Discours du 11 juin 2026
Olga Givernet · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°268
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Je veux d’abord reconnaître la sincérité des préoccupations qui ont conduit au dépôt de cette proposition de loi. Derrière ce texte, il y a une ambition que personne ici ne peut contester : celle d’ouvrir davantage de perspectives économiques pour les territoires ultramarins. Elle exprime une interrogation légitime sur notre souveraineté énergétique dans un contexte international devenu instable.Ces préoccupations méritent d’être entendues, mais c’est précisément parce qu’elles sont sérieuses que nous devons nous demander si la réponse proposée est bien la bonne. Voulons-nous revenir sur le choix qu’a fait la France, en 2017, d’interdire la recherche et l’exploration des hydrocarbures sur son territoire ? Les effets du dérèglement climatique sont déjà visibles partout et plus encore dans les outre-mer et les territoires vulnérables. Ce texte nous engagerait dans une direction inverse de celle que nous devons suivre. Il nous propose en effet de rouvrir la porte à de nouveaux projets pétroliers et gaziers, à l’heure même où la communauté scientifique nous appelle à réduire notre dépendance aux énergies fossiles.Certains voudraient réduire ce débat au seul sujet de l’exploration. Or l’impact est beaucoup plus large, puisque l’exploration n’est pas une fin en soi – derrière elle, il y a toujours une perspective d’exploitation. Et cette dernière n’est pas la réponse à nos enjeux de souveraineté énergétique. Les perspectives économiques avancées pour justifier cette proposition de loi sont décalées. Après plusieurs décennies de campagnes d’exploration au large de la Guyane, le PDG de TotalEnergies lui-même a affirmé devant le Sénat en 2024 qu’il n’y avait pas d’hydrocarbures en France – vous venez de le rappeler, monsieur le ministre. Autrement dit, nous prendrions le risque de revenir sur des choix politiques majeurs au nom de bénéfices qui n’ont pu être démontrés.J’entends parfois l’argument selon lequel il serait incohérent de refuser l’exploitation des hydrocarbures sur notre territoire tout en continuant à en importer. Toutefois, le véritable enjeu ne réside pas dans le lieu de production des énergies fossiles, mais dans la persistance de notre dépendance aux énergies fossiles. Remplacer une dépendance importée par une dépendance produite localement ne réglerait en rien le problème : cette dépendance est précisément l’une des causes du dérèglement climatique qui frappe déjà nos territoires, et les outre-mer figurent parmi les premiers exposés à ses conséquences. La solution consiste à accélérer la transition énergétique, à investir dans les technologies d’avenir et à réduire durablement notre dépendance aux énergies fossiles. Elle reposera sur l’innovation, sur l’électrification de nos usages et sur les filières qui feront la compétitivité de demain. La souveraineté de la France ne peut se construire que sur l’avenir, non sur le retour à un modèle passé dont nous connaissons déjà les limites et les effets néfastes.C’est d’ailleurs tout le sens de la programmation pluriannuelle de l’énergie publiée en février, qui fixe la trajectoire énergétique du pays pour les prochaines années. La France a fait le choix de préparer l’avenir en construisant un modèle énergétique plus résilient, plus souverain et plus durable pour l’ensemble de ses territoires. Cette ambition se retrouve d’ailleurs pleinement en Guyane. Par sa propre programmation pluriannuelle de l’énergie, celle-ci s’est fixé un objectif particulièrement ambitieux : atteindre l’autonomie énergétique à l’horizon 2030. Pour y parvenir, elle a choisi de s’appuyer sur ses propres atouts en développant l’hydroélectricité, le solaire, la biomasse et les solutions de stockage de l’énergie. Sa PPE prévoit ainsi que les énergies renouvelables représenteront plus de 80 % de sa production électrique et que les efforts d’efficacité énergétique permettront d’économiser chaque année près de 150 gigawattheures d’électricité. Elle organise également l’électrification des communes de l’intérieur grâce à des solutions locales. Autrement dit, la Guyane s’est déjà engagée dans une trajectoire de souveraineté énergétique fondée sur l’innovation, sur la transition énergétique et sur la valorisation durable de ses ressources. La proposition de loi nous conduirait à nous éloigner de cette stratégie de transition énergétique de long terme.La France défend une trajectoire ambitieuse. Elle a été la première au monde à interdire l’exploration et l’exploitation de nouveaux gisements d’hydrocarbures. Elle défend cette position dans les négociations internationales. Nous avons besoin de constance, de cohérence et de vision ; nous devons maintenir le cap. Y renoncer aujourd’hui, après tant d’efforts déjà consentis, serait une faute politique et stratégique.Oui, nous devons accompagner les outre-mer dans leur développement économique, renforcer leur autonomie énergétique, valoriser pleinement leurs immenses atouts ; mais nous ne leur rendrions pas service en les engageant dans l’engrenage du forage pétrolier. C’est pourquoi le groupe Ensemble pour la République votera contre cette proposition de loi. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
Il vise à supprimer Saint-Pierre-et-Miquelon du champ d’application du texte. Des activités d’exploration ou d’exploitation d’hydrocarbures risqueraient d’y créer un conflit d’usage avec la pêche et les autres activités maritimes. L’archipel cherche à valoriser durablement ses ressources marines et la présence de réserves d’hydrocarbures n’y est pas établie.
Je reviens à la charge pour écarter Saint-Pierre-et-Miquelon du dispositif. Pour rappel, les activités d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbure risquent de susciter un conflit d’usage avec la pêche et les autres activités maritimes, alors même que l’archipel cherche à valoriser durablement ses ressources marines et que la présence de ressources en hydrocarbure n’est pas établie.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).