Discours du 20 juillet 2026
Matthieu Bloch · Première session extraordinaire 2026 · séance n°21
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En préambule, je souhaite rendre hommage à un Français célèbre à travers le monde, un homme qui bien avant beaucoup d’autres avait identifié les dérives auxquelles le sport professionnel allait être confronté : je veux évidemment parler de Michel Platini. À la suite de l’arrêt Bosman, rendu en 1995 par la Cour de justice des communautés européennes, qui a profondément bouleversé l’équilibre du football européen, Michel Platini n’a cessé de défendre une véritable exception sportive européenne afin de préserver la formation des joueurs, l’ancrage territorial des clubs et l’équité des compétitions. Quelques années plus tard, au sommet européen de Biarritz, cette ambition a été défendue par le président Sarkozy, mais elle s’est heurtée à l’intransigeance de la Commission européenne.Pourquoi rappeler cette histoire ? Parce qu’elle nous enseigne une leçon essentielle : les difficultés du sport professionnel français trouvent largement leur origine dans le cadre européen. Ce que nous craignons, madame la ministre, et ce que craignent nombre de clubs professionnels, c’est que, sous couvert d’une volonté parfaitement légitime de moraliser la gouvernance du sport professionnel, nous créions finalement de nouvelles contraintes pour des clubs déjà confrontés à une concurrence européenne extrêmement déséquilibrée.Qu’on ne vienne pas ici caricaturer la position du groupe Union des droites pour la République. En tant que député de la circonscription dans laquelle évolue le Football Club Sochaux-Montbéliard, je suis bien placé pour savoir ce qu’il advient lorsqu’un club historique devient la proie d’aventuriers sans scrupule. Je suis aussi bien placé pour rappeler que ce club a été sauvé grâce la mobilisation exceptionnelle de ses supporters, de ses entreprises, de ses collectivités et de tout un territoire. Aujourd’hui, son modèle de gouvernance suscite de l’intérêt bien au-delà de la Franche-Comté.Cette réussite est née non pas d’une nouvelle loi, mais d’une mobilisation locale et d’une gouvernance responsable. Voilà pourquoi nous pensons que les réponses ne sont pas toujours législatives. Ce n’est pas cette proposition de loi qui empêcherait demain la création d’une super ligue européenne. D’ailleurs, nous ne pourrions pas l’interdire, puisqu’elle aurait l’appui de la Commission européenne et de la Cour de justice de l’Union européenne, à Luxembourg.En réalité, deux erreurs traversent encore ce texte. La première consiste à répondre par une loi française à des déséquilibres qui sont d’abord européens. La seconde consiste à répondre de manière uniforme aux difficultés de sports qui ne vivent pas les mêmes réalités. Reconnaissons-le, nous avons essentiellement parlé de football depuis le début du débat. Et pour cause : cette proposition de loi est née d’une crise réelle, celle du football professionnel. En tout cas, les règles qu’elle instaure continuent de s’appliquer indistinctement au rugby, au basket, au handball et aux autres disciplines professionnelles, alors que chacune possède sa propre gouvernance, son propre équilibre économique et son propre modèle de développement. C’est notamment pour cette raison que notre groupe avait fait le choix de l’abstention en première lecture.Je salue l’intervention de notre collègue du Rassemblement national, Michèle Martinez, qui, à l’ouverture des travaux de la commission mixte paritaire, a rappelé avec force cette exigence : il est essentiel de respecter les spécificités de chaque sport et de ne pas appliquer indistinctement aux autres disciplines des règles pensées avant tout pour répondre à la crise du football. Malheureusement, la commission mixte paritaire n’est pas allée jusqu’au bout de cette logique.Malgré quelques mesures de bon sens, notamment en matière de transparence, de protection du sport amateur et d’encadrement de certaines dérives, le texte demeure imparfait. Il continue d’ajouter des contraintes qui mettent en question la liberté d’entreprendre et la compétitivité de nos clubs. Il continue de privilégier une réforme de la gouvernance sans répondre véritablement aux difficultés économiques qui fragilisent aujourd’hui le sport professionnel français. Surtout, il continue de menacer l’équilibre que des disciplines comme le rugby, le handball et le basket avaient su construire au fil des années.Nous aurions souhaité un texte qui ne prenne pas le risque d’affaiblir nos clubs, un texte qui tienne davantage compte de la diversité des sports professionnels. Nous aurions souhaité aussi qu’au lieu d’être le petit télégraphiste de la Commission de Bruxelles comme il l’est depuis neuf ans, le président de la République reprenne à son compte l’idée platinienne d’exception sportive européenne. Pour toutes ces raisons, nous nous abstiendrons. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
Le groupe UDR ne soutiendra évidemment pas cette motion de rejet préalable déposée par le groupe La France insoumise, d’abord parce que nous soutenons la montagne et les montagnards. Par ailleurs, collègues Insoumis, vous proclamez partout que vous êtes le parti de l’antifascisme ; mais dès qu’il s’agit de débattre dans cet hémicycle d’un texte qui ne vous convient pas, vous déposez des motions de rejet préalable. (« Et alors ? » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Elles n’ont qu’un seul but : empêcher la représentation nationale de débattre. (Applaudissement sur les bancs des groupes UDR et RN.) Quand votre motion de rejet n’est pas adoptée, ou que vous n’avez pas pu en déposer une, vous recourrez à des amendements et à des sous-amendements pour faire de l’obstruction et empêcher la représentation nationale d’aller jusqu’au vote.En dehors de cet hémicycle, et comme on l’a vu encore cette semaine à Grenoble, dès qu’une artiste dit quelque chose qui ne vous convient pas, vous cautionnez le fait qu’on puisse interrompre une de ses représentations. Enfin, la présidente de votre groupe a récemment déclaré qu’elle ne reconnaîtrait pas le résultat du scrutin présidentiel de l’année prochaine, quand Marine Le Pen sera élue à l’Élysée. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)Vous empêchez les députés de débattre et de voter, les artistes de s’exprimer et vous déclarez que vous ne reconnaîtrez pas le résultat d’un scrutin démocratique qui exprime la volonté du peuple français. Tout cela porte un nom : le fascisme ! (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN. – Rires et exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
« Pour une montagne vivante et souveraine » : avant d’aborder le fond du texte, il faut bien évoquer ce titre – il en dit tellement. Pendant des années, il était impossible de prononcer le mot « souveraineté » sans se faire qualifier de fasciste, de populiste ou de représentant de l’extrême droite.
Constatant que les Français ne se laissaient pas intimider, le macronisme a trouvé la parade : utiliser le mot pour dire tout et n’importe quoi ; entretenir la confusion avec l’indépendance, notion sœur, mais distincte, de la souveraineté ; bref, diluer le concept pour mieux le faire disparaître.Évidemment, cette perversion est allée jusqu’à l’évocation d’une « souveraineté européenne » fantasmée, alors que la souveraineté est nationale et appartient au peuple, comme il est proclamé dès l’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Chez les macronistes, tout doit être souverain désormais ! Aujourd’hui la montagne, demain, pourquoi pas, la ville, la ruralité ou la blanquette de veau ! Évidemment, ce titre pompeux et grotesque ne pouvait venir que d’un macroniste. Eh bien, non, raté ! J’ai découvert avec stupeur qu’il venait du groupe de la Droite républicaine. Pas vous, pas ça ! Depuis un certain temps, il est vrai, nous avons du mal à suivre les députés LR, en particulier lorsqu’ils viennent de Haute-Loire.
Mais, tout de même, reprendre à ce point les ficelles du macronisme, et jusqu’à leur tendance à faire de la souveraineté un produit publicitaire… avez-vous vraiment tout oublié ? Si tel est le cas, je vous renvoie au magnifique et même historique discours que Philippe Séguin a prononcé à cette tribune le 5 mai 1992,…
…qui peut constituer une belle piqûre de rappel de ce que signifie le mot « souveraineté », dont il est irresponsable de galvauder le sens. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)Autre question : est-ce par crainte de notre réaction que vous avez préféré proposer la cosignature de votre proposition de loi au groupe socialiste et même au groupe communiste, plutôt qu’à l’UDR ou au Rassemblement national ?
Voilà votre conception du caractère transpartisan de vos propositions de loi ! Cela en dit long sur votre absence de boussole politique, sur l’attelage que vous formez aujourd’hui avec le macronisme et le Parti socialiste en soutien du gouvernement de M. Lecornu (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN) et sur votre ralliement à peine voilé à Édouard Philippe, qui préférait appeler à voter communiste et même LFI dans son département en juillet 2024. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.) Cela explique au moins en partie pourquoi notre excellent collègue Antoine Valentin a repris la 3e circonscription de Haute-Savoie, historiquement acquise à LR. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
En première lecture, ce collègue avait justement formulé un jugement simple : le texte allait dans la bonne direction, mais restait au milieu du gué. La commission mixte paritaire n’a malheureusement pas permis de dissiper ce sentiment.Nous devons néanmoins reconnaître des avancées utiles. Concernant l’école, la prise en compte des temps de transport dans la programmation pluriannuelle revient à reconnaître qu’en montagne, fermer une classe ne revient pas seulement à supprimer quelques lignes d’un tableau Excel.Concernant la santé, le droit d’accéder à un médecin, aux urgences, à un service de réanimation ou à une maternité est mieux affirmé. En matière d’urbanisme, la réalité du terrain sera moins sacrifiée aux interprétations tatillonnes de l’administration.Reste qu’une intention n’est pas une politique et qu’une obligation sans outils devient trop souvent une promesse sans lendemain. Or, dans ce texte, les outils manquent encore souvent. Ainsi, la CMP a supprimé la dérogation pour les petits abattoirs de montagne : on conserve les grands principes, mais on retire le levier qui pouvait sauver les élevages. Même faiblesse sur la Gemapi : les territoires d’amont continueront de supporter les risques et de financer les travaux malgré une fiscalité insuffisante, pendant que l’aval bénéficiera de leur protection. À la place d’une péréquation obligatoire, on nous propose des délibérations concordantes. Autrement dit, la solidarité, oui, mais seulement lorsque ceux qui doivent payer sont d’accord.Nous voterons néanmoins en faveur de ce texte, parce qu’il apporte des améliorations,…
…mais nous le ferons sans être dupes. La montagne mérite mieux qu’un titre grandiloquent et quelques bonnes intentions. Elle mérite des libertés concrètes, des services publics présents et une République qui tienne ses promesses. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).