Aller au contenu
vie-politique.fr

Discours du 16 juin 2025

Maxime Amblard · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°242

Nous proposons de réécrire une partie de l’article 1er, afin de faire d’EDF une entreprise unifiée et d’établir des tarifs réglementés de vente de gaz.

Il s’agit d’un amendement de repli.

Je ne vous expliquerai pas comment fonctionne le marché européen de l’électricité ; visiblement, vous n’en avez pas vraiment conscience. Nous voulons sortir du mode européen de tarification – là encore, je vous épargne les détails techniques – qui nous est imposé depuis l’ouverture à la concurrence, ce qui signifie du reste qu’il n’est pas irrémédiable. Fait incroyable, nous avions de l’électricité avant que ce marché soit créé ; plus incroyable encore, nous l’échangions avec les autres pays ! Ce qui a été vrai pouvant le redevenir, je ne comprends pas pourquoi vous affirmez que cette sortie est impossible, ni pourquoi M. le ministre explique qu’elle nous priverait de nos interconnexions. On ne coupera pas les câbles qui nous relient à l’Espagne, par exemple ! Et même en nous contentant de sortir notre production de ce mode de tarification, nous pourrions continuer d’exporter de l’électricité nucléaire vers l’Allemagne, qui en a cruellement besoin, n’ayant pas été capable d’opérer sa transition et de décarboner sa propre électricité. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Il vise à définir de façon concrète la souveraineté énergétique nationale. On en parle beaucoup, mais on la définit rarement. Il s’agit pour nous de « [garantir] à tous […] l’accès à une énergie stable, soutenable et abordable, bien de première nécessité, ainsi qu’aux services énergétiques. » Je le précise à l’intention de ceux pour qui ce ne serait pas évident, la notion de soutenabilité implique de fait que cette énergie soit décarbonée – comme cela, c’est explicite.

Au risque d’en surprendre certains, le Rassemblement national souhaite décarboner notre mix énergétique. C’est sans doute rude à entendre pour ceux qui adorent nous coller une étiquette de climatosceptiques, mais les faits sont têtus : nous voulons une énergie abondante, décarbonée, durable et abordable.

Toutefois, nous ne souhaitons ni appauvrir la France, ni punir les Français. Soyons sérieux une minute : personne ici ne peut prétendre se passer des énergies fossiles, qui représentent 40 % de notre consommation énergétique finale, en un claquement de doigts, en dix ou même vingt ans, sans lourdes conséquences, sans désindustrialisation et sans appauvrir les Français.Nous, nous refusons de faire semblant. J’entends déjà certains nous accuser, à défaut d’être climatosceptiques, de ralentir la décarbonation. Permettez-moi donc une petite mise en perspective. Entre votre stratégie de décroissance sévère et dogmatique, notamment à l’extrême gauche,…

…et la nôtre, plus progressive mais maîtrisée, avec le même objectif – la décarbonation de notre mix énergétique en 2050 –, la différence cumulée d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 représenterait moins d’une année d’émissions de la Chine ! S’il faut agir, notre appauvrissement collectif ne sauvera pas le climat, je suis désolé de vous le dire.En revanche, ce qui peut nous conduire à notre objectif, c’est le pragmatisme. Or c’est précisément ce que nous proposons. Tel est le sens de cet amendement, qui propose d’autoriser l’exploration et l’exploitation raisonnée des hydrocarbures présents sous nos pieds, en respectant nos propres normes environnementales, pour réduire notre dépendance aux importations et non la prolonger hypocritement, comme le font certains, tout en prétendant la combattre. Car c’est bien là le sujet : vous refusez d’extraire en France ce que vous acceptez d’importer. Entre acheter notre pétrole à l’autre bout du monde et l’extraire proprement chez nous, nous faisons le choix de la cohérence et, accessoirement, celui de la souveraineté.

Surtout, nous voulons que cette exploitation temporaire serve un but précis : financer le déploiement massif des énergies décarbonées pilotables et concentrées dont la liste est connue : nucléaire, hydraulique, biomasse, géothermie, aérothermie, biogaz.

Est-ce un retour en arrière ? Non, c’est une transition adulte, sérieuse, à la norvégienne – pays qui tire 15 % de son PIB des hydrocarbures et dont plus de 98 % de l’électricité est pourtant d’origine décarbonée, ce qui en fait l’un des pays les plus riches d’Europe avec l’un des mix énergétiques les moins carbonés au monde.En somme, cet amendement n’est ni une provocation ni un reniement ; il est simplement le reflet d’une idée qui nous semblait élémentaire : on ne se libère pas d’une dépendance en fermant les yeux, mais en se donnant les moyens d’en sortir. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).