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Discours du 23 janvier 2026

Nicolas Metzdorf · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°124

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Nous débattons de motions de censure déposées par deux formations que tout oppose, paraît-il – tout sauf l’essentiel : le goût du fracas, le culte du geste inutile, une passion commune pour l’instabilité. (Exclamations sur quelques bancs des groupes RN et LFI-NFP.) À ma gauche, La France insoumise ; à ma gauche toujours, mais sans l’immigration, le Rassemblement national. Deux motions, deux listes de signatures, deux discours qui prétendent s’ignorer, un même objectif : faire non pas chuter un gouvernement, mais tomber toute une nation dans l’immobilisme, l’incertitude, le doute permanent.Aux auteurs de ces motions, il faut reconnaître une chose : ils sont constants. Constamment indignés, constamment outrés, constamment en colère, constamment prêts à renverser la table – à condition de ne jamais avoir à remettre la nappe. Sous la Ve République, la motion de censure constitue une arme lourde, une arme constitutionnelle, pensée pour des circonstances exceptionnelles. Elle n’est pas un slogan, ni un happening, ni une pétition, un outil de communication ou un réflexe militant. Michel Debré l’avait conçue comme l’exception absolue, le général de Gaulle la voyait comme le dernier recours. Dans l’esprit de nos institutions, la censure suppose une solution alternative, une majorité, un projet et surtout un sens aigu de la responsabilité nationale. Que constatons-nous aujourd’hui ? Des motions déposées sans majorité, sans solution alternative crédible, sans projet commun, parfois sans même l’espoir secret de réussir. Ce ne sont pas des motions pour gouverner, ce sont des motions pour exister.Du côté de La France insoumise, on censure par principe. Le gouvernement propose : on censure. Il recule : on censure. Il consulte : on censure. Il ne fait rien : on censure. Mélenchon tousse ? On censure.

À ce rythme, chers collègues, l’existence elle-même, si elle n’était pas jugée assez révolutionnaire, finirait par être censurée. Chez vous, la censure n’est plus un moyen, c’est une idéologie, un automatisme, une posture. Vous ne cherchez pas à améliorer, vous cherchez à abattre ; vous ne cherchez pas à convaincre, vous cherchez à bloquer ; vous ne cherchez même pas à gouverner, mais à empêcher les autres de le faire. La radicalité, chez vous, ne constitue plus une exigence morale, c’est une paresse politique. Quant au Rassemblement national, il censure au nom de la protection des Français. Vous prétendez incarner l’ordre, la stabilité, la responsabilité,…

…mais quand vient le moment de choisir entre celle-ci et le chaos, vous choisissez le chaos.

Quelle mouche vous a piqués pour que, depuis quelques mois, vous vouliez censurer autant que la gauche radicale ? Quel est donc le déclencheur de cette explosion parmi vous de motions incontrôlées et incontrôlables, déposées parfois sans cohérence, souvent sans perspective, toujours sans issue ? À force de vouloir singer l’extrême gauche dans la gesticulation, vous démontrez du moins que la respectabilité ne se décrète pas, elle se prouve.Ces motions ne sont pas des actes de courage : ce sont des actes de confort politique. Elles permettent de dire non sans jamais dire comment, de s’indigner sans jamais assumer, de parler fort sans jamais agir juste. C’est la politique du bras levé d’un côté, du poing sur la table de l’autre, mais les deux mains dans les poches.

Pardonnez-moi, chers collègues, de consacrer quelques instants à mon territoire, la Nouvelle-Calédonie. Vous qui aimez tant proclamer votre attachement au Caillou, vous qui n’hésitez jamais à invoquer son nom lorsqu’il s’agit de symboles ou de slogans, permettez-moi une question simple : où est-elle donc, la Nouvelle-Calédonie, dans vos motions de censure ? Où est-elle lorsque nous avons plus que jamais besoin de stabilité afin de conduire jusqu’à leur terme, jusqu’à Versailles, des accords patiemment construits, fragiles et indispensables, seuls garants de notre refondation collective ? Où est-elle, alors que ce budget serait vital pour sauver nos collectivités, nos entreprises, nos retraites, notre système de soins, nos aides sociales, nos salariés, nos chômeurs ? Que les Calédoniens sombrent dans la pauvreté la plus totale, cela vous fait une belle jambe ! Vous aurez beau jeu ensuite d’accuser les gouvernements successifs d’avoir laissé la situation se dégrader.La France dans son ensemble n’a pas besoin d’une Assemblée transformée en théâtre permanent. Elle n’a pas besoin de tribuns qui confondent la République avec une scène, la démocratie avec une ovation. Elle a besoin, je le répète, de stabilité ; elle a besoin de débats exigeants, de compromis parfois difficiles et surtout d’élus qui acceptent cette idée, devenue rare, du compromis. Cela me rappelle quelque chose.

L’histoire se souviendra de ceux qui ont bâti, non de ceux qui ont gesticulé ; de ceux qui ont tenu quand tout poussait à rompre, non de ceux qui ont confondu la radicalité avec l’irresponsabilité.

À ceux qui pensent que les motions de censure répétées finissent par tenir lieu de projet, je répondrai en pastichant Clemenceau : on ne ment jamais tant qu’avant les élections, pendant la guerre et après une motion de censure. Pour toutes ces raisons, par respect pour nos institutions, par respect pour les Français, par respect pour la gravité de notre mandat, par respect pour la Nouvelle-Calédonie (Exclamations sur quelques bancs des groupes RN et LFI-NFP), le groupe Ensemble pour la République apporte tout son soutien au gouvernement de Sébastien Lecornu et votera contre ces motions. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).