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vie-politique.fr

Discours du 23 janvier 2025

Mélissa Camara · Grandes interpellations (débat)

Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, chers collègues, barrières, barbelés, divisions. Là est l'obsession d'une partie de la classe politique européenne. Partout où des États ont dressé des murs, ils n'ont semé que souffrance et désespoir. Aujourd'hui, une soixantaine de murs parsèment le globe de cicatrices de béton. Depuis une vingtaine d'années, les barrières physiques se multiplient aux frontières de l'Union européenne, en Hongrie, en Espagne, en Grèce, en Bulgarie. Ce sont désormais 13 % des frontières terrestres de l'Union européenne qui sont clôturées.

Les murs, donc, comme seule perspective politique, partout. Regardez ce mur entre les États-Unis et le Mexique érigé sous Bush, toujours plus haut sous Trump, plus de 1 000 kilomètres d'acier et de méfiance. Ce mur que, chaque année, des centaines de milliers de personnes cherchent à franchir, poussées par l'espoir d'une vie meilleure. Et ici, en Europe, c'est la même histoire. Ceuta et Melilla, par exemple. Une porte close, des regards détournés. Ces barrières ne résolvent rien. Elles brisent des vies, elles éteignent les rêves et tuent. Souvenons-nous du 24 juin 2022 à Melilla: le gaz lacrymogène, les balles en caoutchouc, des migrants piégés entre les clôtures, blessés, abandonnés, sans soins... 23 vies fauchées. Et combien d'autres en Europe?

Les murs n'arrêtent pas les pas. Ils allongent les routes. Ils poussent les exilés vers des chemins plus périlleux où l'ombre de la traite les guette. Les murs ne stoppent pas non plus les catastrophes humanitaires et climatiques, les guerres, les persécutions qui ont lieu partout dans le monde. Je l'ai dit hier dans une autre intervention et je souhaite le rappeler aujourd'hui: personne ne quitte son pays, ses repères, sa famille et ses proches par choix. Les murs ne protègent pas, ils séparent, ils creusent des fossés entre les peuples. Ils nourrissent la peur et la haine.

Puisque les murs ne suffisent pas, désormais, des caméras, des drones de surveillance et tout un arsenal numérique sont déployés aux frontières de l'Europe. Mais les gens continueront d'essayer. Leur permettre de franchir les frontières n'est ici qu'une question d'humanité et de solidarité.

Cette Europe forteresse n'est pas la mienne. Mon Europe est celle d'un accueil digne et inconditionnel, celle des droits humains et de l'égalité. Jamais nous n'accepterons la surenchère des moyens sécuritaires contre les personnes exilées, comme la droite et l'extrême droite de ce Parlement le réclament. Des milliards qui partent en fumée chaque année, pour quelle protection? Pour quel résultat, sinon la mort et le désespoir? Cessons enfin l'apathie morale. L'Europe doit choisir l'humanité, la solidarité, les ponts et refuser les murs.

Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.