Discours du 6 juillet 2026
Maxime Michelet · Première session extraordinaire 2026 · séance n°4
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Les 24 et 25 juin, la France a connu ses journées les plus chaudes de mémoire météorologique. Pour la première fois depuis que de telles données sont établies, l’indice thermique de ces deux journées s’est établi, pour l’ensemble du territoire, à 30 oC. Le 25 juin, celui des températures maximales affichait 38,5 oC. Certes, le XXIe siècle n’a pas inventé les canicules intenses : la France en a connu d’autres par le passé, en 1420, en 1705…
…ou – cette date plaira à M. Léaument – en 1793. Toutefois, nous sommes désormais confrontés à la récurrence de phénomènes météorologiques extrêmes et personne ne peut nier sérieusement qu’il s’agit d’un effet du dérèglement climatique, lequel menace au premier chef les agriculteurs. Je veux donc commencer mon propos en ayant une pensée pour eux.
Pendant plusieurs jours, la France a suffoqué, avec des salariés terrassés au travail, des aînés abandonnés à la fournaise, des salles de classe surchauffées, des transports en commun devenus invivables. De nouveau, le décrochage de la France s’est rendu manifeste dans notre incapacité d’anticipation et d’adaptation, qu’une surmortalité dramatique est venue sanctionner, notamment à domicile – effet délétère d’une société de solitude.Face à cette canicule exceptionnelle, le gouvernement n’a malheureusement pas été à la hauteur ; les propos stupéfiants tenus par la ministre de la transition écologique suffisent à l’illustrer. Au moment où les Français suffoquaient dans leurs appartements, dans les transports, dans les hôpitaux, dans les écoles ou dans les Ehpad, elle s’est déclarée horrifiée non de notre degré d’impréparation ni des retards accumulés mais du fait qu’innombrables étaient ceux qui réclamaient la climatisation. Au moment où des Français mouraient de chaud, ces propos auraient justifié à eux seuls une démission ; à défaut, peut-être le gouvernement mérite-t-il une censure.Pendant que vous tergiversiez dans vos divergences, d’autres agissaient avec résolution et traçaient le chemin, à l’image du président de notre groupe, Éric Ciotti, qui a lancé un vaste plan de climatisation des écoles de Nice. Cela rappelle utilement que nous ne sommes pas condamnés à l’inaction.Une interrogation pourrait aussi justifier la censure : où sont passés les milliards accumulés grâce à l’instauration de la journée de solidarité ? Depuis la dramatique et meurtrière canicule de 2003, les Français donnent une journée de leur travail à la cause de leurs aînés par le sacrifice du lundi de Pentecôte. Des dizaines de milliards d’euros ont ainsi été collectés en vingt ans. Pourtant, en 2026, les Ehpad et les hôpitaux ne sont toujours pas adaptés aux phénomènes caniculaires et aucun plan de climatisation n’a été déployé en ce sens. Cet argent prélevé sur le travail des Français s’est dilué dans les tuyaux budgétaires décidément percés de l’État.Cependant, si le gouvernement est coupable de l’impuissance accumulée par des décennies d’inaction en matière d’adaptation et d’anticipation, ceux qui souhaitent le faire tomber sont coupables de bien pire. Leur motion de censure est une motion de posture hypocrite où les incendiaires viennent donner des leçons. Collègues écologistes – j’utilise le pluriel puisque vous êtes trois sur vos bancs –,…
…qui a diabolisé des décennies durant toutes les politiques d’adaptation en les caricaturant en politiques de résignation ? C’est vous ! Qui a diabolisé la climatisation pendant vingt ans, au point que nos écoles, nos maisons de retraite et nos hôpitaux en sont dépourvus, alors que l’Espagne, l’Italie ou le Japon en équipent les leurs massivement ? C’est vous !
Plus grave encore, qui a combattu l’énergie nucléaire avec un acharnement idéologique jamais démenti pendant quarante ans ? C’est encore vous, et ce, alors même qu’elle permettrait de déployer la climatisation dans notre pays sans encourir les risques de pollution qui lui sont attachés et que, surtout, cette énergie constitue l’un des plus puissants leviers d’adaptation au dérèglement climatique et la solution alternative aux énergies fossiles la plus solide !
Vos homologues d’outre-Rhin sont responsables de la réouverture des centrales à charbon en Allemagne, décidée pour permettre la fermeture des centrales nucléaires ; quant à vous, vous portez la responsabilité de la fermeture de Fessenheim, laquelle a entraîné l’émission de millions de tonnes de gaz à effet de serre supplémentaires – même s’il faut reconnaître qu’en la matière, vous avez reçu l’aide précieuse d’Édouard Philippe.Votre idéologie et vos dogmes, qu’ils soient défendus par vous et vos amis ou par un centrisme impuissant à leur résister, ont fait perdre à la France une décennie entière et porté un coup fatal à sa souveraineté énergétique et à sa capacité à peser en Europe et dans le monde.
Le sabordage du secteur nucléaire est en effet celui de notre capacité souveraine de s’adapter aux dérèglements climatiques et de peser sur le plan international. Comment osez-vous donner des leçons quand vous comptez dans vos rangs une députée qui s’est ouvertement enorgueillie d’avoir trahi le mandat du gouvernement dont elle faisait partie afin d’exclure l’énergie nucléaire des technologies propres ? L’histoire ne l’oubliera pas.
Depuis trop longtemps, vos dogmes sont des boulets pour la France. Votre idéologie n’a cessé de l’affaiblir dans le concert des nations, puisqu’un pays qui sacrifie les outils de sa souveraineté énergétique et industrielle se condamne à l’impuissance face aux grands pollueurs des empires d’Amérique ou de Chine. Depuis des décennies, vous essayez de faire croire que la France pouvait sauver le monde en se sacrifiant sur l’autel de vos folies décroissantes.Or les chiffres sont têtus : la Chine représente aujourd’hui à elle seule 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, les États-Unis pèsent pour 11 %, l’Inde en représente près de 8 % et la France, moins de 1 %. L’évolution de ces émissions est plus éloquente encore : il y a trente ans, la Chine pesait pour environ 12 % des émissions mondiales et la France, pour environ 1,5 %. Depuis, les émissions chinoises ont explosé de plus de 300 %, portant la part de Pékin à près du tiers du total planétaire, tandis que la France réduisait les siennes de 32 % et voyait sa part fondre de moitié. En trente ans, la Chine a ainsi accru ses émissions annuelles de 12 milliards de tonnes, plus de trente fois ce que la France émet en une année entière.
Chaque année donc, la seule croissance chinoise efface plus que des décennies d’efforts consentis par la France. Comme d’autres ont pu croire par le passé dans la fable du socialisme dans un seul pays, vous avez vendu au peuple français la fable tout aussi dangereuse de l’écologie dans un seul pays. Pour ce faire, faute de savoir jamais gagner une élection, vous avez imposé votre idéologie mortifère dans toute la structure administrative de notre pays…
…par un entrisme implacable que Léon Trotski n’aurait pas désavoué.
Pendant que vous imposiez aux Français la décroissance, les normes, les interdictions, la désindustrialisation, pendant que nos usines fermaient pour ouvrir ailleurs en polluant plus, la Chine ouvrait des centrales à charbon par dizaines, les États-Unis s’affranchissaient de leurs engagements et les pays émergents augmentaient leurs émissions. À ce cheval de Troie idéologique, le climat n’a rien gagné…
…et la France a tant perdu : ses emplois industriels, son indépendance énergétique, sa souveraineté face à un monde toujours plus dangereux et toujours plus pollué.Une écologie sérieuse, une écologie des réalités, une écologie de souveraineté, cela existe pourtant. C’est le nucléaire assumé et relancé ; c’est l’adaptation réelle et sans dogmatisme des bâtiments et des infrastructures ; c’est la protection des agriculteurs plutôt que leur mise à mort réglementaire ; c’est l’innovation scientifique plutôt que l’interdiction dogmatique ; c’est l’exigence de réciprocité vis-à-vis des grands pollueurs, que nous ne pouvons obtenir qu’en consolidant notre marché intérieur par la défense résolue du pouvoir d’achat de nos compatriotes. Voilà l’écologie d’adaptation et de souveraineté que le bloc national défend et que le peuple français attend !
Monsieur le premier ministre, j’en reviens à vous, puisque la censure vous concerne. Renverser votre gouvernement est toujours tentant pour les opposants résolus à vos politiques que nous sommes, mais la motion de censure qui nous est présentée se propose de remettre les clés du pays à ceux-là mêmes qui l’ont désarmé énergétiquement, industriellement, moralement, souverainement. Or jamais nous ne consentirons à cela, car un bolchevik repeint en vert est toujours un bolchevik. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.) Le groupe UDR ne mêlera donc pas ses voix à la manœuvre hypocrite d’une force politique qui instrumentalise la cause climatique pour prôner l’anticapitalisme. Nous donnons rendez-vous au peuple français…
…les 18 avril et 2 mai 2027, pour un grand acte de censure populaire et pour rappeler une bonne fois pour toutes aux idéologues de gauche que la France se passe volontiers de leurs leçons. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).