Discours du 29 avril 2026
Nicole Dubré-Chirat · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°214
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Elle est honnête ! (Sourires.)
Si nous abordons ce sujet pour la population des jeunes, plus que jamais exposée à des troubles en santé mentale depuis quelques années, il convient de rappeler que la santé mentale concerne toutes les catégories d’âge de la population. Le choix de limiter le débat aux politiques menées depuis 2017 conduit à s’interroger, car plusieurs dispositifs existaient déjà : le premier plan Psychiatrie et santé mentale de 2005, le programme national d’actions contre le suicide 2011-2014 ou encore le Conseil national de santé mentale créé en 2016.Un Français sur cinq est concerné par un trouble en santé mentale, soit 13 millions de personnes. Ce nombre résume à lui seul le véritable enjeu de santé publique que représente la santé mentale, en particulier pour les jeunes.Depuis 2017, de nombreuses actions ont été menées pour accompagner les jeunes confrontés à des troubles psychologiques ou psychiatriques. L’établissement en 2018 de la feuille de route « santé mentale et psychiatrie » a constitué l’une des premières pierres de la politique publique en la matière, avant d’être enrichie par le Ségur de la santé et les assises de la santé mentale et de la psychiatrie en 2021. Des mesures concrètes ont vu le jour, comme la création du 3114, numéro national de prévention du suicide particulièrement utile pour les jeunes, le suicide étant la première cause de décès chez les 25-34 ans. Il permet à toute personne en situation de risque suicidaire ou de détresse psychologique d’obtenir une assistance et un accompagnement de qualité. Parce que la plupart des troubles légers de l’enfant et de l’adolescent en santé mentale se développent et s’aggravent à l’âge adulte, l’accent a aussi été mis sur le repérage précoce, à travers la stratégie des 1 000 premiers jours, l’expérimentation du dispositif Écout’émoi chez les jeunes de 11 à 21 ans ou encore l’outil VigilanS, permettant de coordonner un réseau de professionnels de santé qui garderont le contact avec la personne qui a tenté de se suicider.Pour les étudiants, la santé mentale a aussi été au centre de l’action des ministères de l’enseignement supérieur et de la santé, avec le dispositif Santé psy étudiant lancé en 2021, qui permet aux étudiants de bénéficier de douze séances par an avec un psychologue, renouvelables et sans avance de frais. Créée en 2016, l’association Nightline offre une ligne d’écoute en soirée gérée par et pour des étudiants. La stratégie d’accompagnement en santé mentale ne pouvant reposer sur les seuls professionnels de santé, plus de 5 000 secouristes en santé mentale ont été formés dans le milieu étudiant, afin d’être au plus près de ceux et celles qui auraient besoin d’aide. Pourtant, ces nombreux dispositifs manquent encore de lisibilité.Si beaucoup a été fait pour la jeunesse, une politique publique encore plus ambitieuse doit être mise en œuvre, car les carences sont encore nombreuses. Avec Sandrine Rousseau, dont je tiens à saluer la mobilisation constante sur le sujet, nous avons achevé il y a près d’un an et demi une mission d’information sur la prise en charge des urgences psychiatriques. Beaucoup de nos recommandations concernaient la santé mentale des jeunes et nous déplorons qu’elles n’aient toujours pas trouvé de traduction concrète, malgré une santé mentale érigée en grande cause nationale deux années de suite. Certaines d’entre elles ont été reprises dans le rapport de la commission d’enquête sur les défaillances des politiques publiques en matière de handicap et de santé mentale, que j’ai publié, en tant que présidente, avec mon collègue Sébastien Saint-Pasteur.Tous ces travaux parlementaires ont mis en évidence la détérioration rapide de la santé mentale de la population ces dernières années, en particulier chez les jeunes depuis la crise sanitaire. Chez les 18-24 ans, la prévalence des épisodes dépressifs est passée de 11,7 % à 20,8 % en quatre ans. Les jeunes femmes sont plus spécifiquement touchées : les hospitalisations liées aux gestes auto-infligés chez les femmes âgées de 10 à 19 ans ont progressé de 570 % depuis 2007.À la lumière de ces données, le groupe Ensemble pour la République appelle à des évolutions rapides, d’autant que la dégradation de ces indicateurs se traduit par une forte hausse de la consommation de médicaments chez les adolescents et les jeunes adultes. En 2023, 936 000 jeunes âgés de 12 à 25 ans ont bénéficié du remboursement d’au moins un médicament psychotrope, soit 144 000 jeunes de plus qu’en 2019. Il est impératif de sortir de cette logique encore trop curative, car elle est suivie au détriment d’une démarche plus préventive.De plus en plus de jeunes sont en souffrance psychique. Il est urgent que les pouvoirs publics augmentent durablement les moyens nécessaires pour les aider, car ils sont l’avenir de la nation.Je vous alerte aussi sur la situation des pédopsychiatres : selon les dernières tendances, on pourrait en compter moins de 1 000 en 2035.Le délai d’obtention d’un rendez-vous, qui s’établit entre dix-huit et vingt-quatre mois, n’est plus acceptable : il est essentiel de garantir une offre de pédopsychiatrie homogène et adaptée aux besoins dans tout le territoire. Repérage précoce, orientation adaptée, accès au dispositif de soutien et suivi de la prise en charge dans le parcours de soins : voilà les priorités pour les jeunes.Des mesures ont été proposées dans le plan Psychiatrie, lancé en juin 2025. Elles concernaient le secteur de la santé et l’éducation nationale. Pouvez-vous en présenter la déclinaison et la réalité sur le terrain ?
Les deux années pendant lesquelles la santé mentale a été désignée grande cause nationale ont contribué à amorcer largement, au sein de la population, la déstigmatisation de ces troubles. Néanmoins, l’accès direct à un médecin ou à un spécialiste reste souvent nécessaire. Serait-il possible de retravailler le parcours de soins pour en améliorer la lisibilité et pour mettre en valeur la gradation des soins, qui peuvent avoir lieu à l’école, au travail ou encore dans les familles ? Nous encouragerions ainsi les jeunes à aller consulter l’infirmière scolaire, l’infirmière en pratique avancée ou le psychologue, ce qui peut suffire. Je rappelle que les psychologues, en moyenne, ne reçoivent leurs patients que pour huit consultations sur les douze proposées dans le cadre de Mon Soutien psy. Cette approche permettrait de répondre de manière adaptée à la demande, plutôt que d’envoyer chez le psychiatre ou chez le pédopsychiatre des personnes qui n’en ont pas besoin ; en la promouvant auprès des professionnels comme auprès des demandeurs de soins, nous aiderions les familles à accéder aux soins à bon escient et améliorerons la lisibilité du système.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).