Discours du 25 mars 2026
Maud Bregeon · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°179
Vous abordez la question de la bonne manière. Nous devons effectivement apporter des réponses à court terme à l’échelle internationale pour contribuer, autant que possible, à circonscrire le conflit et à libérer le détroit d’Ormuz. C’est le sens de l’engagement du président de la République.Nous travaillons également à l’échelle nationale pour protéger les secteurs économiques faisant face à des difficultés de trésorerie. Des plans filières ont ainsi été présentés cette semaine et nous travaillons pour libérer des stocks. Nous avons demandé aux raffineries d’augmenter leurs capacités de production afin de pallier tout risque de rupture d’approvisionnement et de hausse trop importante des coûts. Personne ne peut prévoir l’évolution du conflit dans les semaines à venir. Mon engagement devant vous sera donc simple et assez pragmatique : nous serons aux côtés des secteurs économiques, des entreprises, des TPE, des PME autant qu’il le faudra.La question demande aussi une approche de long terme. Au fond, nous payons le prix de notre dépendance. Cela fait déjà plusieurs années qu’on travaille dans cet hémicycle pour accélérer la production d’énergie décarbonée et l’électrification de nos usages. On a vu le prix de notre dépendance lors de la reprise post-covid et de la guerre en Ukraine. On le voit encore aujourd’hui. On aurait déjà dû subir cet électrochoc. Je remercie les parlementaires qui ont travaillé pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables et du nucléaire. On va continuer à le faire. La troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) présentée par le premier ministre va en ce sens. Dans les semaines à venir, nous présenterons un plan d’électrification qui doit permettre d’accélérer la mise en adéquation de la production d’énergie décarbonée avec la demande. C’est comme ça qu’on y arrivera auprès des particuliers, des entreprises et des grandes industries.Il est nécessaire de prendre conscience de la nécessité de sortir des énergies fossiles. Quand on parle de souveraineté, ce n’est pas qu’un slogan. Notre dépendance hier au gaz russe et aujourd’hui au gaz algérien, au gaz naturel liquéfié (GNL) américain et au pétrole du Moyen-Orient – dont la France dépend en 60 % et le monde à 80 % – a des conséquences très concrètes sur la vie de la nation quand on doit faire face à ce type de crise.
Tout d’abord, nous procédons actuellement à la libération progressive des stocks que nous nous sommes engagés à mobiliser à la suite de la déclaration de l’AIE. Il convient toutefois de rester prudent quant à la portée de cette mesure : ces stocks n’ont pas vocation, en principe, à répondre à des tensions sur les prix, mais bien à d’éventuelles tensions sur l’approvisionnement. Si de telles tensions devaient survenir – ce que nous ne souhaitons évidemment pas –, les stocks encore disponibles devraient nous permettre d’y faire face. En la matière, une fois encore, le pragmatisme doit guider notre action.Il importe par ailleurs de bien différencier deux sujets : d’une part, la question de la baisse de la consommation et de la sobriété ; d’autre part, celle des aides. Nous travaillons à encourager les démarches de sobriété et nous continuerons à avancer dans cette direction dans les jours à venir, notamment si le conflit venait à durer.J’appelle néanmoins à la prudence : lorsqu’on explique à des Français qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture pour aller travailler – c’est le cas dans de nombreux territoires – qu’ils devraient utiliser les transports en commun, ou lorsqu’on dit à d’autres, qui ont du mal à se chauffer, qu’ils devraient éteindre la lumière, ces messages sont évidemment très mal perçus – et cela est légitime. Prenons donc garde aux discours que nous pouvons tenir.S’agissant des aides, nous avons présenté de premiers plans de filière, mais ils ne valent pas pour solde de tout compte. Le premier ministre l’a rappelé aujourd’hui au Sénat, lors de la séance de questions au gouvernement : nous irons plus loin si la situation l’exige. Mais nous devons aussi faire preuve d’humilité quant à l’évolution de la situation dans les jours et les semaines à venir.Je le répète : lors de crises très difficiles – covid, Ukraine –, nous avons su être aux côtés des Français et des entreprises. Notre action est sans doute perfectible, mais nous avons toujours fait en sorte d’être présents, et nous continuerons de l’être, malgré la contrainte du déficit qui s’impose à nous tous.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).