Discours du 28 janvier 2026
Nicole Sanquer · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°131
Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.
Cette proposition de loi nous rassemble autour d’un devoir qui dépasse les sensibilités politiques : celui de reconnaître et de transmettre l’histoire de milliers d’enfants de La Réunion, arrachés à leur terre entre 1962 et 1984. Il s’agit d’une histoire longtemps passée sous silence, reléguée aux marges de notre mémoire collective, mais dont les plaies, pour ceux qui ont eu à la subir, sont encore vives.Je voudrais commencer par remercier notre collègue Karine Lebon d’avoir défendu avec détermination et combativité l’histoire de ces enfants, devenus adultes, jusqu’à l’examen du texte dans l’hémicycle. Son travail honore notre assemblée. Une fois le texte adopté, l’État devra assumer ses responsabilités en reconnaissant avoir conduit l’une des politiques les plus sombres de notre histoire contemporaine.Entre 1962 et 1984, cette politique a arraché à leur île des milliers d’enfants de La Réunion pour les envoyer de force dans l’Hexagone. Durant cette période, au moins 2 015 enfants réunionnais ont ainsi été déplacés vers la France hexagonale, dans le cadre d’une politique d’État pudiquement qualifiée de « transplantation ». Sous ce terme administratif glaçant se cache une réalité d’une brutalité rare : des enfants déracinés sans leur consentement, privés de leur famille, de leur histoire, parfois même de leur nom, et des familles trompées.Cette politique a été pensée, organisée et exécutée par l’État alors qu’il cherchait à répondre, d’un côté, à la croissance démographique de La Réunion, de l’autre, au dépeuplement de certains départements ruraux de l’Hexagone, comme la Creuse. Dans ce contexte, les enfants réunionnais ont été considérés comme une variable d’ajustement plutôt que comme des sujets de droit.Il convient de rappeler que cette politique s’inscrit dans un contexte plus large : celui des violences commises, dans les années 1960 et 1970, contre les femmes et les enfants de La Réunion, avec notamment des avortements et des stérilisations forcés. Ces affaires témoignent d’une même conception paternaliste et discriminatoire de l’action publique ; elles éclairent une part de notre histoire récente, durant laquelle l’État s’est autorisé des atteintes graves à l’intégrité et aux droits fondamentaux des personnes, en particulier dans les territoires ultramarins.À cette violence institutionnelle envers les enfants de La Réunion se sont ajoutées des violences multiples et documentées : signatures d’abandon extorquées à des parents qui ne savaient pas lire, promesses mensongères de retour faites aux enfants, placement dans des foyers ou dans des exploitations agricoles où certains ont connu la maltraitance, le travail forcé, l’isolement affectif. Les conséquences en sont connues : des trajectoires de vie brisées, un déracinement durable, un sentiment d’injustice transmis parfois jusqu’aux descendants. La recherche historique menée depuis 2016 a éclairé ces parcours, mais elle ne suffit pas.La présente proposition de loi permet justement de dépasser la simple reconnaissance symbolique. L’article 1er prévoit la création d’une commission nationale de reconnaissance et de réconciliation. Dotée de missions mémorielles et opérationnelles, elle devra notamment veiller à l’intégration de cette histoire dans les programmes scolaires et universitaires, afin que ces faits, si sombres soient-ils, fassent pleinement partie de notre récit national. Le texte instaure aussi une journée nationale de commémoration, fixée au 18 février – faisant ainsi écho à la résolution de l’Assemblée adoptée le 18 février 2014 –, qui offrira un nécessaire temps de mémoire partagée, pour inscrire durablement cette histoire dans la conscience collective. Enfin, l’article 4 introduit le volet indispensable de la réparation financière, en ouvrant un droit à indemnisation pour les victimes identifiées et volontaires ainsi que pour leurs descendants.Rien ne pourra rendre à ces enfants ce qui leur a été volé, mais nous pouvons reconnaître, réparer autant que possible, et transmettre ; nous pouvons dire la vérité, faire justice et redonner une place à ces enfants – devenus adultes – dans l’histoire de la République. Le groupe LIOT votera en faveur de ce texte. (Mme Maud Petit applaudit.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).