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Discours du 15 juin 2026

Mereana Reid Arbelot · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°270

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Ia ora na, bonjour à tous ! Le texte que nous examinons aujourd’hui raconte une histoire douloureuse. Il nous invite à regarder en face une réalité longtemps reléguée aux marges du récit national : les violences de la colonisation et leurs conséquences encore présentes dans les mémoires de nos territoires ultramarins.L’entreprise coloniale a d’abord été une conquête de nos espaces de vie. Nos îles, nos terres et nos océans ont été occupés, administrés, exploités. On s’est approprié des territoires habités depuis des siècles au nom d’une prétendue mission civilisatrice. Puis vint la conquête des esprits. On a enseigné aux peuples colonisés que le statut et les conditions de vie qu’on leur imposait étaient normaux, parfois même bénéfiques. On leur a expliqué que leurs cultures, leurs langues, leurs savoirs et leurs traditions valaient moins que ceux du colonisateur. Cette domination intellectuelle et culturelle a laissé des marques profondes. Aujourd’hui encore, nos sociétés en portent les séquelles. Enfin, la colonisation s’est emparée des corps : des hommes et des femmes furent exploités pour servir les intérêts économiques de l’empire. Ils furent déplacés, déracinés, privés de liberté et de dignité jusqu’à être exhibés comme des curiosités. À la fin du XIXe siècle, alors que les puissances coloniales cherchaient à mettre en scène leur pouvoir, elles organisèrent des expositions et exhibèrent des milliers de personnes comme si elles étaient des êtres de spectacle. Leur humanité fut niée, leur culture transformée en décor ; leur existence devint un objet de curiosité.C’est dans ce contexte que s’inscrit l’histoire des Kali’nas et des Arawaks. L’histoire de ces deux peuples autochtones remonte à une époque antérieure aux frontières héritées de la colonisation. Bien avant l’installation des Européens sur les berges de l’Amérique du Sud au XVIIe siècle, les Kali’nas et les Arawaks vivaient librement sur un territoire qui s’étendait bien au-delà des limites administratives actuelles. Ce qui apparaît aujourd’hui comme une zone frontalière était alors le centre de leur monde. Malgré les violences de l’histoire et les siècles de domination coloniale, ils résistent. Ils préservent leurs langues, leurs traditions et leur identité.Mais en 1892, leur histoire connaît un nouvel épisode tragique : trente-deux Kali’nas et Arawaks sont emmenés depuis la Guyane jusqu’à Paris pour être exhibés au Jardin d’acclimatation. Des milliers de visiteurs viennent les observer, les photographier, les scruter et les étudier. On leur demande de reproduire devant le public parisien l’image exotique de leur vie quotidienne. Arrivés en plein hiver, plusieurs tombent malades ; huit d’entre eux meurent de froid et de maladie. Même après leur mort, l’injustice et l’horreur continuent : leurs corps ne sont pas restitués à leurs familles mais rejoignent les collections scientifiques françaises et demeurent jusqu’à aujourd’hui dans les réserves du Muséum national d’histoire naturelle. Privés de rites funéraires, privés du deuil auxquels ils ont droit depuis plus d’un siècle, ces ancêtres attendent de rentrer chez eux.Cette histoire aurait pu rester enfouie dans les archives de nos institutions si des descendants n’avaient pas refusé l’oubli. Je veux rendre un hommage particulier à Corinne Toka-Devilliers, descendante de Moliko, qui a consacré des années de sa vie à reconstituer l’histoire de ces femmes, hommes et enfants. Elle a redonné une identité à celles et ceux que l’histoire avait réduits au silence. Sans son engagement et celui de l’association Moliko Alet+Po, nous ne serions probablement pas réunis aujourd’hui pour adopter définitivement ce texte. Je salue également mon collègue Jean-Victor Castor, qui mène ce combat depuis plusieurs années avec une détermination exemplaire.Cette proposition de loi est l’aboutissement d’un long travail qui interroge notre rapport à l’histoire, notre capacité collective à reconnaître les violences commises au nom de la colonisation et notre volonté de faire vivre concrètement les principes de dignité et de respect que la République proclame. Une nation est plus forte lorsqu’elle assume toute son histoire, avec ses parts de lumière et d’ombre. Assumer ne signifie pas condamner les générations d’aujourd’hui pour les actes de celles d’hier, mais regarder les faits avec lucidité, reconnaître les souffrances, réparer lorsque cela est encore possible et avancer. La restitution n’effacera pas les humiliations subies, ne guérira pas pleinement les blessures transmises de génération en génération ; mais il s’agit d’un geste de justice, de réparation, de dignité et d’humanité. Ce texte ouvrira la voie à d’autres démarches de restitution et de reconnaissance pour les peuples ultramarins dont les ancêtres attendent encore de retrouver leur terre. Pour toutes ces raisons, le groupe GDR votera évidemment en faveur de ce texte. Je vous remercie, mauruuru. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS ainsi que sur quelques bancs des groupes SOC et Dem.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).