Discours du 10 décembre 2025
Olga Givernet · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°89
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Le débat que nous tenons aujourd’hui au titre de l’article 50-1 de la Constitution n’est pas qu’une formalité. Il s’agit de rendre lisible et d’acter une décision budgétaire importante : l’augmentation de 6,7 milliards d’euros des crédits de défense. Il convient d’ailleurs de saluer le choix du gouvernement de soumettre cette déclaration à un vote, geste qui renforce la transparence démocratique et l’implication du Parlement.Depuis 2017, la France, sous l’impulsion du président de la République, a fait le choix de reconstruire son outil de défense, avec une progression de 77 % du budget d’ici à 2026. Cet effort n’était pas un choix de confort ; il répond à une réalité stratégique. Cette réalité n’a pas disparu ; elle s’est durcie. La guerre en Ukraine s’inscrit malheureusement dans le temps long : les attaques hybrides contre nos infrastructures européennes se multiplient et notre état-major évoque désormais la possibilité d’un choc stratégique majeur dans les trois ou quatre ans à venir.Dans ces conditions, refuser l’augmentation du budget alloué à notre défense reviendrait à prendre un risque significatif pour notre sécurité – et pour la paix, si fragile : celui d’affaiblir notre crédibilité, notre stratégie de dissuasion et notre capacité à tenir dans un environnement international tendu.Soutenir cette hausse budgétaire permet également de répondre à un besoin très concret, celui de notre base industrielle et technologique de défense. Depuis plusieurs années, elle se transforme profondément : la montée en cadence de la production de munitions, la réduction des délais de production des missiles et l’accélération des programmes terrestres et navals se doublent de succès majeurs à l’export, dont la récente déclaration d’intention portant sur la vente de 100 Rafales entre la France et l’Ukraine. Cette déclaration confirme l’excellence technologique française et la confiance internationale dans nos capacités industrielles. La France sait concevoir, produire et livrer des équipements de très haut niveau.
La réussite de notre industrie de défense a pour condition la visibilité dans la commande et la constance des efforts de production. Tel est le constat qui ressort des travaux du groupe d’études industries de défense, que je copréside : nos échanges réguliers montrent que l’État, tout comme les financeurs, doit travailler main dans la main avec les acteurs de la BITD, qu’il s’agisse des grands groupes, des PME ou des sous-traitants. La conférence de financement de la défense du 20 mars 2025 à Bercy l’a rappelé : pour tenir la montée en cadence, près de 5 milliards d’euros de fonds propres supplémentaires seront nécessaires. Les industriels ont été clairs : l’heure n’est plus aux intentions, mais à la mise en œuvre.Nous avons en France des filières engagées, innovantes, capables de s’adapter, mais qui demeurent sensibles aux variations budgétaires. Lorsque les crédits tardent, les investissements ralentissent ; lorsqu’une commande est suspendue, la chaîne de sous-traitance vacille ; lorsqu’une ligne de production s’arrête, il faut parfois des mois pour la relancer. La montée en cadence ne se décrète pas : elle se construit avec de la cohérence, du temps et de la stabilité. Ce sont nos territoires qui soutiennent l’activité des entreprises duales, qui travaillent toujours plus pour tendre vers la standardisation, afin de limiter les coûts.Il nous faut également inscrire cette dynamique dans un cadre européen. Les financements communautaires pour le réarmement ont été annoncés. Ce plan de 800 milliards d’euros pour « réarmer l’Europe » doit se concrétiser et devenir un levier majeur pour renforcer notre autonomie stratégique et notre capacité de résilience. Encore faut-il l’utiliser à bon escient, dans un esprit de coopération. L’influence française a toute sa part à prendre au sein de l’Europe de la défense. La souveraineté industrielle ne s’oppose pas à la coopération européenne ; elle s’en nourrit.S’ajoute enfin un enjeu central pour la crédibilité de notre effort de défense : assurer notre souveraineté, notamment en matière de stocks stratégiques. En effet, les actions de haute intensité reposent aussi sur la disponibilité de matériaux dont nous sommes largement dépendants : terres rares, gallium, germanium, lithium, poudres énergétiques, composants électroniques, métaux pour les batteries, radars, missiles ou drones. Beaucoup ne sont ni produits en Europe ni cotés sur les grandes bourses, mais sont échangés de gré à gré, souvent comme sous-produits, ce qui accroît notre fragilité et notre exposition.La LPM impose déjà aux industriels de constituer des stocks stratégiques, ce qui est un premier pas. Demander à une PME de stocker du gallium ou des terres rares revient toutefois à lui demander d’immobiliser une trésorerie qu’elle n’a pas. Or les récentes difficultés d’approvisionnement ont montré qu’un simple retard logistique peut désorganiser toute une chaîne de production. C’est pourquoi je formule ici une proposition claire : la création d’un stock stratégique français de métaux critiques piloté par l’État et adossé à la DGA, qui permettra de sécuriser les approvisionnements et de répondre aux besoins de notre BITD. La mobilisation du budget de l’État doit y contribuer.
Pour toutes ces raisons, notre groupe, Ensemble pour la République, votera pour la stratégie de défense nationale que vous proposez, monsieur le premier ministre. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).