Discours du 30 mars 2026
Olivier Becht · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°186
Je suis assez surpris par l’argumentaire de nos collègues de La France insoumise. Ils semblent faire une sorte de distinguo entre fraude fiscale et fraude sociale, et l’une serait plus vertueuse que l’autre, ou l’une plus condamnable que l’autre. Si l’on comprend bien, la fraude fiscale serait plus condamnable que la fraude sociale.Je voudrais leur faire part d’une expérience de terrain : au sein du conseil départemental du Haut-Rhin, il y a dix ans, en 2016, nous avons entrepris de lutter contre la fraude sociale, notamment la fraude au RSA. Dans cette région frontalière, des gens qui gagnaient en Suisse 8 000 francs suisses – l’équivalent de 8 000 euros – par mois étaient, en France, inscrits au RSA. Trouvez-vous que cette fraude n’est pas condamnable, monsieur Boyard ? Pensez-vous sincèrement que les services de l’État, des départements, n’ont pas à faire leur travail afin que l’argent des contribuables français soit utilisé à bon escient ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
Le président Coquerel nous disait en substance que la fraude fiscale était la fraude des riches et la fraude sociale, celle des pauvres. Je ne suis pas d’accord. Je l’ai montré tout à l’heure, les riches fraudent également les aides sociales. La réalité, c’est que la fraude sociale, c’est de l’argent pris aux pauvres. (Exclamations sur les bancs du groupe EcoS.)Un fraudeur est un fraudeur, que la fraude soit sociale ou fiscale ; c’est quelqu’un qui s’approprie de l’argent auquel il n’a pas droit. Et cet argent, il le prend bien à quelqu’un – généralement à ceux qui devraient en bénéficier. Or, dans le système français, ce sont les personnes les plus défavorisées qui bénéficient d’abord des aides sociales.Par conséquent, si nous avions 14 milliards d’euros de fraude sociale en moins, nous aurions aussi 14 milliards de plus à injecter dans des prestations qui ne permettent malheureusement pas toujours à leurs bénéficiaires de vivre dignement. Il me semble que c’est un combat juste et honorable que de faire en sorte que ceux qui en ont besoin bénéficient vraiment de l’argent social.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).