Discours du 28 janvier 2026
Nicolas Ray · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°131
Nous examinons un épisode douloureux de notre histoire : le déplacement contraint des mineurs réunionnais vers la métropole. Il s’agit non de repentance excessive ni de minimisation historique mais, vous l’avez dit, madame la ministre, de mémoire et de réparation justifiée. Il est en effet de notre responsabilité de permettre à la nation de reconnaître les souffrances endurées et d’en tirer les leçons nécessaires.De 1946 à 1982, La Réunion a vu sa population doubler. Face au défi posé par ce changement démographique, les autorités de l’époque ont mis en place une politique migratoire, dont l’un des aspects fut la transplantation. Les mineurs réunionnais relevant de l’aide sociale à l’enfance ont ainsi été déplacés à plus de 10 000 kilomètres de leur île, dans l’objectif affiché de repeupler les territoires ruraux de la France hexagonale. Du début de cette politique de transfert en 1962 jusqu’à sa clôture en 1984, 2 015 mineurs réunionnais ont été déplacés. Parmi eux, près d’un enfant sur trois l’a été avant l’âge de 5 ans, dans le cadre d’adoptions ou de déplacements familiaux.Bien sûr, le groupe Droite républicaine condamne et déplore ce transfert forcé – et surtout ses tragiques conséquences, reflets d’une injustice que nous refusons de laisser sans réponse. C’est pourquoi nous soutiendrons les initiatives mémorielles émanant de cette assemblée. Je tiens à vous remercier, madame la rapporteure, ainsi que l’ensemble des groupes qui ont soutenu l’inscription de ce texte à l’ordre du jour.En examinant cette proposition de loi, l’Assemblée assume pleinement son rôle. Elle reconnaît des faits qui relevaient non d’initiatives locales ni de décisions isolées, mais bien d’une politique de l’État. En effet, à l’époque, l’aide sociale à l’enfance ne relevait pas comme aujourd’hui des départements ; elle relevait de l’État, de la Ddass, qui était une administration centrale, nationale. C’est pourquoi il est important que ce soit l’État qui assume, sans ambiguïté, la mémoire de ces événements, à l’échelon national.Cette dimension nationale se mesure aussi à l’échelle de nos territoires. Je fais partie et je suis l’élu d’un territoire rural. On parle des « enfants de la Creuse » parce que ce département a accueilli 10 % des enfants transplantés. Or beaucoup d’autres ont été concernés : quatre-vingt-trois départements français, au total. Comme beaucoup, j’ai été ému et touché par les témoignages d’habitants de ma circonscription, qui, avec pudeur, m’ont fait part des préjudices subis, des douleurs, des atteintes, des dommages, des traumatismes vécus dans leur chair – je pense à Marie-Jeanne, à Nadège.La portée de ces transferts et les souffrances des enfants nous invitent à la plus grande exigence dans la rédaction de cette proposition de loi. Il s’agit non seulement de reconnaître et de réparer, mais aussi de circonscrire avec précision les faits concernés, afin que la justice mémorielle s’applique de manière juste et proportionnée. La nouvelle rédaction, adoptée par la commission, que vous avez proposée, madame la rapporteure, va dans le bon sens et nous la soutiendrons.Le groupe DR votera en faveur de ce texte de réparation et, je l’espère aussi, de réconciliation, dont l’objectif est de rendre justice aux enfants concernés ainsi qu’à leur famille. Notre responsabilité ne s’arrêtera cependant pas là : dès demain, nous devrons utiliser d’autres outils législatifs et soutenir d’autres initiatives afin de renforcer l’aide sociale à l’enfance et de relever les défis d’aujourd’hui et de demain. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR, Dem et HOR, sur quelques bancs du groupe EPR ainsi que sur les bancs des commissions.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).