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Discours du 20 juillet 2026

Mélanie Thomin · Première session extraordinaire 2026 · séance n°22

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Ce soir, un 20 juillet, alors que nous subissons l’été le plus caniculaire de notre histoire climatique, vous nous présentez une loi qui rallume toutes les fractures, et surtout, qui passe à côté des véritables urgences agricoles. Ce soir, le premier ministre Sébastien Lecornu brille par son absence. Pourtant, en janvier dernier, c’est lui qui prenait l’engagement d’une loi d’urgence pour répondre à la détresse du monde agricole.Dans sa lettre ouverte du 7 mai dernier, Sébastien Lecornu promettait de ne pas rouvrir le sujet des pesticides, « pour éviter », je cite, « de bloquer et de prendre en otage l’ensemble des mesures urgentes présentes dans le projet de loi du gouvernement ».Quelques jours plus tard, sous la pression et le chantage du rapporteur Duplomb, la commission mixte paritaire a permis la réintroduction des néonicotinoïdes. Elle a validé la dérégulation environnementale et la remise en cause de la gouvernance locale de l’eau. (M. Pascal Lecamp applaudit.)Dans une totale improvisation, le premier ministre a fini par convoquer à Matignon cet après-midi les groupes du socle commun. Verdict : le gouvernement ne déposera pas d’amendement de suppression sur les pesticides. Quel manque de courage ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Pascal Lecamp applaudit également.)En fuyant vos responsabilités, vous avez transformé ce projet de loi d’urgence en loi Duplomb puissance 10. Quel échec ! Quelle dérive vertigineuse ! (Mêmes mouvements.)Avec le groupe Socialistes et apparentés, nous avons toujours été très clairs : aucune réintroduction de produits phytosanitaires. La santé humaine, la santé des sols, la biodiversité n’ont pas de prix et de valeur économique.Madame la ministre, vous avez menti à la tribune.

Vous créez un régime dérogatoire des autorisations de mise sur le marché traditionnelles, en respectant vos conditions, à savoir celles fixées par le politique et votre décret. C’est écrit : l’Anses devra permettre la dérogation sous deux mois. Aucune solution alternative n’est prévue.Nous défendons une agence totalement indépendante qui procède elle-même à une évaluation scientifique libérée de toute pression politique. Vous êtes en train de mettre les scientifiques sous tutelle : vous affaiblissez bel et bien leurs prérogatives. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EcoS.)Madame la ministre, pendant que vous enfermez le débat agricole dans un affrontement autour d’une molécule, les exploitations font face à une urgence bien plus pressante. Les agriculteurs nous parlent de trésoreries qui ne tiendront pas jusqu’à la fin de l’année, de rendements compromis par la sécheresse, d’enfouissement de leur cheptel, de fourrages qui manquent, de banques absentes. L’urgence commanderait que vous soyez à Bruxelles (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC et EcoS) pour lutter contre les concurrences déloyales, obtenir des aides exceptionnelles, un fonds d’allègement des charges. Certains agriculteurs se demandent comment survivre les trois prochains mois.Pour ce qui est du revenu, c’est la grande illusion. Les masques tombent. Exit les trois articles socialistes sur le partage du revenu agricole, le renforcement des sanctions, la transparence des marges à l’égard des industriels et de la grande distribution. Nous l’avions arraché pour les agriculteurs ; vous l’avez balayé pour sauver les profits des géants de l’agro-industrie.L’article 21 sur le tunnel prix ? Le groupe Socialistes et apparentés a été précurseur de cette mesure plébiscitée par l’ensemble des syndicats agricoles. En la conditionnant à un avis conforme des interprofessions, vous la sabordez ! Si les industriels veulent à ce point le supprimer, c’est sans doute qu’ils savent qu’il peut réellement protéger le revenu des producteurs. Depuis plusieurs jours, ces grands groupes nous écrivent. Ils demandent la suppression de toutes les dispositions sur le volet du revenu agricole.Par la faiblesse de vos arbitrages, madame la ministre, vous épousez leur dogme et les agriculteurs restent bel et bien la variable d’ajustement des lois du marché. Une fois de plus, les multinationales vous remercient ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.)Pour ce qui est de l’eau, notre position est claire. Nous sommes favorables à son stockage lorsque celui-ci répond à un besoin établi, mais jamais dans une logique d’accaparement : les retenues doivent relever d’une maîtrise publique et d’une concertation entre tous les usages.Même après le passage en CMP, malgré les vives inquiétudes des associations d’élus et de nombreux acteurs économiques, vous rétrogradez les commissions locales de l’eau, vous permettez aux préfets de déroger aux schémas locaux de gestion des eaux. Pourtant, ce sont les collectivités qui financent les réseaux d’eau potable, l’assainissement, la protection des captages, la gestion des pénuries. Nous assistons à un risque avéré de privatisation de la ressource.Vous fragilisez aussi les captages et les zones humides, ces éponges naturelles qui stockent l’eau, alimentent les nappes, atténuent les sécheresses. En rompant cet équilibre, vous ne cesserez d’alimenter les conflits.La bataille pour notre agriculture est économique, climatique et européenne. Pourtant, jamais la voix de la France n’a semblé aussi faible à Bruxelles que sous les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron.Parce que ce texte ne répond ni à l’urgence du revenu ni à celle du climat, le groupe Socialistes et apparentés votera contre. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

Le point soulevé par le RN nous éclaire parfaitement sur les intentions du gouvernement.

Tout à l’heure, le rapporteur Dive a dit ne vouloir que « la science, rien que la science ». Mais nous en sommes loin ici puisque nous avons affaire à un petit arrangement entre amis, entre un rapporteur au Sénat, M. Duplomb, et quelques dirigeants d’organisations du monde agricole. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC, LFI-NFP, EcoS et GDR.) On ne laisse pas l’Anses jouer son rôle d’autorité scientifique complètement et strictement indépendante puisqu’on la charge d’organiser la dérogation. (Exclamations sur quelques bancs du groupe RN.) Notez la nuance !C’est là qu’est le piège et c’est là que se trouve l’incompréhension. En proclamant « la science, rien que la science », vous trompez un grand nombre de parlementaires, madame la ministre ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC et EcoS.) Si l’Anses doit autoriser les dérogations dans un délai de deux ou six mois, cela signifie que l’objectif est bien de réintroduire les deux néonicotinoïdes interdits. Il n’y a donc pas d’alternative : vous souhaitez réintroduire les deux pesticides interdits. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC, LFI-NFP, EcoS et GDR.)

Par ailleurs, vous êtes en train de mettre les scientifiques sous tutelle en affaiblissant leurs prérogatives. Le groupe socialiste est profondément attaché à l’autorité scientifique, pleine et entière, et il rejette votre marchandage avec le rapporteur Duplomb ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC, Ecos et LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe Dem.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).