Discours du 29 avril 2026
Nathalie Oziol · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°214
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Oh là là !
Vous dites ne pas défendre un bilan irréprochable, madame la ministre, et pour cause : la situation sanitaire des étudiantes et des étudiants se dégrade. La santé mentale a beau avoir été désignée grande cause nationale en 2025, avec une myriade de dispositifs déployés à cette occasion – Santé psy étudiant, Mon Soutien psy et autres numéros verts –, les moyens ne sont toujours pas à la hauteur. À Montpellier, par exemple, on ne compte que 25 psychologues conventionnés pour 80 000 étudiants. Dans ces conditions, les délais d’attente sont très longs : il faut au minimum trois mois avant d’obtenir un rendez-vous.Il faut d’autant plus agir d’urgence que les hôpitaux psychiatriques sont surchargés. Les derniers chiffres corroborent ce tableau : 41 % des étudiants souffriraient de troubles dépressifs et 30 % d’entre eux déclarent avoir eu des pensées suicidaires. Chez les élèves du second degré, 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque important de dépression, tandis que plus de la moitié d’entre eux font part de plaintes hebdomadaires, présentant, entre autres, des difficultés à s’endormir, des signes de nervosité, d’irritabilité, ou encore des maux de dos.La précarité, notamment le mal-logement, est l’une des explications : un jeune sur deux ne mange pas à sa faim, un sur cinq saute des repas. Citons aussi, outre le manque de psychologues, le stress lié aux études et aux dispositifs de sélection et de mise en concurrence, tels que Parcoursup et Mon Master, ainsi que la nécessité de travailler parallèlement aux études, qui conduit au surmenage. À Montpellier, lors de la campagne municipale, nous avons proposé la création d’un centre de santé pour les jeunes afin de pallier les manquements de l’État ; ce n’est qu’un pis-aller.Quand recruterez-vous les plus de 6 000 médecins, infirmiers, psychologues scolaires et assistants sociaux nécessaires pour garantir une visite médicale annuelle à chaque enfant ? Quand adopterez-vous un plan national pour la psychiatrie et la pédopsychiatrie ? Quand supprimerez-vous Parcoursup et Mon Master ? Enfin, quand conduirez-vous une politique ambitieuse de construction de logements étudiants ?
Et le Secours populaire ? Et Les Restos du cœur ?
Et CNews ?
Pitoyable !
En septembre 2023, le président des Restos du cœur nous alertait : « Aujourd’hui, nous ne sommes pas suffisamment solides pour absorber le flux de personnes qui ont besoin d’aide alimentaire ». Il avait alors lancé un appel aux forces politiques et économiques de notre pays pour le lancement d’un plan d’urgence alimentaire. Le budget que Les Restos du cœur consacre aux achats alimentaires a doublé depuis trois ans, ce qui a conduit l’association à réduire le nombre de bénéficiaires, c’est-à-dire à refuser du monde, pour la première fois depuis sa création en 1985.La situation était si inquiétante que le président des Restos du cœur envisageait, en l’absence d’une réaction politique rapide, une fermeture de l’association. Depuis, chaque hiver, renaît l’incertitude concernant la capacité des associations de distribution alimentaire à répondre à des besoins grandissants. Dans la France néolibérale de Macron, cette inquiétude touchant la possibilité d’assurer une action pérenne, voire de se maintenir à long terme, est le lot de quasiment toutes les associations.Le budget qui leur est alloué diminue d’année en année, alors qu’on attend toujours plus d’elles qu’elles relèvent deux défis, qui sont aussi deux contraintes : remplir des missions d’intérêt social, économique, écologique, de solidarité, bref d’intérêt général, et pallier le désengagement de l’État dans ces domaines. Par exemple, Les Restos du cœur viennent en aide aux personnes qui ne peuvent manger à leur faim, un problème que devraient gérer les services publics. Pire, l’approfondissement des politiques néolibérales est à l’origine d’un cercle vicieux : il augmente le nombre de pauvres, donc de personnes ayant besoin des associations, tandis que l’État réduit progressivement les ressources dont ces associations ont elles-mêmes besoin.La France bat chaque année son record en matière de taux de pauvreté : il a atteint 15,4 % en 2023, soit le plus haut niveau constaté depuis le début du chiffrage, en 1996. On peut avancer un total de 11,8 millions de personnes pauvres dans notre pays. Celui-ci compte par ailleurs 1,4 million d’associations, représentant 20 millions de bénévoles et 11 % de l’emploi privé ; ces associations assurent l’organisation d’activités de loisir, sportives, culturelles, périscolaires, l’accueil des jeunes, mais aussi l’aide aux plus fragiles, la solidarité, la protection des droits, la lutte contre les exclusions. À Montpellier, dans ma circonscription, alors que je disais aux membres d’une association d’éducation populaire de quartier que nous allions débattre ici de la politique associative de l’État, il m’a été répondu : « On est dans une logique marchande qui va valoriser le quantitatif alors que les associations, par définition, ne font pas du quantitatif. »Une telle logique pousse les associations à l’encontre de ce qu’elles défendent – le social, l’entraide, la solidarité plutôt que la compétition, la concurrence, la dévalorisation d’autrui –, car c’est au détriment des autres qu’elles peuvent espérer des financements. Par ailleurs, parce qu’elles compensent ce que ne fait plus l’État, elles deviennent les pansements d’une politique mal faite, qui ne dispense plus les moyens nécessaires. Dès lors, ce qui nous revient, c’est que leur précarité croît avec les coupes budgétaires successives, y compris celles pratiquées par le projet de loi de finances (PLF) pour 2026.La sélection s’opère en fonction des projets déposés : selon quels critères attribuer les subventions à une association plutôt qu’à une autre ? Le fonctionnement du FDVA n’est pas si heureux ; par rapport à ce que demandent les associations, il n’a pas assez d’argent, d’où une politique de coupes budgétaires néfaste. Souvent, on discrimine en fléchant les fonds vers telle catégorie d’associations ou d’actions, suscitant quelque chose d’artificiel : si l’on demande qu’elles fassent du numérique, les associations vont répondre en ce sens, quitte à s’éloigner des besoins de leurs bénéficiaires.Le fonctionnement de ces recherches de subventions se révèle nébuleux : trouver des informations est difficile et répondre à un appel à projets demande en moyenne 15 heures aux salariés, en plus des 35 heures – et parfois aux bénévoles ! –, pour peu voire pas d’argent à terme. Il en résulte une perte totale du sens de la mission, de l’engagement de ces personnes. Les difficultés financières ont en outre conduit les associations à hybrider leurs ressources en augmentant le montant des cotisations ou en développant une activité marchande, ce qui va également à l’encontre de leur mission de base.Il faut rompre avec le néolibéralisme, inverser la logique – accélérée par Macron depuis dix ans – qui, depuis une quarantaine d’années, préside à tous les budgets en France. Il faut gouverner par les besoins. Lors de la campagne des municipales, nous avons émis bien des propositions en vue de soutenir les associations qui répondent à l’urgence sociale et environnementale, compensant, je le répète, ce que ne fait plus l’État : réengageons ce dernier, augmentons, à tous les niveaux, les dotations aux associations !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).