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Discours du 28 avril 2025

Olga Givernet · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°174

Il est essentiel d’avoir à l’esprit que l’Assemblée tient le destin des prochaines générations entre ses mains. Les discussions présentes auront un impact sur notre avenir et celui de nos enfants. Et ce n’est pas qu’une question technologique ou budgétaire, c’est aussi un sujet de justice sociale et de transition écologique, n’en déplaise à celles et ceux qui profitent de l’instabilité politique du moment pour faire oublier leurs prises de position passées. Nous devons être guidés par notre devoir de responsabilité.Au-delà de l’enjeu immédiat de la PPE – sur laquelle je reviendrai – j’aimerais rappeler quelques éléments de contexte. D’abord, le secteur de l’énergie est le bon élève de la transition écologique. Nous pouvons être fiers de produire, en France, une électricité décarbonée à 95 %. Nous en exportons même, et notre modèle force le respect de nos voisins.

Pourtant, la décarbonation de nos systèmes énergétiques n’est pas aussi rapide que nous le voudrions.

L’électrification patine et le mur énergétique dont nous parlions en 2022 est encore loin d’être franchi. Notre dépendance aux énergies fossiles importées, encore trop importante, pèse sur notre dette écologique et sur notre balance commerciale. Les carburants et gaz de toutes natures utilisés dans les secteurs du transport, du logement, de l’industrie et de l’agriculture créent une allégeance de la France aux pays pétroliers et gaziers. L’énergie n’est pas qu’un outil au service des industriels, c’est un bien commun de la nation, qui nous chauffe, nous déplace, nous éclaire.Soyons lucides sur les années d’errance qui ont étouffé la politique énergétique de la France et qui nous laissent aujourd’hui face à un mur. Nous avons tous une part de responsabilité, mais nous devons aussi tous savoir nous mobiliser, unis autour d’une stratégie commune. À Belfort, en 2022, le président de la République a défini les quatre piliers qui ont guidé les travaux sur la Stratégie française pour l’énergie et climat : les énergies renouvelables et le nucléaire, la sobriété et l’efficacité. Et depuis, les gouvernements successifs se sont attachés à respecter ces piliers.Des acteurs engagés et volontaires de tous horizons politiques et de tous les secteurs ont ainsi travaillé sur le diagnostic de ces piliers dans les groupes de travail constitués par Agnès Pannier-Runacher. J’avais eu l’honneur, en tant que députée, de piloter le groupe sur la sobriété, et je reste admirative de la manière dont tous les participants avaient réussi à produire de précieuses analyses, avec passion et sans considération partisane.Ces travaux nous ont permis de faire face aux crises en cascade touchant le secteur énergétique, de la guerre en Ukraine aux déficits de production. Ils sont porteurs d’enseignements et d’espoirs quant à la faculté qu’a notre pays de faire face à ces enjeux avec unité et efficacité. Ils ont permis de faire émerger des solutions, comme la sobriété, qui ont depuis largement fait preuve de leur efficacité.La réussite de notre politique énergétique dépend donc de notre capacité à nous rassembler et à ne pas opposer les énergies entre elles. Au cours de mon passage au ministère de l’énergie, j’ai mis un point d’honneur à relancer le processus de concertation. J’ai pu à nouveau constater l’implication sans faille des fédérations, des associations, des institutions et de la Direction générale de l’énergie et du climat pour contribuer au document nourri qu’est la programmation pluriannuelle de l’énergie. Je tiens à les saluer.Cette PPE, qui se veut équilibrée dans son mix de production et de consommation, assure la sécurité d’approvisionnement et les moyens de distribution. Les dernières contributions doivent être prises en compte pour avoir des trajectoires réalistes et au plus juste. Je ne doute pas que les parlementaires, les spécialistes, les experts et les scientifiques trouveront à s’entendre, dans les meilleurs délais, en ayant en tête les coûts et les investissements à venir. Je ne doute pas non plus que chacun aura à cœur de travailler sans sectarisme, en recherchant la cohérence et la complémentarité.Les acteurs du secteur l’ont compris : ce sont leurs efforts cumulés qui feront notre réussite et non un climat de méfiance réciproque. Le nucléaire a besoin des énergies renouvelables, et les énergies renouvelables ont besoin du nucléaire. Au sein de ces filières, la diversité des sources de production et des technologies est un puissant remède pour produire mieux.Pour laisser place à l’innovation et sortir de la dépendance énergétique, nous devons respecter le principe de neutralité technologique. Il faut, je le répète, produire mieux : subie ou choisie, la sobriété ne peut constituer le seul moyen dont disposent les Français, les entreprises, en vue de réduire le montant de leur facture d’énergie. Cette diminution doit être amplifiée par une meilleure maîtrise de la production et de la consommation des systèmes énergétiques. Si nous optons pour une politique de l’offre, il faut que cette offre soit bon marché ; or, en février dernier, le marché, justement, couplé à l’ajustement de la fiscalité, a permis que 80 % des Français voient leur facture d’électricité baisser de 15 %. Encore une fois, c’est un savant équilibre que nous devons trouver entre liberté économique et régulation fiscale. Cette dernière procédant de nos décisions, je propose, en faveur de la décarbonation, un principe fondamental : appliquer aux énergies bas-carbone une fiscalité bien plus avantageuse qu’aux énergies fossiles.Il n’y a pas que l’électricité en cause : comme l’a très justement souligné le premier ministre, la chaleur renouvelable reste sous-exploitée. Je ne peux m’empêcher d’évoquer à cet égard quelques-uns des nombreux projets existants au sein de mon département, l’Ain : Ferney-Voltaire récupérera la chaleur émise par l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (Cern),…

…Valserhône celle de l’incinérateur de déchets, tandis que Belley a opté depuis longtemps pour la biomasse. Les paysages de l’énergie sont ainsi dessinés dans les territoires par l’engagement des élus locaux, lorsque plus de 10 000 communes ont pris part à l’initiative concernant les zones d’accélération des énergies renouvelables, ou lorsqu’il a fallu préparer, notamment dans l’Ain, l’implantation des réacteurs EPR 2. Il importe que l’État et ses fleurons, comme EDF, en maîtrisant les coûts, les délais, soient également au rendez-vous.Nous ne devrons pas oublier d’accompagner nos concitoyens, particulièrement au sujet crucial de la décarbonation de nos usages. Il y a urgence : la voiture représente à elle seule 18 % de nos émissions. Les modèles électriques, dont les premiers prix atteignent presque 20 000 euros, restent trop chers ; pour les familles les plus modestes, les aides destinées à faciliter leur acquisition ne suffisent plus.

Il nous faut développer le marché de l’occasion, en misant notamment sur l’accélération de l’électrification des flottes des entreprises, qui alimentent celui-ci. À ces efforts en vue du renouvellement du parc s’ajoute la question du maillage en bornes de recharge ; si celui-ci s’est bien renforcé, il importe à présent de travailler davantage à l’implantation de bornes domestiques. Outre la transformation des usages, songeons aux usages nouveaux : s’agissant de souveraineté numérique, centres de données et intelligences artificielles doivent pouvoir compter sur l’énergie nucléaire.La politique énergétique de la France constitue un sujet complexe, qui ne supporte pas le flottement. Il nous fallait donc agir sans tarder. J’ai bien conscience que, dans un contexte politique aussi instable, une PPE instaurée par décret peut sembler fragile aux acteurs concernés, quoique issue d’intenses et larges concertations : si elle comporte trop d’énergies renouvelables pour la droite de cet hémicycle, trop de nucléaire pour la gauche, peut-être cela signifie-t-il qu’elle est tout simplement équilibrée. Elle s’appuie en effet sur le déploiement des énergies renouvelables pour une disponibilité à court terme et sur le nouveau nucléaire à moyen terme, puisque les premiers réacteurs EPR 2, qui prendront la relève de notre parc vieillissant, sont prévus pour 2038. Il s’agit encore et toujours de ce précieux équilibre entre énergies renouvelables et nucléaire qui assurera la réussite de la France, naturellement intégrée à l’Europe, sans toutefois que ces interconnexions ou la loi du marché limitent nos objectifs de régulation.Le monde est en crise : ses deux plus grandes puissances se livrent une guerre commerciale dont nous serons les premières victimes si nous ne parvenons pas à sortir au plus vite de la dépendance, particulièrement énergétique. Je ne cesserai de le répéter, cela requiert de l’unité et de la cohérence. La cohérence réclame que la fiscalité de notre énergie décarbonée soit plus avantageuse que celle des énergies fossiles importées ; l’unité exige que, lorsque l’avenir de la nation est en cause, nous dépassions nos petites querelles politiques. De quoi avons-nous l’air aux yeux des Français, qui attendent que nous agissions ? Aux yeux des filières industrielles, qui nous demandent d’en finir avec les annonces stop and go ? L’histoire nous jugera sur notre politique en la matière : la France doit rester une grande nation de l’énergie, de toutes les énergies, et de même que l’Europe, face à l’emballement de ce nouveau monde, montrer la voie de la sagesse, de l’avenir – s’agissant de l’énergie comme du reste. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).