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Discours du 17 février 2026

Océane Godard · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°153

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Nous, parlementaires français, sommes plus que jamais mobilisés – pour certains, cela fait des années –, pour penser plus grand que soi. Nous l’avons ressenti, d’ailleurs, lors des débats en commission, dont je tiens à souligner la qualité. Ces débats ont été menés avec respect, dignité et responsabilité par le président de la commission, le rapporteur général et l’ensemble des rapporteurs, dont je salue l’engagement, l’écoute et l’humanisme.Ce débat convoque chez chacun d’entre nous son propre rapport à la mort, son vécu, sa sensibilité. Il interroge nos croyances et fait écho à notre propre finitude. Voilà ce qui est très sensible : bâtir une loi qui interroge les pouvoirs. Notre vie nous appartient-elle au point que nous puissions en choisir la fin dans des conditions inscrites dans la loi ? Ou considère-t-on que notre propre finitude appartient à une force extérieure, qu’elle soit d’ordre religieux, spirituel ou encore médical ? Évidemment, il n’y a pas de vérité absolue.En ayant pleinement conscience de cela, je veux dire à la tribune de l’Assemblée nationale, avec beaucoup d’humilité, au nom du groupe Socialistes et apparentés : nous, parlementaires français, avons l’honneur de bâtir une grande loi républicaine de progrès et d’humanité pour que demain, en France, de véritables moyens soient consacrés aux soins palliatifs, grâce à une stratégie décennale et à un effort de plus de 1 milliard d’euros supplémentaires ; pour que demain, en France, chaque département compte des unités de soins palliatifs et des maisons d’accompagnement non lucratives et qu’on assure davantage de formation des soignants et de recrutement ; pour que demain, en France, l’aide à mourir soit définie comme un droit ; pour que demain, en France, une femme ou un homme puisse choisir pour elle-même ou lui-même le droit à mourir, en cas d’affection grave et incurable, avec des douleurs réfractaires pour lesquelles la médecine ne peut plus rien ; pour que demain, en France, chaque soignant ait une clause de conscience et soit donc libre d’injecter ou non le produit létal.Cette grande loi sociétale relève également de cette conscience que les vies sont impermanentes, car rien ne dure éternellement, ni le bien-être ni la souffrance. Je parle volontairement des vies, au pluriel, car chacune est unique, aucune n’est minuscule. Chaque malade dont le diagnostic révèle une affection grave et incurable a ses propres limites face à la souffrance et à la dépendance. Le seuil d’acceptabilité peut d’ailleurs se déplacer.C’est cela que notre travail de parlementaire vient toucher, ce qui nous invite à ne pas nous enfermer dans des certitudes, a fortiori sur des sujets aussi sensibles et complexes que la vie et la mort.Je pense en cet instant à Paulette Guinchard, qui a été ministre sous Lionel Jospin. À un moment de sa vie, elle était plutôt opposée à une loi sur l’aide à mourir. Malheureusement, elle a ensuite été frappée par une affection grave et incurable, et elle a eu recours à l’aide à mourir en Suisse, il y a quelques années.Cela témoigne de la caractéristique de la pensée humaine : cheminer, évoluer. En ce sens, les Français ont évolué, cheminé. Notre pays est prêt, comme l’a montré, en 2023, la Convention citoyenne sur la fin de vie. La proposition de loi relative aux soins palliatifs est attendue ; celle relative à l’aide à mourir autorisera le recours à l’aide à mourir sans que cette procédure perde son caractère d’exception et sans l’encourager. Elle soufflera à notre société que la mort fait partie de la vie, qu’accepter la mort, c’est dépasser sa peur, savoir vivre pleinement, généreusement, amoureusement, intensément, librement. C’est cette liberté, cette fidélité à soi, ce droit que la loi encadrera. Pour la dignité, pour la liberté d’être et d’agir, une large majorité du groupe Socialistes et apparentés soutiendra les deux textes. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC ainsi que sur quelques bancs du groupe EPR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).