Discours du 31 octobre 2025
Olivier Faure · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°25
Monsieur le premier ministre, c’est à vous que je m’adresse. Le moment que nous connaissons est un moment charnière et vous le savez. Vous savez que nous sommes à un moment où chacun s’interroge sur la suite de nos débats.Je vais le dire sans élever la voix : gouverner, c’est choisir. (Exclamations sur les bancs du groupe DR.) Quand on n’a pas de majorité absolue – c’est vrai pour vous, c’est vrai pour nous –, gouverner, c’est accepter l’idée de rechercher le compromis.Depuis une dizaine de jours, nous avons entamé une discussion avec vous. Il n’y a là ni secret ni compromission. Nous l’avons fait dans la clarté, avec des positions que chacun connaît et que nous avons développées depuis plus d’un mois. Nous savons que nous n’aurons pas exactement ce que nous voulons, mais je voudrais vous préciser que ce que nous voulons, c’est d’abord que les Français n’aient pas à payer l’impôt que les milliardaires ne veulent pas payer. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
C’est la raison pour laquelle nous avons, depuis le début, demandé une chose simple : que de la copie soit rayé tout ce qui est prêt à frapper les Français. Je pense au gel des pensions de retraite (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC), au gel des prestations sociales, à la fin de l’abattement pour les retraités, à la fiscalisation des revenus des personnes en affection de longue durée, aux franchises médicales, à la fiscalisation des revenus des apprentis, et à toutes les politiques publiques que vous avez prévu de sabrer dans la deuxième partie du projet de loi de finances. Je pense aussi, bien sûr, à l’hôpital, qui est exsangue et qui a tant besoin de moyens supplémentaires. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.)Vous le savez, il manque aujourd’hui pour corriger votre copie environ 15 milliards d’euros. Je constate, au moment où nous nous parlons, que nous ne les avons pas. Cela a été dit à l’instant par Boris Vallaud : par rapport à la copie initiale du gouvernement, nous avons perdu 2 milliards d’euros de recettes fiscales.
Nous avons désormais besoin de savoir quelles sont les conditions à partir desquelles vous considérez que le débat… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Exclamations sur les bancs du groupe SOC.)
Je vais utiliser le temps de parole nécessaire à la présentation des sous-amendements nos 3911, 3912 et 3913 pour répondre au premier ministre. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Monsieur le premier ministre, je vous remercie d’abord d’avoir entendu une partie de ce que nous vous disons. (Mêmes mouvements.) Je crois que le moment que nous vivons suppose que chacun se tienne et que nous puissions faire honneur à cette assemblée. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC. – M. Laurent Wauquiez acquiesce.) Je vous remercie, disais-je, d’avoir entendu une partie de ce que nous vous disons. Il serait absurde que nous qui, sur ces bancs, avons défendu le dégel des pensions de retraite et des prestations sociales, ainsi que le rehaussement de l’Ondam pour donner davantage de moyens à l’hôpital public, nous n’entendions pas ce que vous venez d’annoncer. De cela, je veux vous remercier.Je le prends comme un acquis à partir duquel nous pourrons désormais avancer.Je tiens également à vous dire que je ne regrette en rien l’abandon du 49.3. Vous avez rappelé, à juste titre, que des majorités se forment : certaines peuvent voter contre nous, quand d’autres peuvent voter contre vous. Je reconnais, en ce sens, que nous n’avons pas obtenu la taxe Zucman et que si les Français la veulent, ils devront voter pour la gauche aux prochaines élections législatives et présidentielle – ils devront lui donner une majorité dans cette assemblée. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)L’abandon du 49.3 ne vous exonère pas pour autant de la recherche du compromis, comme vous semblez le dire parfois, car il faudra bien, à la fin, trouver une majorité pour voter le budget. Faute d’une majorité pour vous soutenir – même toute relative – et d’une abstention sur ces bancs (L’orateur désigne la gauche de l’hémicycle), vous n’aurez pas de budget ; voilà pourquoi vous devez encore chercher le compromis. Sans cela, à la fin de l’histoire, il n’y aura pas de budget, et vous repartirez aux élections.
Or, à cette heure et en l’état, le budget ne peut pas être voté. Comprenez-moi bien : si vous pensez que nous pourrons accepter de voter un budget qui serait parfaitement régressif, vous vous trompez. Personne, à gauche et chez les écologistes, n’a peur du scrutin. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Nous irons aux élections s’il le faut : alors entendez-nous et négociez ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).