Discours du 11 mai 2026
Maxime Michelet · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°228
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Notre assemblée est saisie d’une proposition de résolution européenne visant à « condamner la dérive illibérale et autoritaire du gouvernement géorgien ». Nous partageons pleinement cette condamnation. Le constat du caractère inachevé de la démocratie géorgienne est unanime, et les atteintes aux droits souverains du peuple géorgien sont documentées.Le rapport final de la mission d’observation électorale de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a ainsi rigoureusement établi que le scrutin législatif du 26 octobre 2024 a été marqué par d’innombrables irrégularités : usage abusif des ressources administratives, couverture médiatique partiale, pressions exercées sur les électeurs.En Géorgie, l’ingérence de la Russie est établie. Et elle est ancienne. Le territoire géorgien est d’ailleurs marqué par deux blessures souveraines : les territoires sécessionnistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud sont occupés par la Russie. Aucun Géorgien ne saurait d’ailleurs oublier les violences qui ont accompagné, en 2008, la crise ossète.La condamnation des violences exercées contre les manifestations pacifiques, contre l’indépendance des médias ou contre la liberté des dirigeants de l’opposition est une condamnation aussi large que légitime parmi les nations d’Europe, comme les considérants de votre proposition de résolution le rappellent.Mais, malheureusement, celle-ci ne se contente pas de condamner. Elle soutient et encourage également le destin européen de la Géorgie, en invitant à « maintenir ouverte la perspective d’adhésion ». Son titre est sans ambiguïté : il s’agit de « réaffirmer notre soutien au destin européen de la Géorgie ». Or nous ne pouvons pas apporter notre appui à la réaffirmation de ce soutien,…
…car nous ne pensons pas que l’avenir de la Géorgie, libre et démocratique, soit au sein de l’Union européenne.Et nous le disons « en Européens » – si vous nous permettez d’employer une de vos expressions favorites, collègues macronistes. En effet, plus l’Union européenne s’élargira, plus sa colonne vertébrale s’affaiblira, plus la cohérence de son projet se diluera, plus les conditions d’effectivité des coopérations dont elle porte l’ambition se fragiliseront. Les derniers élargissements l’ont d’ailleurs démontré. Plus l’Union européenne sera gigantesque, plus la tendance centralisatrice de la Commission européenne se renforcera, et plus le projet européen s’éloignera de celui d’une Europe des nations, telle que nous l’appelons de nos vœux et telle que les peuples de l’Europe la souhaitent. Une Europe sans frontières historiques, géographiques et culturelles est une Europe condamnée à l’usurpation technocratique par Bruxelles.Si notre solidarité est indéfectible avec le vaillant peuple de Géorgie – située dans « l’étranger proche » de la Russie, celle-ci est confrontée, depuis des siècles, aux tourments des périphéries impériales –, il ne saurait en être déduit un droit inaliénable à l’intégration européenne. Ce serait méconnaître l’histoire du Caucase, carrefour multiséculaire d’empires, qui n’est pas une région d’Europe ; ce serait ouvrir la porte à d’innombrables élargissements ; ce serait méconnaître les intérêts des nations d’Europe, au premier rang desquels les seuls intérêts qu’il est légitime de défendre dans cet hémicycle : les intérêts du peuple français.Permettez-nous d’ailleurs de rappeler ici que, si vous soulignez souvent, sinon toujours, l’adhésion supposée des peuples concernés au projet d’intégration européenne, vous semblez toujours méconnaître le droit des peuples européens à consentir à ces élargissements. Or faut-il rappeler dans cet hémicycle que le peuple français a souverainement dit non, le 29 mai 2005, à un traité qui constitutionnalisait la dynamique permanente d’élargissement ? Que sa parole ait été méthodiquement contournée, méconnue et piétinée n’enlève rien à la force de cette dernière prise de parole, qui devrait tous nous obliger.Le groupe Union des droites pour la République ne saurait donc souscrire à la logique infinie de l’élargissement. Refusant cette fuite en avant, qui déstabilise et fragilise le projet européen, il votera contre la présente proposition de résolution. Mais notre message ne souffrira d’aucune ambiguïté, et notre soutien au peuple de Géorgie ne saurait tolérer aucune des malhonnêtetés classiques auxquelles nous sommes habitués, dans cet hémicycle, de la part de ceux qui instrumentalisent de manière tristement politicienne ces grandes causes nationales et démocratiques.La Géorgie est une vieille nation, riche d’un peuple fier et courageux, que nous saluons avec admiration et aux côtés duquel nous nous tenons, dans son combat pour la liberté. À travers son histoire, la Géorgie a survécu à tant d’empires, sans jamais abdiquer son identité, sans jamais renoncer à la lutte pour sa souveraineté. C’est bien parce que nous respectons religieusement la souveraineté des peuples et des nations que nous considérons qu’aucune décision n’engageant durablement l’avenir d’une nation ne saurait être prise sans son consentement explicite. Et tel doit être le cas à Tbilissi, comme à Paris. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).