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Discours du 11 juin 2026

Olivier Fayssat · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°269

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Cette proposition de résolution est un anachronisme. Elle sent la nostalgie de la guerre froide, elle entretient ce relent d’un monde bipolaire tiraillé entre votre camp de la bien-pensance soviétique et l’ogre capitaliste.

Cette proposition de résolution transpire la romance poétique de ce communisme libérateur qui chante les exploits de Che Guevara et de Fidel Castro, oubliant les milliers d’exécutions sommaires, les famines et l’oppression d’un peuple.Il est exact que le monde a changé ; et pourtant, l’embargo perdure. Le monde a changé, mais pas le régime cubain, ni cette société figée dans l’année 1959, avec ses voitures et ses bâtiments hérités, qui n’ont été ni entretenus ni remplacés depuis lors. Rien n’a changé, et surtout pas la misère du peuple cubain, aussi documentée qu’insupportable.Ce qui n’est pas nouveau non plus, c’est que nous n’avons pas la même lecture de l’histoire : là où nous voyons 100 millions de morts – que je veux bien ramener à 90 millions parce que c’est votre journée d’initiative parlementaire et pour vous donner un gage de bonne volonté –, vous répondez en revendiquant 75 000 fusillés. Nous n’avons pas oublié que la doctrine castriste repose, dès l’origine, sur la conviction que la révolution doit être exportée. Che Guevara l’a théorisé dans son livre La guerre de guérilla : toute démocratie libérale est assimilée à une façade de l’impérialisme américain et constitue donc une cible légitime.Là où vous voyez un peuple affamé par l’embargo américain, il y a une population martyrisée par soixante-cinq ans d’un parti unique qui se réélit tout seul, soixante-cinq ans de communisme, soixante-cinq ans d’économie d’État – un État qui emploie plus de 60 % des travailleurs et nie le droit fondamental de la propriété privée. Dès lors, l’embargo américain sur Cuba n’est pas un anachronisme : c’est une réponse nécessaire et toujours d’actualité. L’embargo, c’est l’opposition, la contradiction que nous devons apporter à une dictature qui opprime son peuple.

Depuis 2021, 1 million de Cubains supplémentaires ont fui leur pays, soit 9 % de la population en quatre ans à peine. Ce n’est pas l’embargo américain qui a conduit à ce désastre : ce sont soixante-cinq ans de socialisme d’État, soixante-cinq ans de brutalité d’État, que vos amis de La Havane n’ont jamais démentis.Voilà ce que vous nous demandez de cautionner devant la représentation nationale, en disant que le blocus viole le droit international. Nous avons, nous aussi, des réserves sur l’extraterritorialité du droit américain : elles sont connues. Mais pour invoquer le droit international en vue de défendre un régime qui refuse à ses propres citoyens le droit de vote et le droit à la liberté d’expression, et qui détient plus de 1 200 prisonniers politiques dans ses geôles, il faut cet aplomb que nous vous connaissons.

Vous choisissez votre camp seulement pour être contre l’Amérique, quoi qu’il en coûte au peuple que vous prétendez défendre. Curieusement d’ailleurs, les Tibétains ne semblent pas pouvoir bénéficier de votre grandeur d’âme face à la Chine communiste.J’en viens à notre second point de désaccord majeur : vous défendez un régime qui soutient activement nos adversaires. Cuba est un allié de Moscou, le régime cubain soutient Vladimir Poutine dans sa guerre d’agression contre l’Ukraine, ce même Poutine que nous combattons avec nos partenaires. Cuba entretient aussi des liens renforcés avec l’Iran des mollahs, ce régime qui massacre sa population, finance le terrorisme international et a du sang français sur les mains depuis le Drakkar, en 1983.Mes chers collègues du groupe GDR, dans le camp d’en face, celui que vous nous demandez ce soir de défendre, qui défendez-vous ? Eh bien, vous défendez Poutine, Khamenei, Maduro et Kim Jong-un. Voilà votre liste d’amis.

À l’heure où 90 % des Cubains vivent en dessous du seuil de pauvreté absolue et où 70 % sautent au moins un repas par jour, il est indiscutable que les Cubains et le régime ont des intérêts opposés, des positions incompatibles. Dès lors, quand on soutient l’un, on condamne les autres.Enfin, soyons lucides : votre proposition de résolution est purement incantatoire. La diplomatie macronienne n’a plus les moyens de peser dans les relations internationales, Emmanuel Macron ne saurait s’opposer au blocus américain de Cuba.Pour toutes ces raisons, et je pense que vous ne serez pas surpris, le groupe UDR choisira les Cubains et votera contre la dictature, donc contre cette proposition de résolution. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).