Discours du 15 juillet 2026
Olivier Fayssat · Première session extraordinaire 2026 · séance n°14
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Nous avons eu tellement de débats que chacun, je crois, a pu se forger son opinion et sait aujourd’hui s’il est pour ou contre l’aide à mourir. En ce qui me concerne, il ne me reste qu’une seule certitude au terme de ces débats : nous avons échoué dans la rédaction de ce texte. Ce qui doit tous nous rassembler, c’est l’impératif de sécurité que nous devons aux malades ; il se traduit par un impératif de perfection législative lorsqu’il s’agit d’encadrer un enjeu aussi irréversible que la mort. Car ce texte embarquera des médecins, des soignants, des pharmaciens, des proches et des malades dans une décision de mort. Il n’y a pas de plus lourde responsabilité.Mais le texte qui nous intéresse aujourd’hui ne permettra d’épargner aucune vie. Absolument aucune, ce n’est pas son objet. Il ne permettra que de provoquer la mort, dans certains cas. Alors, « certains cas », cela n’autorise pas le moindre dérapage, ni le moindre détournement de la volonté du législateur, ni la moindre erreur d’interprétation de la volonté du malade.Nous ne pouvons pas accepter de laisser passer une construction imparfaite, une construction qui autoriserait ne serait-ce qu’une seule mort, provoquée sur la base d’un consentement altéré ou vicié, sur un abus de faiblesse, un état déprimé qui n’aurait duré que quelques jours ou une détresse non entendue.Au fil des lectures par notre assemblée, les conditions d’accès au dispositif ont été élargies, jamais resserrées. Je citerai quelques-uns des points d’alerte qui ne peuvent que nous inciter à la prudence, à la réserve et au doute : un seul et même médecin décide de toute la procédure d’euthanasie, médecin qui n’est pas nécessairement le médecin traitant, et qui peut rencontrer la personne pour la première fois le jour de la demande de mort ; aucune exigence formelle n’est d’ailleurs requise quant à l’expression de la volonté de mourir ; aucun témoin n’est requis pour sécuriser la compréhension de la demande de mourir ; l’euthanasie est possible sur les personnes sous tutelle et sous curatelle, et sur les personnes dont le discernement est altéré ; une personne ayant un trouble psychique grave, comme une tendance suicidaire, n’est pas exclue du processus ;…
…il n’est pas nécessaire que le malade soit en phase terminale, une personne ayant encore plusieurs années de vie devant elle peut obtenir la mort ; le délai minimum de réflexion de la personne n’est que de deux jours à partir de la décision du médecin ; enfin, les pharmaciens sont privés de clause de conscience…
…et seront obligés de préparer le poison, sous peine de sanctions disciplinaires.Je voudrais aussi qu’on pense aux proches. Ces proches pour lesquels le médecin ou l’infirmier doit veiller à ce qu’ils n’exercent aucune pression pour faire renoncer à l’administration de la substance létale. Ces proches qui n’ont aucun droit à être informés qu’une procédure d’euthanasie est en cours, mais qui devront vivre avec le souvenir d’une vie qui s’est terminée par injection létale. Ces proches que l’on prive de la fin naturelle de l’histoire, et pour lesquels ce soulagement immédiat, parfois obtenu dans la précipitation, pourra devenir un remords inconsolable.Je voudrais conclure en disant que vous pouvez être pour l’aide à mourir, mais nous devons être contre ce texte. En appuyant sur le bouton de vote, nous porterons, ou pas, non seulement une part de responsabilité, mais peut-être aussi une part de culpabilité dans la mort de personnes dont on ignorera si leur volonté de mourir était réellement pérenne, éclairée et lucide. Nous découvrirons a posteriori des décisions hâtives, obtenues sous l’influence de manœuvres successorales, sous la pression silencieuse d’intérêts financiers ou de contraintes budgétaires. Nous découvrirons des morts provoquées par négligence, par défaut d’écoute, par une erreur d’interprétation d’une volonté éphémère. Alors nous saurons que nous avons permis des mises à mort par résignation suggérée.Mais ce sera trop tard, nous serons responsables, et coupables, coupables parce que nous nous rappellerons que, au moment de voter, nous avions pourtant un doute. Pour ma part, je refuse de m’endormir ce soir avec ce doute insupportable d’avoir permis la mise à mort de personnes fragiles (« Oh là là ! » et exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, SOC et Dem), d’êtres humains qui ne voulaient pas forcément mourir, mais qui ont juste fini par accepter de renoncer à vivre. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)Faisons preuve d’humilité. Ce texte est dangereux : nous avons échoué à sécuriser son application. Je voterai donc contre et j’invite toutes celles et ceux qui ont un doute, même un tout petit doute, à privilégier la vie à la mort en votant contre également. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN, dont quelques députés se lèvent pour applaudir.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).