Discours du 15 juin 2026
Maxime Michelet · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°270
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Le texte proposé à la délibération de notre assemblée est un texte de justice et de réparation qui nous invite au consensus, tant le sujet traité en appelle aux principes fondamentaux de l’humanité.Il propose en effet une dérogation au principe d’inaliénabilité des collections publiques, afin que les restes de six femmes et hommes kali’nas et arawaks, conservés depuis 1897 au Muséum national d’histoire naturelle, puissent sortir de ces collections et être restitués à leur terre d’origine, afin d’y recevoir la sépulture à laquelle ils ont droit et dont ils ont été scandaleusement privés.Si les restes de ces six jeunes gens, dont l’âge varie entre 15 et 25 ans, reposent aujourd’hui à Paris, et non en Guyane, c’est parce qu’ils furent recrutés, sur des prétextes fallacieux, pour participer à des « zoos humains » qu’on qualifiait alors d’expositions ethnographiques – révélateurs d’une conception de l’anthropologie n’ayant rien de scientifique, et tout de raciste. Entre 1877 et 1931, une quarantaine de ces expositions furent organisées en France, principalement au Jardin d’acclimatation. Au total, près de 30 000 hommes et femmes firent l’objet de ces expositions inhumaines en France et en Europe.En 1892, trente-trois Kali’nas et Arawaks, issus de peuples amérindiens guyanais, furent ainsi conduits à Paris. Huit d’entre eux ne survécurent pas au froid de l’hiver européen. Cinq ans après leur inhumation, leurs corps furent exhumés pour être intégrés aux collections anthropologiques du Muséum dans une confusion qui révolte nos consciences.La pratique de ces « zoos humains » constitue un épisode douloureux de notre histoire, qui méconnaît les principes essentiels de la dignité humaine et de la dignité des peuples qui, tous, ont le droit à la préservation de leur intégrité et de leur identité, le droit de vivre sur leur terre et d’y reposer après leur mort selon leurs traditions et leurs coutumes.Aucune raison ne justifie le maintien, dans nos collections nationales, de ces restes humains qui n’auraient jamais dû les intégrer. Parce que notre civilisation place au cœur de sa pensée la dignité de la personne jusque dans la mort – dignité qui se traduit tout particulièrement dans le respect religieux dû aux sépultures –, la présence de ces restes à l’inventaire du Muséum constitue une anomalie qu’il est juste de corriger.Ces restes humains appartiennent à leurs peuples et à leur terre. Ils appartiennent aux Kali’nas et aux Arawaks, peuples vivants qui figurent parmi les nations amérindiennes de Guyane et qui s’attachent à la préservation de leurs langues, de leurs rites et de leurs autorités coutumières. C’est particulièrement le cas des rites funéraires, à travers lesquels se tisse la chaîne des temps, ce lien singulier avec les ancêtres qui détermine l’avenir des peuples.Les peuples kali’na et arawak ayant exprimé le souhait de voir revenir sur leurs terres ces restes humains conservés depuis près de cent trente ans à Paris, il est juste, légitime et nécessaire que la représentation nationale donne suite à cette demande, au regard du respect que toute civilisation digne de ce nom doit avoir pour les défunts.Parce que la loi-cadre du 26 décembre 2023 relative à la restitution de restes humains ne bénéficie qu’aux États étrangers, il nous faut recourir à une loi d’espèce pour déroger à l’inaliénabilité des collections nationales inscrite dans le code du patrimoine et permettre la sortie des collections publiques de restes kali’nas et arawaks à des fins funéraires.Le groupe Union des droites pour la République votera en faveur de cette loi d’espèce, de réparation et de justice, qui témoigne non seulement du respect de nos propres principes, mais aussi d’une forme de courage consistant à regarder en face les épisodes malheureux de notre passé. La France ne se confond pas avec eux, elle ose les affronter !Cette loi témoigne enfin d’un consensus, bâti avec le soutien des chefs coutumiers de Guyane et du Suriname, du grand conseil coutumier et de la collectivité territoriale de Guyane. Après que le Sénat l’a avalisé le 18 mai dernier, il nous appartient de lui donner notre approbation finale pour que son adoption conforme permette, dans les meilleurs délais, la restitution de ces restes humains et la tenue de funérailles trop longtemps attendues. Le vote de cette loi par la représentation nationale manifeste le respect de la France à l’égard de ces peuples.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).