Discours du 2 avril 2026
Naïma Moutchou · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°191
Il arrive dans l’histoire de la République que le Parlement soit placé devant une responsabilité toute particulière. Alors, il ne peut pas se dérober : il doit dire clairement ce qu’il décide, ce qu’il respecte de la parole donnée et ce qu’il veut pour un territoire. Nous sommes à cet instant précis pour la Nouvelle-Calédonie. Il est 11 heures pour nous à Paris. Il est 20 heures pour les Calédoniens. La journée se termine pour beaucoup d’entre eux et, sans surprise, ils tournent le regard vers nous, vers cet hémicycle. Certains m’ont encore écrit, il y a quelques jours, pour me dire : « Je regarderai ce que vous allez dire. » Les Calédoniens nous écoutent et c’est bien normal. Ils veulent savoir si nous avons pris la mesure ici de ce qui se passe là-bas. Ils veulent comprendre ce que, dans les prochains jours, nous allons décider pour eux.Il faut bien mesurer ce qu’il y a derrière cette attente. La Nouvelle-Calédonie n’est pas un territoire comme les autres. Son histoire est complexe et elle est lourde. Elle est faite d’avancées, mais aussi de drames. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces dernières années ont été particulièrement éprouvantes pour les Calédoniens. Il y a eu les référendums, il y a eu les blocages, il y a eu les violences du mois de mai 2024, et tout cela a profondément marqué le territoire. Tout cela a installé un doute, celui de savoir si la Nouvelle-Calédonie pouvait encore avancer. Voilà d’où nous partons.Si nous sommes enfin réunis ici ce matin, ce n’est pas pour engager une simple réforme, c’est parce que, depuis des mois, des femmes et des hommes ont essayé de rouvrir un chemin là où beaucoup ne voyaient plus qu’une impasse. Ce chemin a un nom : Bougival. Bougival, c’est d’abord un moment politique. Après des mois de rupture, c’est le moment où tous les responsables calédoniens – tous – ont accepté de revenir autour d’une table, de se reparler, de se confronter dans leurs opinions pour aboutir à un accord de compromis.En Nouvelle-Calédonie, ce que je viens de vous décrire compte beaucoup, parce que ça ne va jamais de soi. Revenir autour d’une table après ce qui s’est passé, ce n’est pas rien. Faire des concessions qui n’étaient pas évidentes dans un territoire encore traversé par les blessures, ce n’est pas rien. Accepter un compromis quand on porte des histoires, des fidélités, des mémoires et parfois des incompatibilités profondes, ce n’est pas rien. Là-bas, on ne rassemble pas par facilité, on ne revient pas discuter pour le confort de la discussion, mais parce qu’on sait ce que coûte le face-à-face. C’est d’abord ça, Bougival : la réouverture tant attendue d’un espace politique commun. Je tiens à saluer le travail qui a été engagé par mon prédécesseur Manuel Valls et par tous ceux qui, avant lui, ont œuvré pour rendre ce moment possible.Disons-le d’emblée : ce que vous avez entre les mains, ce n’est pas un texte parfait et ça ne peut pas l’être, par nature. C’est le résultat d’un équilibre entre des visions différentes de l’avenir du territoire, entre ceux qui aspirent à l’indépendance et ceux qui veulent le maintien dans la République. En Nouvelle-Calédonie, précisément, c’est comme ça que l’on avance. Aucun des grands compromis calédoniens n’a jamais été parfait. Ni Matignon-Oudinot ni Nouméa. Tous ont été critiqués. Tous ont été contestés. Tous ont été jugés insuffisants par les uns ou excessifs par les autres. Et pourtant, tous ont eu une vertu essentielle : ils ont permis aux Calédoniens, à un moment de tension, de sortir du blocage et de se projeter.Voilà ce qu’il faut regarder. Je ne suis pas en train de vous dire que l’accord de Bougival serait de même nature que les grands accords qui l’ont précédé.
Je ne confonds pas les moments de l’histoire. Je ne cherche pas les comparaisons faciles, mais je dis qu’il y a entre eux une même exigence d’esprit : l’esprit de responsabilité, l’esprit qui consiste à préférer un chemin imparfait à une impasse certaine. Cet esprit-là, Michel Rocard l’a porté. Cet esprit-là, Lionel Jospin l’a porté. Ce n’était pas l’esprit du confort, ce n’était pas plus l’esprit de la pureté, c’était l’esprit de ceux qui savent qu’en Nouvelle-Calédonie, on n’avance jamais par les slogans, mais par des équilibres fragiles, difficiles, discutés et parfois douloureux, mais nécessaires.Parlons donc de Bougival comme il faut en parler, sans le caricaturer, sans le mépriser, sans faire comme s’il ne contenait rien. Bougival, ce n’est pas une construction inventée à Paris, ni un engagement administratif. C’est le fruit des discussions des forces politiques calédoniennes, qui partent d’un constat simple. Le cycle référendaire prévu par l’accord de Nouméa est arrivé à son terme. Les trois consultations ont eu lieu. Elles ont produit un résultat. Par trois fois, le non à l’indépendance l’a emporté.
Mais elles ont abîmé le territoire en le clivant davantage en deux camps et elles n’ont pas, à elles seules, stabilisé le territoire.Un nouveau cadre est proposé. C’est la reconnaissance d’un État de la Nouvelle-Calédonie dans la Constitution. C’est la reconnaissance d’une nationalité calédonienne qui coexiste avec la nationalité française. C’est la possibilité d’un transfert progressif des compétences régaliennes – sécurité, justice, monnaie, défense – sous des conditions de majorité qualifiée au Congrès et d’approbation de chaque transfert par les Calédoniens. Il ne s’agit pas de verrous, comme je l’ai entendu, mais de garanties démocratiques fortes, compte tenu de la nature des compétences transférées. En effet, transférer des compétences régaliennes n’est jamais un acte anodin. Cela engage la souveraineté, l’organisation de la justice, la sécurité et les équilibres financiers. Il est donc normal que la procédure soit exigeante. Elle assure que toute évolution ne pourra intervenir qu’à l’issue d’un choix clairement assumé, partagé et validé démocratiquement. C’est la création d’une loi fondamentale pour consacrer la capacité d’auto-organisation du territoire. C’est un processus d’autodétermination renouvelé et inédit, qui rompt avec le face-à-face pour proposer de construire des majorités élargies. Ce sont des avancées majeures. C’est le pari de la confiance entre les communautés.L’étape Élysée-Oudinot de janvier dernier s’inscrit dans ce prolongement. À l’invitation du président de la République, cette séquence a permis de consolider plusieurs points qui appelaient des clarifications à la demande des partenaires eux-mêmes. Sur l’identité d’abord, avec une chose claire : la reconnaissance de l’identité kanak comme socle fondamental, pleinement assumé et pleinement inscrit. Sur l’équilibre institutionnel ensuite, en réaffirmant le rôle essentiel des provinces pour le développement économique, dans un cadre garantissant la cohérence d’ensemble et la solidarité entre les territoires.Et puis, il y a le concret. Les partenaires calédoniens ont souhaité aller plus loin en complétant le pacte de refondation économique et sociale. Ce pacte incarne la volonté du premier ministre de soutenir le redressement du territoire. Il est structuré, financé et assumé. Près de 2 milliards d’euros sur la période 2026-2030, dans un contexte budgétaire que chacun sait contraint : c’est un engagement clair et fort de l’État, parce que notre priorité, c’est la relance. Dès cette année, et sans attendre, plus de 1 milliard d’euros seront investis pour recréer de l’activité et de l’emploi, avec des baisses d’impôts, des garanties bancaires et des outils de défiscalisation pour les entreprises touchées, pour investir dans les infrastructures dont le territoire a besoin, pour soutenir la filière nickel qui est au cœur de l’économie calédonienne, pour aider la jeunesse, avec des dispositifs d’engagement et d’insertion, pour redresser les finances publiques en évitant l’asphyxie de l’endettement et, enfin, pour faire face à l’urgence sociale, parce qu’il y a des situations qui ne peuvent pas attendre.Voilà la réalité de ces textes : un cadre politique, des équilibres clarifiés et des moyens derrière. Avec Bougival, complété par Élysée-Oudinot, la Nouvelle-Calédonie peut à nouveau marcher sur ses deux jambes, institutionnelle et économique. Le minimum de respect que nous devons à cet effort des partenaires calédoniens, c’est au moins le débat : nous ne pouvons balayer ce texte d’un revers de main avant même d’en avoir débattu sérieusement. Depuis quand l’Assemblée nationale, qui a si souvent eu pour rôle de prendre le relais des compromis trouvés sur le terrain, considérerait-elle qu’elle n’a plus à assumer cette responsabilité ?
Je tiens à parler clairement à chacun. À ceux qui expliquent qu’il faudrait attendre encore, je demande : attendre quoi ? Que les positions se rapprochent toutes seules ? Que les blessures se referment d’elles-mêmes ? Que l’incertitude institutionnelle finisse par produire la stabilité ? Personne n’y croit.
À ceux qui disent qu’il faudrait tout reprendre à zéro, je demande : avec qui ? Sur quelle base ? Dans quel calendrier ? Avec quelle garantie de succès ? Là aussi, personne ne répond. À ceux qui s’apprêtent à voter la motion de rejet, je veux dire ceci : sur un sujet comme le dossier calédonien, une motion de rejet, ce n’est pas un simple vote de désaccord. C’est le refus même du débat.
C’est la décision de fermer la porte avant même d’avoir regardé ceux qui l’ouvrent. C’est dire que l’Assemblée nationale ne veut même pas aller au fond. Prenons garde que cette motion de rejet, si elle était votée, ne soit pas prise par nos compatriotes de Nouvelle-Calédonie comme une forme de mépris à leur égard, à l’égard des partenaires politiques engagés et de tous ceux d’entre eux qui attendent des réponses de la représentation nationale.À ceux qui ont organisé l’obstruction, je répète ce que j’ai déjà dit en commission et que j’assume : vous jouez dangereusement avec des allumettes et ça, c’est irresponsable.
Plus de 3 000 amendements ont été déposés – et quand je dis 3 000 amendements, je précise qu’il n’y a pas 3 000 idées, parce qu’il n’y a pas une seule ligne claire. Ces 3 000 amendements ont été déposés pour bâillonner la représentation nationale. Pourquoi ? Parce que vous n’essayez même plus de convaincre dans cet hémicycle. Vous cherchez à épuiser et à saturer. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
Vous êtes une opposition qui bloque tout parce qu’elle n’a plus rien d’autre à faire que détruire. À chaque texte important, c’est désormais la même méthode : bloquer. Cette attitude est révélatrice de ce que vous êtes devenus : des saboteurs. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
On a le droit de contester. On a le droit de combattre un texte. Mais empêcher le débat comme vous le faites, il faut que chacun en mesure la portée : ce n’est pas neutre, parce que derrière ce texte, il y a un processus, et derrière ce processus, il y a un territoire, et dans ce territoire, il y a près de 300 000 femmes, hommes et enfants qui attendent des réponses.
La Nouvelle-Calédonie, ce n’est ni un théâtre de tactiques parlementaires ni un terrain d’essai de démonstrations idéologiques. La Nouvelle-Calédonie mérite mieux que ça. Encore une fois, ce texte n’impose pas un avenir à la Nouvelle-Calédonie contre les Calédoniens, il crée précisément les conditions pour que ceux-ci puissent eux-mêmes se prononcer. Je tiens à insister sur ce point, puisqu’il est au cœur du projet de loi constitutionnelle : l’article 1er ouvre la possibilité d’une consultation, autrement dit, la possibilité d’un choix démocratique.
Le cœur des évolutions qui sont prévues par le texte n’entrera en vigueur que si les Calédoniens eux-mêmes l’acceptent. Je pose donc la question : qui dans cet hémicycle peut vouloir empêcher ça ?
Qui peut dire, la main sur le cœur, qu’il défend le peuple, la consultation et l’expression démocratique et, dans le même mouvement, refuser à la population concernée le droit de se prononcer sur son propre avenir institutionnel ? Aucun républicain, aucun démocrate sincère ne devrait pouvoir assumer cela à la légère.
Nous avons ensemble une grande responsabilité : être à la hauteur de la Nouvelle-Calédonie, être à la hauteur de ce qu’elle vient de traverser et être à la hauteur de ceux qui, là-bas, ont accepté de prendre des risques. Parce qu’il faut le dire clairement : signer l’accord de Bougival, puis continuer à le soutenir alors même qu’il est contesté, ce n’est pas confortable. Ce n’est pas facile. Aujourd’hui, cinq forces politiques sur six tiennent cette ligne. Des indépendantistes, avec l’UNI-Palika – Union nationale pour l’indépendance-Parti de libération kanak –, des centristes et des progressistes, avec Éveil océanien et Calédonie ensemble, et des non-indépendantistes, avec le Rassemblement et les Loyalistes.
Ils ont choisi de tenir, de ne pas rompre. Ils ont choisi de continuer à avancer depuis le 12 juillet dernier, date de la signature de l’accord de Bougival, malgré les pressions et malgré les critiques. Je veux leur rendre hommage.Je veux dire un mot en particulier pour les responsables de l’UNI-Palika, qui nous regardent aujourd’hui depuis la tribune de cet hémicycle. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.) Leur engagement compte. Leur lucidité, tout autant que leur courage, compte. Parce que dans cette histoire, l’avenir ne reviendra pas à ceux qui crient le plus fort ou à ceux qui bloquent tout. Il reviendra à ceux qui prennent des risques pour leur territoire. Je l’ai toujours dit parce que j’en suis convaincue : l’avenir appartient aux courageux.
Et ceux-là, aujourd’hui, sont à la hauteur. Je suis prête, à la disposition de la représentation nationale, à répondre à toutes vos interrogations, sur le report des provinciales et la date choisie, sur le calendrier, sur le rôle des provinces, sur la loi organique dont les travaux ont débuté à Nouméa, sur la manière de sécuriser encore l’accord, si besoin.Mesdames et messieurs les députés, nous ne sommes pas au terme du processus. Il y aura encore des étapes. Il peut y avoir des ajustements et des discussions. Votre vote aujourd’hui n’est pas un point final. C’est un point de départ. Alors, que voulons-nous faire ? Est-ce que nous voulons fermer une porte, au risque de tout figer ? Ou est-ce que nous décidons de laisser vivre un processus ? Parce qu’en Nouvelle-Calédonie, l’alternative à un processus politique ouvert n’est jamais l’attente, mais l’incertitude. Et l’incertitude, là-bas, vous le savez, fragilise toujours la paix civile.Ne prenez pas le risque d’enterrer des compromis acquis de haute lutte. N’étouffez pas la seule dynamique politique à l’œuvre. Donnez une chance à ce processus. Parce qu’en Nouvelle-Calédonie, lorsqu’un chemin s’ouvre, même étroitement, la responsabilité de la République n’est pas de le refermer avant l’heure. C’est de lui permettre qu’il soit éprouvé par la démocratie, ici même. N’oublions pas que derrière ce texte, il y a des visages et des vies. Les Calédoniens nous écoutent : apportons-leur la seule réponse qui leur ouvre enfin des perspectives. Pour eux, mesdames et messieurs les députés, votez le projet de loi constitutionnelle ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)
Quelques mots pour vous convaincre de ne pas adopter cette motion de rejet, eu égard aux propos du député Tjibaou et aux expressions publiques de certains, entendues ces derniers jours.Si elle était adoptée, cette motion aurait une conséquence très simple et très lourde : nous ramener au point mort. Il faut le dire clairement. Elle nous ramènerait des années en arrière, et ce serait tout sauf une bonne nouvelle pour le territoire.
Si vous rejetez ce texte, alors je dois poser la question que tous les Calédoniens se posent : que proposez-vous à la place ?
Le vide politique n’est pas un scénario acceptable et vous le savez ; c’est même un danger, demain, pour les Calédoniens. Que proposez-vous concrètement à la Nouvelle-Calédonie dès aujourd’hui ?
Quel cadre ? Quelle méthode ? Quelle issue ? Quelles perspectives ?
Car tout ne s’arrête pas là, avec le vote d’une éventuelle motion de rejet : tout cela rejaillit sur le quotidien des Calédoniennes et des Calédoniens. Si vous rejetez ce texte, comment évitez-vous l’enlisement ?J’ai entendu parler de l’accord de Kanaky. Que propose-t-il concrètement ? L’indépendance, toute l’indépendance et rien que l’indépendance. Ce n’est pas ce qu’on appelle un compromis. C’est une rupture. Vous le savez, personne n’est en mesure d’en assumer les conséquences. Personne.J’ai entendu parler de l’accord de Deva. Cet accord n’a jamais existé. Il n’a jamais été ne serait-ce qu’une idée partagée et assumée collectivement par les partenaires calédoniens.Ni Kanaky ni Deva ; il n’y a pas d’autre accord, pas d’alternative en dehors de l’accord de Bougival qui, lui, est bien un texte de compromis qui réunit et engage des indépendantistes, des non-indépendantistes, des centristes, des progressistes du territoire, soit cinq des six forces politiques de Nouvelle-Calédonie. C’est un fait qui ne peut pas être balayé d’un revers de main.
Bougival est bien un point de passage.Rejeter, c’est facile ; c’est construire, malgré les pressions, qui est une épreuve.Il y a ceux qui invoquent l’absence du FLNKS dans l’accord de Bougival. Je l’entends. (« Ah ! » sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mais regardons les choses en face. Dès le premier jour, et dans la continuité de mes prédécesseurs, ma méthode a toujours été la même : la transparence, le dialogue, l’information de tous. Ma porte n’a jamais été fermée. Tous les sujets ont été mis sur la table sans aucun tabou. Il n’y a pas eu de discussion cachée ni de texte imposé. Les nombreux temps d’échanges ont toujours permis de garder un dialogue ouvert.Dire que l’absence du FLNKS justifierait de tout arrêter, c’est inverser les responsabilités. Ce n’est pas en faisant tomber le seul cadre politique qui existe, ce n’est pas en cassant le seul point d’équilibre, que l’on recréera du dialogue. Ça n’a pas de sens.Je veux le dire clairement, parce que chacun doit prendre ses responsabilités. Le FLNKS a signé. Une signature, ça compte. Ça engage. On ne peut pas faire comme si ça n’avait jamais existé. (Protestations sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR. – Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)Par la suite, le FLNKS a retiré sa signature – dont acte – et il a décidé de ne jamais revenir autour de la table… (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
…sans clarifier les conditions d’un retour, alors même que tous les sujets restaient ouverts et que toutes les garanties étaient là. La politique de la chaise vide ne peut pas dicter l’avenir d’un territoire. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)
Sinon, que fait-on ? On attend ? Et on attend combien de temps ?Est-ce qu’on accepte que ce sujet devienne un objet de confrontation dans le débat national au gré des échéances politiques à venir ? Est-ce qu’on suspend tout, au risque de fragiliser un territoire pris dans une spirale de récession ? (Mêmes mouvements.)
La Nouvelle-Calédonie, c’est 15 points de PIB en moins, c’est 15 000 emplois détruits, c’est une situation économique et sociale désastreuse. (Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Est-ce qu’on fait semblant de ne pas voir ce qui se passe sur le terrain ? (Mêmes mouvements.) On ne peut pas laisser l’absence de certains bloquer l’ensemble d’un processus qui concerne tous les Calédoniens.
En responsabilité, nous avançons avec ceux qui sont là. Le consensus, ce n’est pas l’unanimité. S’il fallait attendre que tout le monde soit d’accord, il n’y aurait jamais eu ni les accords de Matignon en 1988 ni l’accord de Nouméa en 1998.Le consensus, ce n’est pas la perfection, ce n’est pas une unanimité de façade ; c’est un point d’équilibre.À ceux qui ne veulent rien construire et qui en appellent comme toujours au chaos, je dis que nous ne laisserons pas faire. (Vives protestations sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)
Nous ne laisserons pas répercuter vos manœuvres sur le territoire.
Certains mettent en avant l’économie, parce que le sujet économique est important : je vous invite à aller au bout du raisonnement ! Il n’y a pas de redressement économique durable s’il n’y a pas d’horizon politique. Il n’y a pas d’investissement ni de confiance sans stabilité.
L’État, lui, a pris sa part avec un engagement financier massif : 2 milliards d’euros d’investissement jusqu’en 2030, dont 1 milliard pour l’année 2026. Des projets concrets ont été lancés, avec un début d’exécution en ce moment même sur le territoire. Des projets ont été identifiés : construction de ponts, de routes, financement du transport scolaire ou de cantines scolaires. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)
L’effort est réel. Mais sans stabilité institutionnelle, il ne produira pas tous ses effets. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)
Vous le savez, l’incertitude n’attire pas les investisseurs et nous le comprenons tous. La réponse institutionnelle est donc essentielle.
J’entends ceux qui comptent rejeter le texte aujourd’hui pour reprendre les discussions après les élections provinciales. C’est une illusion dangereuse. Sans trajectoire et sans point d’appui, vous ne préparez pas des discussions, vous risquez la reproduction du face-à-face.Rejeter ce texte en se disant qu’on verra plus tard, c’est décider de ne rien voir venir, alors que l’accord de Bougival existe ; il est certes imparfait, mais il ouvre la voie et offre des perspectives. En le rejetant, vous tournez le dos à un chemin politique qui s’est ouvert. Et pour certains, vous tournez le dos à l’un de vos partenaires historiques, l’UNI-Palika.Je le répète, chacun est libre de contester le contenu de ce texte, mais pour cela, encore faut-il que nous puissions entamer le débat. Encore faut-il que nous puissions engager la discussion sur les amendements de fond que certains ont proposés.
À défaut, les Calédoniens risquent de percevoir cela comme une motion de mépris à leur égard.Deux options s’offrent à vous : soit vous fermez la seule voie existante en votant pour cette motion de rejet, soit vous laissez une chance au processus. Ne prétendez pas que le rejet de ce texte ouvrirait une quelconque solution : c’est faux.Je terminerai par une citation. Au moment de la signature de l’accord de Bougival, monsieur le député Tjibaou, vous avez déclaré… (« Regardez-le dans les yeux ! Ne lisez pas votre papier ! » sur les bancs du groupe GDR. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Vous avez déclaré : « Choisir ce chemin qui est difficile, qui est nouveau, c’est se mettre à l’épreuve de la critique, se faire menacer, insulter, parce que nous avons choisi un chemin différent ».Je rappelle ces mots sans jugement, mais ils expriment quelque chose de vrai. Ce chemin n’a jamais été simple, mais il est nécessaire pour les Calédoniens. Pour ces raisons, je vous demande de ne pas voter pour la motion de rejet. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).