Discours du 19 janvier 2026
Maud Petit · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°118
Nous ne sommes que le 19 janvier et cette année s’annonce déjà tumultueuse. Les tensions s’aiguisent, les lignes bougent, les alliances se recomposent, le monde bascule et la France doit choisir sa place. Depuis quatre ans, les crises géopolitiques s’enchaînent ; depuis quelques semaines, elles s’accélèrent et inquiètent profondément. Dans ce fracas, une question essentielle et urgente revient. Que fait la France ? Que doit faire la France ?Au Venezuela, un président est enlevé par une puissance étrangère. Nicolás Maduro a ruiné son pays, affamé et violenté son peuple. Nous ne le regretterons pas. Toutefois, l’enlèvement d’un chef d’État par une armée étrangère est une rupture avec le droit international ; ce n’est pas une solution pérenne.Que fait la France ? Aux côtés de l’Union européenne, elle condamne la méthode. Que doit-elle faire ? Elle doit soutenir une transition démocratique portée par les Vénézuéliens eux-mêmes, sans tutelle, sans chantage, sans arrière-pensée économique ; appuyer les forces démocratiques, comme Edmundo González Urrutia, et rappeler qu’aucune souveraineté ne se décrète à Washington.Au Groenland, un autre type de conflit se dessine : pas de bombes, pas de chars, mais des bases militaires, des appétits miniers, des routes maritimes convoitées et la menace de droits de douane pour tenter de nous faire plier. La guerre froide revient par le Nord, les empires et leurs tentatives hégémoniques ressurgissent.Que fait la France ? Elle agit, en condamnant fermement les velléités et les menaces de Donald Trump, en participant à une mission militaire européenne et en renforçant sa présence diplomatique et scientifique sur place. Que va faire la France ? Elle va s’inscrire dans une stratégie européenne de stabilisation de la région arctique, et refuser l’inaction face aux menaces : ce serait une forme de renoncement ; or renoncer n’est pas français. Depuis de nombreuses années, la France, par la voix du président de la République, alerte ses amis européens sur les dangers du monde actuel et sur le besoin de nous y préparer. Nous avons construit des outils de protection et des mécanismes de riposte. Si nous voulons ne rien céder de nos valeurs ni de nos intérêts, l’heure est désormais venue de nous en servir.En Iran, depuis le 28 décembre, un soulèvement d’ampleur secoue le régime. Des femmes et des hommes de tous les âges réclament liberté, dignité, justice. La réponse du régime des mollahs ? Des milliers d’arrestations, des massacres, du chantage aux parents des victimes, le tout couvert par une coupure d’internet, dans le seul but de cacher l’horreur au reste du monde.Que fait la France ? Elle condamne la violence d’État, elle soutient le peuple iranien, elle agit diplomatiquement. Que doit faire la France ? Elle doit nommer les crimes, agir avec l’Union européenne et l’ONU, soutenir les ONG et les journalistes, protéger les exilés, et clamer haut et fort que nos frères et sœurs iraniens ne sont pas seuls.En Ukraine, une guerre d’agression ravage un pays du continent européen : trois ans de bombardements, de crimes de guerre, de déportations d’enfants ; trois ans de résistance héroïque, durant lesquels la Russie a tenté de faire plier le droit par la force.Que fait la France ? Elle soutient, elle forme, elle équipe, elle soigne. Que doit faire la France ? Elle doit renforcer la coalition des volontaires et les garanties de sécurité ; faire de l’Europe un acteur stratégique, non un spectateur inquiet. La sécurité de Kiev est aussi celle de Riga, de Varsovie, de Paris.Face à ce tumulte, doit-on se taire et renoncer ? Évidemment, non ! Ce serait affaiblir notre diplomatie. Pour défendre nos valeurs, pour que nos principes ne restent pas vains, il nous faut une colonne vertébrale stratégique ; il faut construire la défense européenne, faire en sorte que la puissance de la règle ne soit pas dissoute par la règle de la puissance.Notre diplomatie s’incarne dans des femmes et des hommes engagés au Quai d’Orsay et dans nos ambassades – des veilleurs, des défenseurs inlassables des intérêts de la France et des Français, que nous remercions ici. Grâce à leur action, nous avons pu saluer les libérations d’Olivier Grondeau, de Boualem Sansal, de Cécile Kohler et de Jacques Paris – nous espérons que ces deux derniers, encore assignés à résidence à l’ambassade de France à Téhéran, pourront bientôt retrouver notre sol.Chers collègues, ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas une série de crises juxtaposées, c’est une bascule : le retour des régimes autoritaires, la tentation impérialiste, la fragilisation du multilatéralisme et, disons-le franchement, la perte de fiabilité d’alliés historiques. Dans ce monde instable, le droit international n’est pas un luxe, il est un rempart – un rempart forgé pour empêcher que la force ne fasse loi. Le laisser piétiner serait ouvrir la porte à toutes les prédations ; ce serait légitimer demain l’annexion de Taïwan, la partition de la Bosnie-Herzégovine ou encore la disparition de l’Arménie.Le monde qui s’ouvre devant nous est redoutable : des puissances ennemies testent nos lignes rouges. Le groupe Les Démocrates le dit avec force : notre responsabilité est immense. Nous devons tenir ensemble ce que d’autres cherchent à détruire : nos valeurs et le respect du droit, la sécurité des peuples et l’efficacité de notre action, la démocratie et la force de l’union, au sein de l’Europe. La France doit être fidèle à ce qu’elle a toujours été : une puissance d’équilibre, une voix de droit, une alliée fiable, une démocratie qui agit. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et EPR.)
Ça remonte un peu !
Bien sûr ! C’est la base de la diplomatie.
C’est vrai.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).