Discours du 3 février 2026
Maud Petit · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°139
Nous vivons un moment que beaucoup n’auraient jamais imaginé connaître : l’éradication du VIH n’est plus un rêve lointain mais un objectif à portée de main. Le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida) nous fixe un cap clair pour 2030 : zéro nouvelle infection, zéro décès lié au sida, zéro discrimination.Pour celles et ceux qui ont traversé les années noires, qui ont vu des proches partir trop tôt, cet horizon a longtemps semblé irréel. Pourtant, la perspective de tourner la page d’une épidémie qui a marqué l’histoire contemporaine n’a jamais été aussi proche.Depuis les années 1980, près de 92 millions de personnes ont été infectées par le VIH et plus de 44 millions sont mortes de maladies opportunistes liées au sida. Ces chiffres rappellent l’ampleur du combat mené.Aujourd’hui, nous disposons d’outils puissants : les traitements antirétroviraux, qui permettent de vivre avec le VIH, la prophylaxie pré-exposition, dite Prep, qui empêche l’infection, et des avancées scientifiques majeures qui ouvrent la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques. Tout cela n’a été possible que grâce à une coopération internationale solide et à des financements pérennes.Or cette dynamique est fragilisée. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les financements américains consacrés à la santé mondiale ont été drastiquement réduits. Les États-Unis, qui sont pourtant le premier contributeur historique du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ont mis fin au financement de l’Onusida, supprimé la quasi-totalité du Plan d’urgence présidentiel de lutte contre le sida (le PEPFAR) et réduit de 83 % les contrats de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) destinés aux programmes internationaux.Ce retrait n’est pas théorique. Ses conséquences sont déjà très concrètes : des cliniques ferment, des campagnes de prévention s’interrompent, des traitements n’arrivent plus à destination et des flambées d’infection réapparaissent en Amérique latine, au Moyen-Orient ou encore en Afrique du Nord.Si cette trajectoire devait se poursuivre, l’Onusida estime que, d’ici à 2029, les nouvelles infections pourraient être multipliées par six et les décès supplémentaires par dix et que 3,4 millions d’enfants pourraient devenir orphelins. Ce sont les populations les plus vulnérables – celles qui dépendent le plus de l’aide internationale – qui paieront le prix de ce désengagement.Dans ce contexte, l’Europe n’a pas le droit de rester spectatrice. La France, deuxième contributrice mondiale, et l’Union européenne ont une responsabilité historique : protéger les acquis, maintenir l’effort et assumer un leadership clair dans la lutte contre le VIH.C’est tout le sens de cette proposition de résolution européenne, qui appelle à renforcer la contribution européenne au Fonds mondial, à maintenir et amplifier le soutien à la recherche scientifique et à faire de la lutte contre le VIH une priorité stratégique de l’Union.Le groupe Les Démocrates, qui partage pleinement ces objectifs, votera pour cette résolution, tout d’abord parce que l’Europe doit être un pilier de la solidarité internationale, ensuite parce que nous avons la capacité – et le devoir – de préserver les progrès scientifiques et de sauver des vies et enfin parce qu’en adoptant ce texte, nous affirmons que l’éradication du VIH d’ici à 2030 n’est pas un mirage mais une réalité possible à condition de rester unis, constants et déterminés. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur les bancs des commissions.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).