Discours du 22 janvier 2026
Maud Petit · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°121
La proposition de résolution européenne qui nous est soumise pose une question à la fois politique et juridique : la mouvance des Frères musulmans peut-elle et doit-elle être inscrite sur la liste européenne des organisations terroristes ?Sur le plan juridique, cette liste repose sur des critères précis : l’identification d’une entité déterminée ; son implication avérée dans des actes terroristes ; une décision préalable, enfin, d’une autorité nationale compétente.Ces exigences garantissent la sécurité juridique et la proportionnalité des mesures restrictives. Elles ne doivent cependant pas nous empêcher de nommer une réalité. Ne soyons pas naïfs, certaines menaces avancent masquées.La mouvance des Frères musulmans est au nombre de ces menaces. Fondée en 1928 par Hassan al-Banna, elle poursuit depuis près d’un siècle un projet politique clair : instaurer, par une stratégie d’islamisation par le bas, d’entrisme et de conquête culturelle, un ordre islamique fondé sur la charia.Si ce projet a su subtilement s’adapter aux contextes nationaux, ses fondements idéologiques sont constants : primauté de la loi religieuse sur la loi civile ; rejet de l’égalité entre les sexes ; refus de l’altérité religieuse ; diffusion d’un discours antisioniste, parfois antisémite.Les Frères musulmans ont été les instigateurs d’attentats, au Moyen-Orient d’abord : en Égypte, avec l’assassinat du premier ministre Nokrachi Pacha, dès 1948 ; plus récemment, en Israël, le 7 octobre 2023, où le terrorisme du Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, a fait plus de 1 200 victimes, dont 800 civils, parmi lesquels 40 enfants et 42 Français.En Europe, la mouvance a choisi d’agir autrement. Elle infiltre, influence et s’implante à bas bruit. Le rapport du ministère de l’intérieur de mai 2025 sur les Frères musulmans et l’islamisme en France donne l’alerte sur une stratégie d’entrisme qui menace la cohésion nationale. Ce rapport identifie plus de 280 associations et 200 lieux de cultes affiliés ou proches de cette mouvance, qui diffuse son idéologie sous couvert de respectabilité en jouant sur le double discours et la posture victimaire.Face à cette menace diffuse mais réelle, le groupe Les Démocrates votera en faveur de la proposition de résolution, par cohérence avec ses engagements : la lutte contre le terrorisme, contre le séparatisme et pour la défense de la République. L’inscription des Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes permettrait de geler les avoirs financiers des entités concernées, de renforcer la coopération policière et judiciaire entre les États membres et d’envoyer un signal politique clair : l’Europe ne sera pas le nouveau terreau de l’islamisme politique.Notre soutien s’accompagne cependant d’une réserve juridique : la notion de mouvance reste floue. Elle doit être travaillée, car le droit européen exige une entité identifiable et structurée, directement impliquée dans des actes terroristes. L’absence d’une chaîne de commandement unifiée pourrait fragiliser cette inscription devant la Cour de justice de l’Union européenne ou la Cour européenne des droits de l’homme. Nous appelons donc à un travail rigoureux d’identification, de qualification juridique et de documentation des faits. Si la menace est réelle, la réponse doit être solide. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem, DR et HOR ainsi que sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).