Pourquoi ? Parce que les gouvernements socialo-macronistes qui se sont succédé depuis 2017 ont triplé la dette nationale, transformé l’État en débiteur chronique, incapable de tenir ses engagements régaliens.Le comble, c’est que 70 % de l’effort est reporté après 2027 ! Vous ne réarmez pas la France, vous transmettez la facture à vos successeurs, tout en leur léguant le gouffre financier que vous avez creusé !

Il était pourtant possible de réaliser des économies – au moins 15 milliards d’euros sur l’immigration, 7 milliards sur notre contribution au budget européen et 5 milliards sur les agences de l’État. Vous avez choisi de ne pas les faire, nous en prenons acte.Le groupe UDR a défendu des amendements concrets et ambitieux. Ils tendaient à rehausser la cible des lance-roquettes unitaires, à protéger nos PME de défense par un cadre juridique souverain, à imposer un contrôle strict sur toute cession d’actifs stratégiques à l’étranger et à sortir des impasses industrielles que sont devenus le système de combat aérien du futur (Scaf) et le système principal de combat terrestre (MGCS). Tous ont été rejetés.La France a construit seule le Rafale, le meilleur avion de combat polyvalent au monde. Elle a conçu seule le Leclerc, le seul char au monde capable de tirer en roulant. Elle aurait pu, si la volonté politique avait été au rendez-vous, bâtir seule les systèmes de demain. Vous avez préféré vous en remettre à des programmes européens, dont personne ne maîtrise ni le calendrier, ni l’issue, ni même la réalité industrielle. Vous sacrifiez encore notre souveraineté sur l’autel de chimères vonderleyenistes.Parce que la défense de la nation transcende les clivages partisans et parce que nous ne pratiquons pas la politique du pire, le groupe UDR votera toutefois pour cette actualisation. Mais que les Français le sachent : ce vote est celui de la responsabilité, non de l’approbation. Si, en 2027, ils nous accordent leur confiance, nous engagerons avec nos alliés du Rassemblement national le vrai redressement, celui que ce gouvernement n’a ni la vision, ni le courage, ni les moyens d’accomplir. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).